BIGEYES COUV

Big Eyes : Art et féminisme

Comme le souligne le bon vieil adage, “derrière chaque grand homme, se cache une femme” et Big Eyes, le nouveau film de Tim Burton sorti la semaine semble en être l’illustration. À la fin des années 1950 et au début des années 1960, alors que le peintre, Walter Keane connait un succès fou avec ses toiles d’enfants aux grands yeux, l’on découvre que c’est sa femme, Margaret qui les a peints. À travers ce double portrait, Tim Burton nous offre une réflexion sur l’art mais aussi sur la condition féminine de l’époque. Critique.


Les derniers films de Tim Burton avaient laissé la critique pantoise, et les fans, peut-être un peu déçus. Tim Burton teste et évolue. Pourtant, son style reste le même, parfois il s’épure et croit s’éloigner des atmosphères glauques de ses tous premiers films.  C’est un peu ce qui se passe avec le film Big Eyes: le style semble, de prime abord, plus lisse que les autres, moins sombre… De prime abord, bien sûr.

L’atmosphère s’apesantit au fur et à mesure. C’est que le sujet s’y prête aussi assez, Tim Burton qui n’a pas pour habitude de faire des films sociaux s’attarde une histoire vraie, ce qu’il a a rarement mis en scène (seul Ed Wood entre dans le genre du biopic) : l’histoire vraie de Margaret Keane ( Amy Adams) et de ses tableaux “Big Eyes” mais surtout l’histoire d’un couple, d’un duo à la dynamique qu’on voudrait croire positive dès le début mais qui s’avère nocive, surtout pour l’épouse, Margaret Keane.

Margaret Keane peint. Elle peint pour elle, c’est sa “chambre à soi”. Elle peint aussi pour vendre, se vendre, pour connaître la valeur de son travail. Elle n’a pas l’ambition des artistes exposés dans la galerie d’art contemporain qui commence à envahir l’époque. Nous sommes à la fin des années 1950, à une période à laquelle les femmes n’avaient pas encore acquis l’indépendance pour laquelle les féministes se  battront un peu plus tard. Elle quitte son mari et sa vie de banlieue  qui ressemble de très près à ces vies que le réalisateur exposait dans Edward aux Mains d’Argent. Elle est celle qui se sent l’intruse et part, emmène avec sa fille et emménage à San Francisco, ville avant gardiste dans tous les domaines.

Ainsi débute le film par une émancipation forte et symbolique, et on s’attend donc à une suite logique. Sauf qu’elle rencontre un homme: Walter Keane ( interprété pt Christopher Waltz). Il semble romantique, il vend aussi des tableaux, il croit en elle, il a l’ambition qu’elle n’a pas et surtout, il est un bon commercial. Ils se marient rapidement, on croit à leur histoire, on pense qu’il va la faire décoller, on espère ça même si les tableaux qu’elle peint ne correspondent pas du tout à ce que le marché de l’art attend. Mais une chose que l’on oublie, Margaret Keane est une femme, son mari, pensant bien faire s’accrédite les tableaux. C’est ce que l’on pense, car sous couvert d’un duo gagnant d’une artiste et d’un commercial, le film dépeint une relation abusive dans laquelle Margaret est soumise et contrainte au silence.  On y croit au départ, à ce duo et à cette histoire qui semble merveilleuse, mais Tim Burton arrive, à travers son style, à montrer la manipulation de Walter sur Margaret. Les jeux d’Amy Adams et de  Christopher Waltz sont à l’image de leurs personnages, effacé pour l’une,  monstrueux pour l’autre.

Big Eyes aurait pu être réalisé par Wes Anderson ou Sam Mendes pour l’aspect détournement d’un sujet social. Mais Tim Burton en fait un film aux réflexions croisées: qu’est-ce que l’art ? Qu’est-ce que la médiocrité ? Qu’est-ce que la critique d’art? Qu’est-ce que l’art démocratisé ? L’art populaire ?  Il s’agit là sans doute d’une mise en scène de ses réflexions liée à son propre travail. Quel est le cinéma de Tim Burton? Son cinéma est-il méprisé comme le sont les tableaux de Margaret Keane ?

D’ailleurs, point de monstres physiques ni de créatures sordides et étranges dans le film de Tim Burton car la monstruosité se trouve dans le sujet social. Nul besoin de merveilleux pour la monstruosité, seule la société suffit à la dévoiler. C’est sans doute une réussite pour Tim Burton même si, avec ce film, il risque de ne pas avoir la critique unanime.

Sarah

Sarah ne parle plus trop de cul ni d'amour d'ailleurs mais ses passions demeurent : féminisme, antispécisme, santé mentale et gingembre.

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