A trois on y va

“A trois on y va” de Jérôme Bonnell : allez-y sans compter

Si les films de Jérôme Bonnell (J’attends quelqu’un, Le temps de l’aventure) sont régulièrement salués par la critique, le soutien du public n’est, lui, pas toujours au rendez-vous. Espérons que cela change avec son dernier beau film : A trois on y va. Triangle amoureux, la très belle Anaïs Demoustier et ses tâches de rousseur, l’amour dans les dunes… Tout est réuni pour nous faire voyager aux confins de ce triangle des Bermudes du couple.

Charlotte (Sophie Verbeeck) et Micha (Félix Moati) forment un couple heureux qui vient de s’acheter une bâtisse rouge à Lille. Leur meilleure amie, Mélodie (Anaïs Demoustier), aime Charlotte qu’elle voit depuis plusieurs mois en cachette de Micha. Les choses se compliquent sérieusement quand Micha tombe également amoureux de Mélodie et que les sentiments sont réciproques.

Où donc vont comme cela nos trois héros comme nous le demande le titre du film ? Ils ne le savent pas très bien eux-mêmes : perdus dans les professions pourtant prestigieuses d’avocate et de vétérinaire, heureux et à la fois étouffés par le couple, dans ce halo flou qu’est la fin de la vingtaine. De cette précarité à la fois littérale pour Mélodie et figurée pour Micha et Charlotte naît un film doux-amer. Tantôt vaudevillesque avec cette scène très drôle dans laquelle l’amante dans le placard s’enfuit presque nue, encouragée par ses amoureux chacun à l’insu de l’autre, digne de Feydeau et tantôt amère avec cette timidité des sentiments et sa valse infinie de mensonges.

Le coeur du film repose sur le questionnement de la conciliation des élans du corps et du coeur, de l’usure d’un couple, de la possibilité d’un “trouple”. Si un couple aime la même personne, s’aime-t-il à travers elle? C’est Mélodie qui, par sa connaissance du mensonge des deux autres, est amenée à décider du futur de cette relation à trois. Coincée dans ce terrible vertige amoureux, elle aime sans s’interroger sur la norme sociale de son identité sexuelle. Les termes d’homosexualité, de bisexualité ou d’hétérosexualité ne semblent pas exister ici. C’est cela qui permet d’avoir cette belle scène de sexe à trois dans laquelle les corps s’entremêlent dans la pureté de l’amour réciproque, de façon à la fois naïve et délicieuse.

Si certains analyseront le dénouement du film comme un éloge du classicisme regrettant que l’on revienne de façon bien sage au couple à deux, loin de l’enthousiasmante possibilité d’un triolisme durable, d’autres y verront la possibilité de déjouer l’amour pesant et celui du choix du non-choix.

Ne le cachons pas : la critique est mitigée. La fin pour de nombreux cinéphiles manque d’audace. Pourtant, nous sommes sous le charme d’Anaïs Desmoustier depuis plusieurs années et, convaincus du parti pris de faire sauter les barrières du couple et des orientations sexuelles, nous aussi nous avons décidé d’y aller. Sans compter jusqu’à trois.

Marie B.

Accro au Scrabble, aimant les rousses façon Faye Reagan, Marie affectionne au moins autant la politique que les romans fin de siècle.

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5 Comments

  1. Artemisia.g says:

    J’y réfléchirai donc mais j’avoue, de prime abord, la vision du trouple deux meufs-un gars ça me lourde un peu parce que c’est ce qu’on voit partout et tout le temps au ciné et dans les médias. Bon là c’est un peu différent parce que les deux meufs sont en relation, but still…

  2. Bbx ' Veterante says:

    wouai ben, qui tacle un peu l’éternel jules et jim et son sempiternel hétéroland koi !

    #girlpowerforgood

  3. Maelle7 says:

    Excellent film. Je ne trouve pas personnellement la fin convenue, bien au contraire …
    Surprenante, touchante et poétique
    Votre article est très agréable à lire par ailleurs, vous avez une belle prose.

  4. Clara, jeune saphiste says:

    Il y a un court-métrage accessible sur YouTube dans lequel Anaïs Demoustier est très juste (elle y joue d’ailleurs une jeune fille homosexuelle). Son jeu est vraiment vivant je trouve.. Bref ! Article intéréssant pour moi.

  5. Palmipède Saphique says:

    Bof, encore un films de bobos pseudo-gay-friendly. Je passe.

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