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“GURU”, un documentaire sur les hijras en Inde

Qui sont les hijras, celles que l’on appelle parfois le « troisième sexe », et qui troublent définitions de genre et catégories sociales ? C’est la question posée par le documentaire “GURU, portrait d’une famille hijra” d’Axelle le Dauphin et Laurie Colson.

Hijra est un terme, en Asie du Sud et en Inde en particulier, qui désigne des personnes qui ne sont ni hommes ni femmes, et qui ont une histoire et des fonctions sociales bien particulières.

Considérées avec les respect et l’inquiétude qui sont toujours conjointement inspirées par les individus existant aux limites des classifications habituelles, les hijras sont difficilement classables. Il ne s’agit pas vraiment de transsexuels ou de transgenres, ni vraiment d’eunuques (comme elles ont été appelées notamment par les colons britanniques). Certaines sont des hommes rituellement castrés, d’autres se contente d’adopter des vêtements et un langage féminins, une poignée d’entre elles sont intersexuées. Il s’agit principalement de communautés qui permettent d’accueillir des personnes qui ne rentrent pas, d’une façon ou d’une autre, dans le moule traditionnel de la masculinité, et de leur permettre une vie largement asexuelle en tant que personne d’un troisième sexe, investie de pouvoirs mystiques et de fonctions religieuses.

Car historiquement, les hijras sont une caste à part entière. Elles apparaissent (je me calque ici sur la désignation féminine qui est couramment utilisée pour désigner les hijras) déjà dans des anciens textes sanskrits, se consacrent à la déesse Bahuchara Mata ou à Shiva, vivent en communautés organisées autour de relations entre gurus (maîtres) et chelas (disciples). Leurs services étaient, et sont encore, demandés lors de mariages et de cérémonies de naissance, à l’occasion desquelles elles dansent, chantent et apportent leurs bénédictions. L’occupation de l’Inde par l’empire britannique a sonné le gals pour les communautés hijras, criminalisées, poursuivies et pénalisées par de nombreuses lois, dont une partie n’a pas encore été abolie à ce jour. Désormais marginalisées, bon nombre d’entre elles sont contraintes de vivre comme des intouchables ou de se rabattre sur la prostitution pour survivre.

Laurie Colson et Axelle Le Dauphin ont travaillé pendant quatre ans à la préparation d’un documentaire sur les hijras. Elles sont retournées en Inde chaque année afin d’établir un contact suivi avec les hijras qu’elles avaient rencontrées, et l’une d’entre elles a fini par les mener à celle qui constitue le cœur et la clé de voûte de leur projet : Lakshmi Ma, une guru autour de laquelle est constitué un petit clan de sept chelas. Non contentes de filmer de l’extérieur cette communauté difficile à approcher ou saisir, elles ont emménagé pendant cinq mois chez Lakshmi Ma et ses chelas, partagé leur quotidien et accumulé près de 90 heures de rushs. Le documentaire à venir, GURU : portrait d’une famille hijra, s’annonce à la fois riche et touchant, et on espère qu’il remplira ses promesses de nous faire plonger dans l’intimité et l’expérience quotidienne de hijras dont on sait si peu, et tant de choses contradictoires.

Pour soutenir le projet (une grande partie est déjà financée par des partenaires, et les réalisatrices rassemblent actuellement les fonds pour la post-production), c’est par là : www.kisskissbankbank.com

 

 

Kit

Kit est un croisement entre ta prof de lettres préférée et un monstre sous-marin tentaculaire énervé et misandre, un animal hybride qui hante les bibliothèques et les failles spatio-temporelles.

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One Comment

  1. timide says:

    … une forme opposée à l’homologue Bacha Posh …

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