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Quel est le problème avec les règles?

J’avais 13 ans et, alors que je faisais la chandelle, j’ai aperçu une tâche rouge au niveau de mes fesses, une tâche similaire à celle présente sur la photo de Rupi Kaur. Une tâche qui serait la première d’une longue série. Ah oui, la tâche de sang des règles. Ce n’est pas seulement un truc anecdotique, cette histoire de règles, c’est un cycle, la plupart du temps mensuel, un cycle qui sert à donner la vie.

Je vous passe le cours de reproduction enseigné en 5e : le sang, ça saigne et ça coule, à l’image de celui qui apparaît quand on se casse la gueule, qu’on se gratte une croute ou qu’on saigne du nez ; c’est du sang, ni plus ni moins. Y’a pas d’histoire d’impureté là dedans, ni de sacré, ni de malédiction. Il fait partie de la machine du corps, car oui, le corps est une machine. Et la tache de sang sur les fesses de Rupi Kaur, elle fait partie du truc. C’est pratiquement comme ça tous les mois. Parce que les tampons, ça peut nous créer des mycoses, que c’est plein d’agents blanchissants, alors tu mets des serviettes la nuit et que quand tu bouges, le sang coule et tu tâches la culotte, les draps…Parce que les règles, elles arrivent par surprise, que les cycles ne sont pas forcément hyper réguliers. Bref, tout un tas de raisons qui ont mené à cette photo censurée par Instagram il y a peu. Je vous vois écarquiller les yeux.

Instagram censure tout un tas de photos : celles où on voit les tétons d’une meuf, suffit d’un cache téton et hop, ceci n’est plus un sein, et en l’occurrence là, une tâche de sang des règles sur un pyjama et sur un drap. Pourtant, sur Instagram, vous en voyez des photos qui sexualisent les meufs, parfois des très jeunes, ou qui font des concours de thigh gap, qui font des photos thinspo pour encourager la maigreur extrême. Tout un tas de photos qui objectisent les femmes. Je ne m’amuserai pas à comparer les photos censurées qui ne devraient pas l’être et celles qui devraient l’être et ne le sont pas, mais vous avez compris l’idée : « les femmes, ça va bien quand elles sont des objets sexuels, on n’a pas envie de voir des photos de vos règles, ni envie de savoir comment vous rasez vos poils pubiens dégueus ».

Parce qu’il est peut-être là le tabou : notre corps est une machine et il en sort plein de trucs, dégueulasses, pas dégueulasses, peu importe. Comme chez les hommes. Bien sûr, les femmes sont lisses et douces, à l’image des poupées Barbie, rien n’en sort, d’ailleurs, on n’éjacule pas non plus, car mon dieu, ça aussi c’est vraiment dégueulasse.

Pourquoi cette photo de Rupi Kaur fait autant parler d’elle ? Tout le monde en a déjà parlé en long, en large et en travers, mais finalement, ça veut dire quoi sur notre société ? Une chose que l’on sait déjà : qu’elle est profondément sexiste.

Il suffit de parler de ses règles à proximité de son père, un frère, un ami ou qui sais-je, un petit copain (bien que je n’ai jamais expérimenté ce dernier). Souvent, c’est le même refrain : « Vous ne pouvez pas parlez de ça ailleurs ? On a pas besoin de savoir ça ». C’est à peu près pareil pour tous les sujets qui concernent notre corps : les poils pubiens, on s’en fout, du moment que vous les épilez. L’éjaculation féminine ? Pas dans un porno selon le CSA du Royaume Uni. La transpiration ? De toutes façons, les meufs ne transpirent pas. Sinon, y’a Narta. Les poils aux jambes, les poils aux aisselles, ça n’existe pas non plus (puisqu’on les a toujours épilé), sinon, on ne fait jamais caca non plus, on ne rote pas et on pète des paillettes. On est toutes lisses, sans bourrelets, on ne pue pas, bref rien qui sort de nos corps façonnés par Mattel. Pour le reste, y’a Photoshop.

Les règles, on en parle entre nous et dans nos milieux queer, féministes et lesbiens, mais ailleurs, dans les médias, règne un tabou. Ce tabou, il concerne tout ce qui sort du corps des femmes, parce que ce qui sort de nos corps nous donnent une place, une présence, visible, qu’elle soit odorante ou physique. Les tâches du sang des règles rappellent que nous sommes là, que nous sommes 52% de la population, que nous ne sommes pas enfermées dans nos maisons, que nos règles ne sont pas juste privées, ni sacrées, ni impures et que oui, elles donnent la vie.

Parce que nos règles, ces choses ingrates que nous sommes nombreuses à détester, pourraient être mieux vécues si ce n’était pas un sujet tabou, constamment stigmatisé. Parce que si on en parlait vraiment, ça fait un moment qu’on aurait trouvé des solutions plus confortables, qu’on aurait réglé le problème du syndrome prémenstruel ou qu’on aurait avancé la recherche sur l’endométriose. Ah, si les hommes avaient leurs règles, on aurait déjà trouvé mille solutions, mais dans notre société, ce ne sont « que des problèmes de meufs, et c’est normal de souffrir, quand on est une femme ».

Ne pas parler, de pas montrer qu’on a nos règles, souffrir en silence, garder ça pour soi, se taire, s’épiler, ne pas faire de bruit, ne pas péter (sauf des paillettes), ne pas roter, ne pas donner le sein en public, ne pas être visible.

Et là, la tâche, elle est visible. Et ça fait chier la société patriarcale et sexiste.

 

 

 

Sarah

Sarah parle de cul et d'amour mais aussi de bouffe vegan, de genre et de féminisme. Passion vélo et gingembre addict. Nouvellement vidéaste, elle espère flooder la toile de sa vision du porno. Twitter : @sarahdevicomte

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16 Comments

  1. Fred S says:

    Je n’aurais pas dit mieux, merci.

  2. Bbx ' Veterante says:

    “Et là, la tâche, elle est visible. Et ça fait chier la société patriarcale et sexiste.”

    j’pense k’y a pas mieux.

    I<3Sarah.

  3. Jerome says:

    Je suis foncierement d’accord sur l’idée que les règles ne devrait pas être un sujet tabou. Cependant, de dire que l’on en discute pas (du moins Pere/Frere a fille/soeur, je ne suis pas sur que vous parleriez de vous meme), ca me parait un peu easy. Les hommes ont changés depuis, pas la société.

  4. Larrycowver says:

    Ça c’est bien dit !!

  5. Solarine says:

    article génial merci ^^

    @Jerôme : Non c’est carrement pas “easy” de dire ca tu est peut etre un cas apart mais de là où je viens on nous apprend a cacher dans une poubelle les serviettes hygienique meme emballée dans le plastique pour que personne ne sache qu’on a nos regles, on ne veut pas entendre parler des douleurs de ventre des ” tu exageres…” et quand on en parle on s’en moque ” pourquoi t’es enervée, t’as tes ragnagna?” y’a qu’a voir comment les femmes parlent entre elles de leurs menstruation, je connais peu de femmes qui disent cash “j’ai mes regles” y’a toujours un petit surnom pourri du style ” les ragnagna ” ” les rouges” les “trucs” et j’en passe des meilleures comme si ca les rendait plus discrete aux yeux des hommes …si ca c’est pas dissimulé quelque chose qui fait partie integrante de nous en tant que femme, je sais pas comment ca peut etre autre chose, ou alors tu vas m’expliquer, parce que evidement tu est concerné par les regles, tu les as chaques mois toi aussi hein ^^

  6. JLB says:

    Une tache, s’il vous plait, pas une tâche !!!

  7. Liam says:

    Mais les hommes cités dans le texte , ils viennent de quel pays et/ou de quelle époque ?

    J’ai 25 ans, irlandais d’origine vivant en France, et pour moi il n’y a AUCUN sujet tabou, que ce soit avec ma mére, ou avec des amies.

    Aprés , y’a aussi le moment, de parler de ce genre de sujet, (Ejac Fem/hom , régles, sueur (ça je connais tréééés bien, je suis gros, ) et les magasines photoshopés)

    Enfin tout ce pavé pour dire, que tous les hommes Hétéro, Omnivore, et catho de ce monde ne sont pas Homophobe Sexiste, retrograde, et je ne sais quoi encore.

    Cordialement,

    Un homme élevé dans le respect des Femmes et des Hommes, et surtout de Mére Nature.

  8. J’ai tellement aimé ton article! Agir comme si les règles étaient sales et dégradantes, c’est maintenir cette idée dans la société

  9. Artemisia.g says:

    @Jerome and Liam: not all men ;) j’adore, c’est absolument inévitable à chaque fois didon!

  10. Lou says:

    Je me permets de rebondir sur ce que disent Jérôme et Liam avec la caution (semble-t-il à mon regret dans cette discussion) d’être une femme.

    Chez moi, quand j’étais adolescente, j’indiquais sur la liste des courses que j’avais besoin de tampons ou de serviettes hygiéniques et ça n’a jamais été un tabou dans ma famille. Pas plus quand ma soeur a été opérée pour son endométriose. Donc, bon, ce n’est pas interdit de faire dans la nuance non plus quand on parle de la façon dont les règles sont vécues à l’intérieur de la sphère familiale ou amicale.

    Par ailleurs, sur le “ça fait chier la société patriarcale et sexiste”, on peut ici encore nuancer. Le tabou autour des douleurs intimes ou des “déchets” corporels n’est pas propre aux femmes. Jusqu’à preuve du contraire, personne (sous-entendu aucun homme) ne dit publiquement quand il souffre d’une maladie du pénis, a des troubles de l’érection ou de graves problèmes de constipation. Le tabou est général sur le sujet et est donc loin d’être réservée aux femmes.

    Bref, un peu de distance avec le traitement des enjeux serait une excellente idée :-)

  11. Maguy says:

    Juste un tout petit exemple dénotant le tabou : vous voyez souvent des nanas de donner ostensiblement un tampon ou une serviette en public ? (oui parce que des fois, t’as pas forcément prévu) Ben non en fait, (du moins très rare) ça se passe sous la table, bien au creux de la main, ces mêmes mains bien blotties l’une contre l’autre pour que surtout personne ne sache ce que l’on pourrait bien se donner. Et allez, encore un exemple parce qu’il est rigolo quand même : personnellement j’ai aucun problème avec ça, et mieux encore je milite contre ce type de tabous (à la con). Un jour, la frangine de ma coloc qui a une quinzaine d’années vient me taxer un tampon … Sauf que j’en ai pas, mais on a avec nous bien 7 autres nanas . Donc je pars en quête du fameux tampons, sur 7 gonzesses j’ai quand même mes chances. Je vais donc voir l’une d’elles qui discute alors avec un garçon. Et je lui demande si elle en a un. Scandale ! Le type me dit : “Eh je suis là hein !” Tout gêné et presque en colère. Alors je lui ai dit : “Mais est ce que tu sais que ça nous arrive A TOUTES et TOUS LES MOIS ? Ou pas ? Parce que c’est pas grave en fait, c’est naturel tu sais. Quel intérêt j’ai à me cacher? T’es au courant du phénomène, rien de magique, rien de fou, pourquoi je vais faire semblant que ça n’existe pas et le chuchoter à l’oreille de ta nana ?” Il l’a bien pris évidemment, c’était bienveillant tout ça et il a saisi . N’EMPECHE QUE : sa première réaction … a été la répulsion . A Bordeaux en 2015 avec un garçon de type éduqué. Alors oui les garçons, quand on dit “vous les hommes” ça n’est pas “TOUS les hommes” vous le savez bien au fond ;)

    Paix.

  12. momo says:

    Bel article.
    Seulement j’ai pas plus envie d’entendre les filles parler de leurs règles que les mecs parler de leurs merdes. Les deux restent des choses intimes et je ne comprends pas qu’on ait envie de le crier sur les toits
    Ceci dit la photo est superbe

  13. Anthocyane says:

    Bien sur que si on en parle publiquement des règles, et même à la télé aux heures de grande écoute, quand on vient nous vendre que le nett t’a le droit de sortir à 200 mètres de chez toi et que le tampax est avec un applicateur parce que les femmes souhaitent pas y mettre les doigts parce que c’est sale. (un truc inventé par un homme l’applicateur obligé !)
    D’ailleurs pourquoi une tache rouge sur la photo de Rupi Kaur alors que tout le monde sait depuis les spots de pub que c’est bleu les règles ! comme le pipi et caca des bébé d’ailleurs.

  14. Koppa says:

    Salut ! J’ai bien aimé son article, certaines remarques sont pertinentes même si la généralisation, comme l’ont fait remarquer certains, empêche de prendre en compte les progrès qui ont été fait.
    Sinon j’ai un peu tiqué quand tu écris : « Parce que si on en parlait vraiment, ça fait un moment qu’on aurait trouvé des solutions plus confortables ». J’ai bien regardé la date de l’article et, surprise, il est plutôt récent. Personnellement, je n’ai pas accepté mes règles avant d’avoir une “solution plus confortable” justement : la cup. La problème maintenant c’est qu’elle n’est pas encore très connue (je me souviens d’avoir demandé au pharmacien s’ils en vendaient, je devais être très rouge malgré l’assurance que j’affichais -ça rejoint le thème de ton article, j’aurais aimé tombée sur une pharmacienne).

  15. Max says:

    J’ai tiqué sur certains trucs, lu les commentaires, relu l’article. J’aime beaucoup cet article.

    Jerome & Liam: Not all men effectivement, d’ailleurs l’auteure le sais puisqu’elle précise “Souvent, c’est le même refrains”.

    Momo: Règles et merdes sont difficilement comparables. Rien que parce qu’il n’y a que les femmes qui puissent parler de règles.

    J’ai encore du mal avec ce genre de conclusion… Mais force est de constater que c’est globalement vrai.

  16. One-K says:

    @Solarine: …nous apprend a cacher dans une poubelle les serviettes hygienique meme emballée dans le plastique pour que personne ne sache qu’on a nos règles,…

    C’est juste pour l’hygiène, on ne peut pas exposer les règles ou la morve ou le sperme pour exprimer quoi ??? l’émancipation, la liberté…?
    je retiens juste de cette article qu’il y a des sujets qui restent tabou et qu’il faut les traiter pour mieux éduquer … Sinon tous les sujets ne peuvent pas être traité de la même façon et n’importe où… il n’y a pas de frustration à cela

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