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Rhône-Alpes : trois soirées lesbiennes qui font bouger la région

Non, Paris n’a pas le monopole de la fête. Alors qu’il est d’usage de vanter les soirées de la Capitale, en région, de nombreux collectifs lesbiens font bouger les lignes et proposent des rassemblements festifs aux concepts originaux et rafraichissants. C’est le cas notamment en région Rhône-Alpes, où plusieurs associations s’activent pour faire vivre la communauté lesbienne, de Grenoble à Annecy, en passant par Lyon. Barbi(e)turix a rencontré trois d’entre elles.

Difficile de dresser un panorama exhaustif de toutes les initiatives de la région. Le tissu associatif est dense, et les soirées ne se ressemblent pas. Pour tenter de prendre le pouls du renouveau de la région Rhône-Alpes, nous avons interrogé trois collectifs de filles qui ont réussi, par leur originalité et leur détermination, à impulser une nouvelle dynamique dans leur ville respective : LA CHATTE, à Lyon, ONLYGIRLS à Annecy et CHICA-CHIC à Grenoble.

Lyon, épicentre de la région, grouille de bars et de soirées gays. Côté filles, en revanche, la recette est plutôt maigre, comme le regrette Mahé, du collectif LA CHATTE, qui organise une soirée techno mensuelle qui se veut gouine mais ouverte à tous : « Dans l’ensemble, la ville de Lyon bouge pas mal, même si toutes les initiatives ne se pérennisent pas. Il n’y plus actuellement que deux soirées lesbiennes, dont la nôtre, et une unique boîte de nuit ». L’objectif de LA CHATTE était donc de dynamiser l’offre destinée aux filles, en mettant en avant des djettes locales, sans faire de concessions sur le son. « On avait nulle part où aller pour danser ET pécho, alors on a créé LA CHATTE » reprend Mahé. « C’est un méli-mélo des trucs qui nous tiennent à coeur : le son, les gens cools, la bière à 3 euros, les rencontres. Et puis c’est aussi important pour nous de proposer un PAF riquiqui… Le plaisir ça devrait pas coûter cher ! ». Le résultat est à la hauteur de leur ambition : une soirée branchée mais ultra conviviale, accessible mais pointue, et surtout…blindée de jolies filles !

Si les soirées marchent aussi bien c’est que le public lyonnais est particulièrement demandeur et toujours prompt à faire la fête : « Il y a moins d’offres que de demande, du coup, les événements sont toujours bien accueillis », se réjouit Mahé. Un constat que fait également Katia, membre du collectif annécien Onlygirls. « La clientèle, ici, veut faire la fête à 300%. C’est hyper agréable d’avoir un public réceptif et qui a vraiment envie de s’amuser. Pendant les soirées, la grosse différence avec Paris, c’est que les filles se parlent entre elles beaucoup plus facilement. Moins de regards torves, plus de francs sourires ! Le contact est plus facile, l’ambiance est moins oppressante. »

Un public enthousiaste, réceptif, ouvert, que demander de plus ? Katia voit d’un œil frétillant le renouveau de sa région, dans laquelle elle est partie s’installer avec sa femme et leur petite fille, lassée par la vie parisienne : « Après une longue période de disette, la région Rhône Alpes explose enfin. On sent vraiment que la demande est forte. Il y a énormément de soirées qui se sont créées depuis deux ans. De la soirée pointue, électro, aux soirées lesbiennes plus généralistes. On vit le rayonnement de Lyon. Grenoble bouge aussi, et quant à nous, à 30 minutes de la Suisse, on voit aussi le réveil de Genève, avec deux nouvelles soirées pour les lesbiennes. »

En Savoie, OnlyGirls cartonne. Comme le dit Jessie, sa présidente, «L’association a pour objet de proposer aux femmes qui aiment les femmes, sur les Deux Savoie, des rassemblements conviviaux. » Pour les membres d’OG, permettre le bon fonctionnement de l’association est un acte militant en soi : le but est « d’organiser un maximum de soirées pour favoriser la visibilité lesbienne. Nous prévoyons pour 2015 un grand co-voiturage pour la gaypride et un projet photo est actuellement en cours ». The Kiss est un projet de recueil photo mettant en scène des couples de femmes de la région. Une demi-journée de shooting est programmée le dimanche 3 mai sur Annecy (74), et une grosse soirée est prévue ce samedi 11 avril, la SHIRT TILE PARTY, un hommage à la so lesbian chemise à carreaux. Le programme est chargé : remise des prix du concours de nouvelles, présentation d’associations, concert live et DJ sets. On aura même la chance de retrouver la parisienne Denyse Juncutt aux platines.

Toutes ces actions contribuent donc à la visibilité lesbienne dans la région. Le problème majeur, en réalité, c’est qu’il n’existe que très peu de lieux dédiés, même à Lyon, où une seule boîte lesbienne résiste tant bien que mal. Plus on s’éloigne des grands villes, plus les lesbiennes peinent à se réunir. C’est pourquoi les rencontres se jouent beaucoup sur internet, par le biais de forums de discussions, ce qu’a bien compris OnlyGirls, qui a crée une plateforme de rencontre en ligne pour les femmes savoyardes.

Peu de lieux dédiés, c’est aussi une contrainte qui pousse à la créativité.  «On a peu de moyen, mais on a beaucoup d’idées. La concurrence permet justement de sortir des sentiers battus et de proposer des choses différentes !» se réjouit Katia. Une liberté plus grande d’entreprendre, c’est aussi ce qui a plu à Isa, à l’origine du collectif Chica Chic à Grenoble. A sa création en 2003, l’ambition du collectif était avant tout musicale : distribution, vente en ligne de musique underground… L’organisation de soirées n’intervient que plus tard avec la création de la soirée Blonde on Blonde en 2007, puis par la Go-bang!, un concept hybride à mi-chemin entre afterwork et soirée clubbing, qui rencontre un franc succès, aussi bien chez les lesbiennes que chez les férus de musique électronique : «C’est toujours très mélangé, l’ambiance est super, le public très réceptif, l’équipe au top, c’est gratuit, le bar donne sur le parc et le dancefloor se remplit dès 21h : bref le rêve ou pas loin ! C’est tous les 3ème mardis du mois dès 20h, jusqu’à 1h.»

 CAR en live à la Go-Bang !

Monter une soirée en région est un défi d’autant plus grand que l’homosexualité se vit plus difficilement que dans les grandes villes. Rassembler un public lesbien dans un lieu non étiqueté LGBT, avec des moyens financiers réduits, peut constituer un véritable casse-tête. Mais finalement, ce sont ces contraintes, intrinsèquement liées à la vie en région, qui font la force de ces trois collectifs. Paris n’a qu’à bien se tenir !

Article rédigé par Leslie et Lubna

Lubna

Grande rêveuse devant l'éternel, Lubna aime les livres, les jeux de mots et les nichoirs en forme de ponts. Elle écrit sur l'art, avec un petit a : bd, illustration, photo, peinture sur soie. Twitter : @Lubna_Lubitsch

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2 Comments

  1. Bbx ' Veterante says:

    … enfin, un article qui parle des françaises en vrai !!!

    m-e-r-c-i Bbx, les typos voyagent …

  2. K.Oh says:

    Merciii !! Si des BBX en goguette ou des Lilloises lisent ceci : il y a quoi par chez vous ??!

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