Ariana Miyamoto Election

Une miss métisse crée la polémique au Japon

Sujet d’actu en somme plutôt people, l’élection très contestée d’Ariana Miyamoto le 12 mars dernier en tant que Miss Japon met en lumière un problème récurrent chez les métis : trouver sa place dans les différentes cultures qui sont pourtant à l’origine même du fondement du métissage.

Qui est Ariana Miyamoto ?

Née d’un mariage mixte, d’une mère japonaise et d’un père afro-américain, Ariana Miyamoto, 20 ans, a vécu toute sa vie au Japon avant de réaliser des études supérieures aux Etats-Unis en calligraphie japonaise. Souhaitant devenir top model, elle se présente début 2015 au concours de Miss Nagasaki, sa région d’origine au Japon, qu’elle remporte. Cette victoire lui permet de participer au concours de Miss Japon.

Avec son parcours atypique (elle a été barmaid pour payer ses études et adore le volley-ball ainsi que la moto) et sa plastique de rêve, elle séduit le comité d’organisation de l’élection et devient la première métisse élue Miss Japon en s’imposant face à 44 autres candidates. Ce titre lui ouvre les portes de la compétition internationale de Miss Univers pour y représenter le Japon en janvier 2016.

Jusque-là rien de grave mais c’était sans compter sur la capacité qu’a le Japon à constamment nous étonner dans ses multiples paradoxes. Alors que cette élection marque une plus grande ouverture d’esprit du Japon – pays réputé conservateur – , elle en a également fait ressurgir les travers identitaires.

Un vent de racisme souffle sur le pays du Soleil-Levant où le mythe de l’homogénéité est ancré culturellement et plusieurs commentaires nauséabonds entachent l’élection d’Ariana Miyamoto. Ainsi on a pu voir des japonais questionner la légitimité de ses origines en demandant carrément qu’un test ADN soit réalisé ou que les modalités d’élection soit revues afin que seules des « japonaises pures » puissent représenter le Japon. Le pire reproche étant d’avoir « trop de sang noir pour être japonaise ».

Être métis au Japon

Chaque année 20 000 enfants métis naissent au Japon. Si d’un point de vue occidental le métissage est plutôt perçu comme une chance, du côté nippon cela est bien moins évident. Certains métis se retrouvent dans des situations où ils ont l’impression de n’exister nulle part. Par exemple une franco-japonaise sera « trop asiatique » en France et « trop étrangère » au Japon, dans chacun des pays dont elle est pourtant originaire elle sera victime de préjugés. Ce qui est particulièrement frappant au Japon c’est qu’on aura tendance soit à volontairement oublier le métissage en exigeant de la personne métisse qu’elle adopte un comportement conforme (refus de voir qu’elle est à moitié française), soit on accentuera encore plus son métissage en lui rappelant constamment de manière plus ou moins délicate qu’elle n’est pas japonaise.

Ariana a suivi une scolarité majoritairement dans des établissements nippons et possède un passeport japonais, la double-nationalité n’étant pas autorisée par le Japon. Elle se sent japonaise à part entière.

Et pourtant elle n’est pas considérée comme « une vraie jeune femme japonaise ». C’est une hafu (retranscription de l’anglais half), une demi-japonaise, terme péjoratif pour désigner un état de fait – le métissage – qui devrait plutôt être considéré comme une richesse. Elle reste aussi une gaijin, une étrangère.

Le terme de hafu implique à tort que les personnes concernées parlent plusieurs langues alors que certaines n’ont jamais mis un pied en dehors du Japon et ne parlent que japonais, ce qui fait que certains métis « physiques » ne sont donc jamais vraiment acceptés par la société nippone.

Ariana Miyamoto n’est évidemment pas le premier mannequin à vivre ce genre de débat qui relance la notion d’indigénéité, par exemple l’élection de la franco-béninoise Flora Coquerel en tant que Miss France 2014 a été sévèrement critiquée. A cheval sur plusieurs cultures, les métis font régulièrement l’objet de discriminations à l’école et dans le monde du travail, au Japon le documentaire Hafua été lancé pour  promouvoir la prise de conscience sur la diversité raciale et les problèmes auxquels font face les métis.

Emmanuelle

Globe-trotteuse sur-diplômée touche-à-tout (nous n'avons toujours pas compris quel était son vrai métier). Un quart geek, un quart TDAH, un quart Taubira et un quart Ted Mosby ascendant Barney Stinson. Twitter : @emmanuellecamp0

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One Comment

  1. Vivi says:

    Le racisme au japon est bien connu et c’est scandaleux mais je trouve aussi que les élections de Miss sont très sexistes, faut pas l’oublier.

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