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Départementales : la parité en trompe-l’oeil

Depuis dimanche dernier, les femmes ont pris le pouvoir dans les conseils départementaux, désormais parfaitement paritaires. Un beau tableau en trompe-l’œil, puisqu’il reste encore beaucoup de travail pour que les présidences, là où se concentrent tous les pouvoirs, deviennent véritablement accessibles aux femmes. Retour sur les coulisses d’une loi qui pourrait changer le visage de la politique dans les années à venir.

La Loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République) adoptée par l’Assemblée nationale et le Sénat en janvier n’entérinait pas seulement la mort des conseils généraux remplacés par les conseils départementaux. Elle consacrait également l’obligation pour chaque liste de présenter un homme et femme tant pour les postes de titulaires que de suppléants. Autrement dit, un conseiller départemental sur deux est désormais une femme. Un véritable changement dans des conseils généraux jusqu’ici très masculins : jusqu’à plus de 90% dans certains départements ruraux comme la Haute-Marne ou la Creuse.

Mais la Loi NOTRe ne touche pas au mode de désignation des Présidents des conseils départementaux qui sont élus par les nouveaux conseillers fraîchement adoubés par les urnes. On peut imaginer que l’une des raisons principales est le levier de bouclier qu’aurait provoqué des présidences paritaires dans un contexte sans précédent d’érosion du socialisme départemental. Les places sont de plus en plus chères; il n’est donc pas question d’accepter de se laisser “dépouiller” des postes restants en permettant aux femmes d’accéder plus largement à la tête des départements.

8 femmes ont ainsi été élues cette semaine lors du troisième tour des élections départementales, celui-ci désignant l’élection interne au conseil départemental pour élire le nouveau président, sur les 98 départements concernés par les élections… Si l’on prend en compte Paris et l’Outre-Mer qui n’ont pas voté, cela fait 10 femmes présidentes sur 101 assemblées. Autrement dit, la loi agit sur la proportion d’élues dans les conseils départementaux mais ne change pas du tout la répartition des postes de pouvoir. Le phénomène ne surprend pas puisque malgré les différentes lois sur la parité, une seule femme préside une Région (Marie-Guite Dufay en Franche-Comté) et que seuls 15% des maires sont des femmes alors qu’elles représentent un peu moins de la moitié des conseillers municipaux. On retrouve donc le même mécanisme d’évitement de la part des élus : accepter que les femmes peuplent plus les assemblées et occupent des postes de moindre importance pour éviter que la loi n’impose qu’elles puissent accéder de façon plus égalitaire aux véritables mandats de pouvoir.

Plusieurs phénomènes peuvent expliquer l’extrême faiblesse du nombre de femmes présidentes de départements malgré la parité imposée par la Loi NOTRe. De nombreux présidents sortants se représentaient et la “prime au sortant”, bien connue en sociologie électorale, fait qu’il est bien plus facile de se faire réélire qu’élire pour la première fois. 90% des conseils généraux étaient détenus par des hommes jusqu’en mars 2014. Il semble donc plutôt logique que les hommes restent massivement présidents. Il est également rare de diriger une assemblée dès son premier mandat. On peut donc imaginer que les femmes présidentes devraient être plus nombreuses aux prochaines élections départementales…si elles ont bien lieu, le sort des départements étant très incertain. Enfin, un vrai problème d’ordre constitutionnel se présentait puisque la Constitution de 1958 garantit la liberté de se présenter à des élections. Il n’est donc pas possible d’obliger par la loi à l’élection d’une femme à la tête d’un exécutif.

Ces différents arguments peuvent bien sûr paraître de très bonnes excuses pour s’assurer une répartition particulièrement inégalitaire des mandats de pouvoir. La Constitution peut bien sûr être modifiée, comme cela a été le cas lors des différentes réformes sur la parité. Il faut toutefois reconnaître que François Hollande aurait difficilement pu réunir les 3/5ème du Congrès sur la question de la parité pour modifier la Constitution comme la loi l’exige. Des élues et des militantes qui connaissent bien les assemblées et qui n’en sont pas à leur premier mandat existent également et l’on peut imaginer sans peine que de nombreuses conseillères départementales présentes dans les assemblées depuis plusieurs mandats auraient pu être élues. Ainsi, les vices-présidences sont presque paritaires, prouvant au passage que des femmes d’expérience et de qualité existent bien pour gérer des exécutifs. Le problème de fond reste, comme dirait Sandrine Mazetier, députée de Paris, sur le sujet que “nous sommes un pays de loi phallique. Les hommes considèrent comme illégitime que les femmes exercent le pouvoir. C’est profondément ancré dans l’imaginaire collectif.”

Les conseils départementaux peuvent donc (vraiment) mieux faire. Il est plus que grand temps de faire bouger les lignes de la répartition des pouvoirs, toujours à l’avantage des hommes. Saluons malgré tout les efforts de l’exécutif pour insuffler un peu d’égalité dans les conseils départementaux et tenter de faire évoluer, certes doucement, un monde politique toujours très masculin.

Marie B.

Accro au Scrabble, aimant les rousses façon Faye Reagan, Marie affectionne au moins autant la politique que les romans fin de siècle.

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One Comment

  1. Bbx ' Veterante says:

    … Et comme qui dirait : “… la barbe …”

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