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Lyudmila et Natasha : une vie russe

Le prix 2015 du World Press Photo (équivalent du Prix Nobel de la Photo) vient d’être décerné au photographe danois, Mads Nissen, pour son travail sur « L’homophobie en Russie » portant sur le quotidien des LGBT. Si la photo primée représente un couple d’hommes homosexuels, force est de constater que le sujet de la représentativité des LGBT a le vent en poupe puisqu’un autre photographe de renom vient de sortir une série sur un couple lesbien à Saint-Pétersbourg…

Le militant pour les droits de l’homme Misha Friedman, ancien membre de Médecin Sans Frontières reconverti en photo-journaliste et lauréat de plusieurs prestigieux prix dont le World Press Photo, vient de lancer un projet mettant en avant un couple lesbien, Lyudmila et Natasha, au cœur de la Russie de Vladimir Poutine.

Lyudmila et Natasha vivent à Saint-Pétersbourg, grande ville touristique réputée être l’une des plus tolérantes de Russie. La communauté LGBT y est active, bien que discrète, car la plupart des initiatives publiques de type clubs, bars, festival du film LGBT, QueerFest ou « gay pride » (officiellement interdite par la loi) sont la cible de groupes d’extrêmes droite quand ce n’est pas la police elle-même qui se montre violente envers les militants. Un portrait peu encourageant pour un pays qui a pourtant dépénalisé l’homosexualité en 1993 et retiré cette dernière des maladies mentales en 1999…

Le texte de loi voté en juin 2013 communément appelé « loi contre la propagande homosexuelle », interdisant tout ce qui pourrait constituer une « promotion de l’homosexualité » (sans réellement en définir les termes exacts) a poussé dans l’anonymat une communauté vulnérable tout en banalisant l’homophobie. Selon un sondage national, 88% des russes soutiennent l’interdiction de la « propagande homosexuelle » et que 54% d’entre eux pensent qu’il faut punir l’homosexualité…

Dans ce contexte, le travail de Misha Friedman intervient comme un acte militant courageux redonnant de la visibilité à une minorité qu’on souhaite voir disparaître. On retrouve donc des portraits de Lyudmila et Natasha, couple aimant déchiré entre sa volonté d’être et sa prise de risques quotidienne face à une législation de plus en plus ridicule. Le portfolio est intimiste et révèle la réalité d’un couple lesbien en Russie – parmi tant d’autres – sur une année de bonheur, de routine, de dramagouine capturé sans fioritures pour représenter l’universalité de l’amour.

La spécificité des problématiques LGBT font de ce projet une œuvre émouvante, historique qui permet au plus grand nombre d’avoir accès à une histoire transcendant l’homosexualité en mettant en avant la notion de désir et d’aspiration à plus d’égalité.

L’ensemble des photographies sont réunies dans l’ouvrage Lyudmila & Natasha : Russian Lives.

Pour en savoir plus sur l’homophobie en Russie

 

 

Emmanuelle

Globe-trotteuse sur-diplômée touche-à-tout (nous n'avons toujours pas compris quel était son vrai métier). Un quart geek, un quart TDAH, un quart Taubira et un quart Ted Mosby ascendant Barney Stinson. Twitter : @emmanuellecamp0

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