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Tribune : de la haine des femmes

8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Pas un mot de moins, pas de femmes au singulier. Aucune exclusion.

Parce que tous les jours de l’année – y compris le 8 mars – ce sont toutes les femmes et les filles qui sont susceptibles d’être harcelées, dans la rue et au travail, abusées sexuellement ou violées, par un inconnu parfois mais le plus souvent par un proche, un parent. Ce sont toutes les femmes qui sont en permanence stigmatisées par les médias… En permanence discriminées par un système qui permet cette oppression, la société patriarcale.

Puis le silence. Le silence du reste. Le silence de la haine, la haine du féminin, mais surtout, la haine des femmes. La société patriarcale est liée à cette haine. Une haine presque indicible tant elle s’est rendue invisible. Elle existe partout, même dans le milieu LGBT, même dans le milieu Queer et même dans le milieu féministe. Cette haine qui existe partout et se voit rarement.

Mais on la perçoit un peu, faut-il prendre une petite pilule bleue ? Faut-il prendre du recul ? Faut il d’abord se remettre en question soi-même? Il ne s’agit pas seulement de remarquer le sexisme ambiant, mais surtout de voir, enfin, qu’il est intrinsèquement lié à la haine envers les femmes.

Il suffit de tendre l’oreille et de lire entre les lignes. Toutes les femmes qui vont être socialement ou politiquement valorisées le seront grâce à leurs “qualités d’homme”: Margaret Thatcher, Angela Merkel. Des femmes de poigne ou de force comme on dit, souvent mises en avant pour leur sévérité, leur force, leur froideur ou leur apathie. On entend la même chose des femmes qui accèdent à des statuts haut placés : il faut qu’elles soient dures. Ce sont des qualités valorisées.

À l’inverse, on va s’amuser à descendre toutes celles qui ne semblent pas avoir ces qualités: Eva Joly, Cécile Duflot voire même, Ségolène Royal. On les qualifie parfois de cruches, on se moque de leur accent, leurs fringues et leurs fautes d’expression. On parle rarement de leurs qualités intellectuelles.

Et cela commence très tôt: “tu pleures comme une fillette” dit-on aux garçons. On l’entend aussi dans la bouche des filles, il ne faut pas pleurer et ne pas montrer qu’on est sensible.

Dans une société où le genre est binaire, il est difficile de le transgresser sans se faire attaquer. Certes, une fille qu’on qualifie de garçon manqué, ça repose sur des stéréotypes qui ont la vie dure,mais il est plus compréhensible pour une fille de vouloir faire comme les garçons, que l’inverse. Vous comprenez, les qualités associées à la masculinité sont valorisantes, tandis que celles associées à la féminité sont dégradantes.

“Bière de pédé”, “courir comme une pédale”, “pleurer comme une fillette” ou à l’inverse “avoir des couilles”. Combien de fois avez vous entendu ces phrases?

Ce ne sont pas seulement des expressions homophobes. Ce sont des expressions sexistes. Basées sur des clichés, renforçant l’idée selon laquelle faire comme une femme, c’est ridicule. On le voit à l’intérieur même des milieux LGBT ou Queer : la figure de la folle, ce repoussoir stigmatisée par ses pairs, renforcée par une homophobie et un sexisme intériorisé. Ce n’est pas seulement parce que les folles sont des pédés visibles qu’elles sont autant rejetées, mais aussi parce qu’elles ne rentrent pas dans la norme du genre auquel elles appartiennent, et surtout parce qu’elles ont des attitudes associées au féminin.

Je me souviens encore, il y a quelques années, de mes propres remarques faites à propos de filles que je trouvais bien trop féminines dans leur attitudes : leur sensibilité exacerbée, leurs manières de s’exprimer. Je me suis trouvée bien bête lorsque moi-même je me suis rendue compte que je n’avais pas eu conscience, jusque là, que j’étais tout aussi sexiste ou que du moins, je méprisais certaines qualités dites féminines.

Les hommes qui transgressent le genre remettent en question la définition même de la virilité et c’est quelque chose qui effraie. La société a peur du metrosexuel, de l’homme “efféminé”: il devient doux, se préoccupe de ses enfants, apprend à s’exprimer de plus en plus. Enfin ça, c’est pour les clichés, parce qu’en réalité, ces hommes là constituent une minorité.

La société aurait donc peur d’une société basée sur des qualités dites féminines : en effet, comment être à la tête d’un gouvernement sans une certaine force de caractère ? Comment être à la tête d’une entreprise sans avoir une main de velours mais dans un gant de fer ?

“On ne naît pas femme, on le devient” disait notre amie Simone, mais on devient également homme. On éduque les hommes à réfréner leur émotions, ne pas les exprimer, ne pas pleurer, être un roc. Chez les femmes, on va réfréner celles qu’on considère sortir de la norme: un fort appétit sexuel> hystérie > asile > électrochoc. On aime pas non plus quand les femmes s’expriment trop alors on les musèle, les enferme, les shoote aux médocs. Elles dépassent leur genre. Les hommes, on part du principe qu’ils sont forts. Puis si le mec montre une faiblesse, il devient la pédale du coin.

Etre une meuf, ça craint. Il faut faire l’homme pour s’imposer.

Il faut faire l’homme pour s’imposer et échapper aux stigmatisations de toutes parts : les publicités misogynes, les séries de quelques minutes qui passent sur Canal plus : Connasses, ou Filles d’aujourd’hui. Je ne dis pas que tous les épisodes sont sexistes, je dis juste qu’on stéréotype toujours les mêmes. Les femmes sont des cruches, des idiotes superficielles, trop sensibles, trop meufs.

Je n’ai jamais vu une seule série de ce type sur les clichés masculins -peut-être que cela existe et que je ne les ai jamais vus- mais le paysage audiovisuel est quand même bien rempli d’humour sexiste, dévalorisant encore et toujours la même frange de l’humanité. Les femmes sont rarement prises au sérieux : on se fout de leur gueule et on leur coupe la parole, elles n’ont pas les couilles ni la force de caractère. Mais d’ailleurs, cela veut dire quoi, la force? Ça veut dire quoi “avoir des couilles? Et la virilité dans tout ça ? Oui c’est quoi la virilité ?

Et si on renversait tout? Et si mêmes les meufs, les hommes, mêmes les personnes appartenant aux milieux féministes, Queer et LGBT arrêtaient de dévaloriser les qualités associées au féminin ? Je veux dire, même chez les gouines et les bies, la stigmatisation est forte et se rapproche souvent d’une misogynie tellement intériorisée qu’elle n’est même pas conscientisée.

Quand vous dites à une meuf qu’elle fait trop meuf, qu’elle s’habille comme un pute, qu’elle pleure trop, qu’elle est hystérique, vous perpétuez le sexisme, vous renforcez la société patriarcale.

Pour renverser tout ça, il faudrait arrêter de penser les qualités de manière binaire. Il faudrait aussi se mettre dans la tête que la force et la virilité dont on parle et qui manquerait aux femmes, ne se placent pas forcément où on le croit. Cette véritable force, elle est peut-être du “côté féminin” finalement, dans l’expression de la vulnérabilité. “Car c’est par la fragilité que la révolution oeuvre”, comme dirait B. Preciado.

 

 

Sarah

Sarah ne parle plus trop de cul ni d'amour d'ailleurs mais ses passions demeurent : féminisme, antispécisme, santé mentale et gingembre.

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10 Comments

  1. Plouc says:

    Merci.

    Je suis un homme cis, mais j’ai toujours eu tendance à me considérer comme un Homme, et, en vous lisant, je viens de comprendre que c’était parce que les qualités que je valorise sont des qualités “féminines”.

    Pour les séries Canal, je vous remercie aussi, je comprends mieux mon malaise devant.
    Je me demande si, quelque part, c’est pas un peu le syndrome Omar Sy, où, pour réussir, un-e dominé-e se retrouve à devoir se fondre dans les clichés, quitte à les perpétuer.

    Chouette article, en tout cas! :)

  2. Plouc says:

    Mince, dans ma bataille d’Edits, j’ai oublié une négation ^^
    Il fallait lire “à ne pas me considérer comme un Homme”.

  3. Ltg says:

    Travaillant dans un milieu presque exclusivement masculin, je peux dire que le sexisme à la vie dure chez certains… Mais cependant ceux le perpétuant ouvertement ne sont vraiment appréciés par la majorité des hommes et les langues se délient lentement, surtout chez ceux ayant la 20taine. C’est encourageant. Mais le chemin est encore long…

  4. Ltg says:

    J’ai moi aussi oublié une négation “ne sont vraiment plus appréciés” !

  5. LaMouette says:

    Merci pour l’article qui pose une vraie question. La “féminité” est dénigrée de tous bords : par le patriarcat et par le courant féministe dominant (symptôme d’aliénation). Mon rapport à ma propre “féminité” est complexe, mais j’ai tendance à penser qu’il est possible d’en avoir une vision dialectique. En ce sens qu’on peut réapproprier notre féminité pour en faire un outil d’”empowerment”.

  6. Elsa says:

    Je pense que cette société de violence favorise l’oppression de la femme/féminité (Game of Thrones, The Walking Dead…)

  7. Le simple fait qu’une “journée internationale pour les droits des femmes” soit établie montre à quel point il reste du chemin à parcourir !…

  8. C-M.C says:

    “Etre une meuf, ça craint. Il faut faire l’homme pour s’imposer.”

    … ou pas.

    combat-égalité-droits des femmes et 365 jours pour appliquer …

    BBX, merci !

  9. Vivi says:

    MERCI pour cet article. Au collège (oui je suis encore au collège ;) , mais bien sur dans tous les autres milieux puisque le collège est le parfait reflet de notre société, il n’y a QUE du sexisme. L’autre jour, en cours d’espagnol, le prof parlait des jouets d’une fille –> dinette
    et des jouets d’un garçon–> petites voitures.
    Heureusement, j’ai refusé de faire mon exercice. Le prof a essayé de prouver comme quoi les filles étaient plus attirées par la cuisine (en vain)…
    Je pense que c’est pour cela que nous avons tous une misogynie refoulée, cela vient de notre éducation (je sais c’est évident mais j’avais besoin de donner un exemple héhé :) ….

  10. LoveJessy says:

    La haine envers les femmes s’arrêtera le jour où on traitera les mecs comme de la merde. A quand les femmes pourront-elles clamer haut et fort leur agressivité, faire des menaces de viols sur les hommes? Je pense que certaines doivent en arriver là afin de sauver les autres. Rappelons nous que c’est une guerre, les musulmans ont remis le couvert religieux de la barbarie contre les femmes, à nous de frapper fort, outrageusement fort.

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