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GAZELLE TWIN : « Parfois j’aimerais pouvoir m’arracher la peau et me sentir enfin libre. »

Avis aux âmes sensibles. Car si Elizabeth Bernholz, aka Gazelle Twin, n’en est pas à son premier coup d’essai, son deuxième album, sorti en 2014 sur Anti-Ghost Moon Ray, risque de vous faire frémir d’horreur.

Ahurissant, glauque au possible, épileptique, terrifiant et terrifié, Unflesh est un monstre décadent made in UK, résultat d’une « culture troublée », une aliénation rampante aboyant à toutes les dérives de notre société contemporaine. À travers un univers esthétique bien léché et plus que sincère, Unflesh ou Gazelle Twin part. 2, est un voyage (sur)réaliste, anxiogène et exutoire, dans les limbes hurlantes de notre humanité blessée. Rien que ça. Son personnage hybride et étrange, sera sur la scène de La Machine du Moulin Rouge pour clôturer les concerts parisiens des Femmes s’en Mêlent. Nous n’avons donc pas résisté à la tentation de rencontrer ce phénomène délicieusement flippant. À s’en décoller la peau du corps. Miam ! Interview.

Tu as déclaré dans une interview que ton premier album était bien trop « poli » et que cet album, Unflesh, ressemblait plus à la « chose monstrueuse » que tu es. C’est vraiment comme ça que tu te vois ?

C’est comme ça que je vois ma propre histoire. Les expériences que l’on a au cours de notre histoire construisent qui nous sommes, notre façon de penser. La « chose monstrueuse » c’est comme ça que je vois le résultat de notre culture troublée qui, trop souvent, place les jeunes dans des positions de vulnérabilité extrême. Et cette même culture est incapable de prédire les effets d’une idéologie consumériste poussée à l’excès.

Tu penses que toute l’humanité peut être comprise dans cette idée de « chose monstrueuse » ?

 Parfois oui. Il m’est arrivée de me sentir dégoûtée par la foule de gens dans la rue. Comme s’ils étaient un fléau, des rats. Néanmoins, je me considère comme quelqu’un d’humaniste, ce qui doit te paraître pas mal contradictoire ! (sourire) Mais je crois en l’égalité et en la protection des plus faibles.

Il s’est passé quelque chose de spécial entre The Entire City et Unflesh pour que les deux albums soient si différents ?

Pourquoi on ne pourrait pas rendre chaque nouvel album complètement différent du précédent ? Faire toujours le même style de musique, faire partie d’une certaine scène musicale, ça ne m’intéresse pas. Ça m’ennuierait profondément d’écrire toujours la même musique. Puis pour cet album je tenais vraiment à casser les codes dans lesquels j’étais plus ou moins en train de tomber avec le premier album. The Entire City a été ma première tentative dans ce que l’on qualifie de production de musique électronique, c’était la première fois que j’écrivais un album. Les prototypes laissent toujours la place au développement. J’étais fière de cet album. Mais je voulais, pour Unflesh, faire quelque chose de plus personnel et de plus réfléchi. Puis je crois qu’il est bon de toujours suivre son instinct, même si ça signifie un changement drastique de style musical.

Ton survêtement de jogging, toute l’esthétique un peu flippante d‘Unflesh, c’est en rapport à l’horreur de l’adolescence c’est ça ?

Majoritairement oui.

Qu’est ce qu’il te reste de ton adolescence ?

Mes souvenirs d’adolescence sont un peu sombres, comme tu l’as probablement compris. Mais une des choses majeures sont je me souviens, ce sont ces émotions très extrêmes que j’étais capable de ressentir. Parfois c’était juste un désir sexuel frénétique, à d’autres moments ça tenait plus d’une moralité sans faille. Puis parfois, je ressentais une colère folle.

T’as déjà eu envie de te décoller la peau du corps ? Parce que concrètement c’est ce que veut dire Unflesh non ?

Oui. Et je ressens très souvent cette envie. Surtout quand je suis anxieuse ou que j’ai une poussée d’hormones. Parfois j’aimerais pouvoir m’arracher la peau et me sentir enfin libre.

C’était quoi ta plus grande peur quand t’étais ado ?

Qu’on découvre mes secrets. Être humiliée en public, et qu’on se moque de moi. Et toutes ces choses sont arrivées…

Et aujourd’hui ?

Perdre un enfant. Ou quelqu’un de cher.

Tu as l’impression de prendre de plus en plus de recul sur l’humanité avec l’âge ?

Je me sens plus en phase avec l’humanité en fait, avec les années qui passent. En particulier à travers les enfants, et les gens en détresse. En même temps, je suis de plus en plus écoeurée par les gens qui dirigent le monde…

Ton personnage, sur scène, c’est masculin ou féminin ?

C’est un mélange de masculin et de féminin. J’ai pensé ce personnage comme une multiplicité d’émotions, une multiplicité d’états de vie. Dans la vie, on s’échange sans arrêt les rôles, on passe des enfantillages à l’agressivité, du jeu à la sagesse… Je voulais pouvoir combiner toutes ces choses dans un seul personnage. Au début, ça me semblait impossible, mais au final, une fois que je joue les chansons, tout ça me vient assez naturellement.

 En parlant de genre, tu la vois évoluer comment la société à ce niveau ?

Je pense que les choses vont évoluer, je l’espère. J’espère que des grands changements politiques et sociaux, vont être opérés, afin que tous les genres, toutes les sexualités soient placées sur un pied d’égalité. J’espère qu’un jour on regardera le passé avec mépris. Du mépris pour une époque où les choses sont devenues hors de contrôle et où tant de gens ont été persécutés pour rien, et pendant trop longtemps.

Ça te fait quoi d’être invitée à jouer dans un festival de musiques de femmes ?

Je n’y pense pas trop à vrai dire, j’espère juste que des gens de tous les sexes seront là pour apprécier la musique. Ma musique, mes idées ne sont pas limitées qu’aux femmes, ce serait une erreur de voir le problème uniquement sous cet angle là.

Tu te considère néanmoins comme féministe non ?

Oui. Mais je crois qu’il faut juste être conscient que les barrières sont tout aussi mentales que politiques et culturelles, et que ces barrières devront être abattues. Je pense qu’il est important que les jeunes d’aujourd’hui soient éduqués avec ces problèmes sociaux contemporains en tête, toute évolution commence avec l’éducation.

Elle est accueillie comment ta musique chez toi au Royaume-Uni ?

J’ai été très honorée que Unflesh soit nommé Album de l’année par le magazine The Quietus. J’ai lu certaines très bonnes critiques de l’album et certains reports très intéressants de mes concerts. Je ne m’y attendais pas. J’étais juste contente que l’album puisse sortir, parce qu’il m’a été d’une grande aide. Je n’avais pas mis tous mes espoirs dans cet album et au final il me rend aujourd’hui très fière, j’ai beaucoup travaillé et j’ai l’impression d’avoir réussi à dire des choses grâce à lui. Par contre, ça m’intimide un peu que les critiques soient aussi bonnes, concernant ce que je ferai…après !

Gazelle Twin sera à la soirée de clôture du Festival Les Femmes S’en Mêlent, vendredi 27 mars dès 21h ! 

Adeline

Caution musicale de la team et rédactrice en chef du mag Heeboo, Adeline est amatrice de sonorités brutes et de soirées sans façons. Elle aime : le bleu / ponctuer ses interventions de points / râler. Ses soirées à elle (et à tout le monde) : Sneaky Sneaky.

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One Comment

  1. C-M.C says:

    Bon …. ben, y’a plu k’A !

    Merci pour la fraîche info BBX @ A. !

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