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Japon : le domaines des dieux s’ouvre aux femmes

Sport ancestral japonais traditionnellement réservé aux hommes, ouvert officiellement aux femmes en 1999, le sumo attire de plus en plus de pratiquantes au Japon. Seul pays où il est pratiqué professionnellement, celles-ci ne sont reconnues qu’au niveau amateur, contrairement à leurs pairs masculins… Jusqu’à quand ?

LE SUMO EN BREF

On connaît l’aspect physique des sumotoris, moins les règles propres à ce sport si particulier. Art martial de contact, le sumo oppose deux lutteurs appelés rikishi lors de combats éclairs de quelques secondes voire plusieurs minutes. Pour gagner un combat, il faut forcer son adversaire à sortir de la surface de combat – délimitée par un anneau circulaire en paille tressée sur un ring appelé dohyo sur une surface couverte de sable – ou déstabiliser son adversaire pour qu’il/elle touche le sol avec une autre partie de son corps que les pieds.

Tous les coups sont permis pour arriver à ses fins une fois le début du combat lancé : ça se baffe, ça se tire les cheveux, ça se pousse, ça se chope le mawashi (bande de tissu serrée autour de la taille et de l’entrejambe, seule fringue autorisée sur le ring pour les hommes, ajout d’un t-shirt et d’un caleçon version femme), etc. Il y a d’autres règles rarement pratiquées qui permettent de gagner ou perdre un combat mais on vous passera les détails car ce serait comme tenter de vous expliquer par écrit les multiples exceptions au Jungle Speed (version extension bien évidemment).

Contrairement aux autres arts martiaux, le sumo version professionnelle n’a aucune catégorie de poids, il arrive que des petits gabarits (70 kg) sortent victorieux de combats contre des adversaires plus gros et plus lourds (280 kg). David contre Goliath.

Le sumo est entouré de rites cérémoniaux shintoïstes qui sont rigoureusement respectés et gardés encore de nos jours. Chaque combat est précédé par un jeté de sel sur le dohyo afin de le purifier des mauvais esprits. Autre particularité sympa du dohyo, lieu le plus sacré pour les rikishi, est l’interdiction d’accès aux femmes lors des entrainements et compétition car leur sang est considéré comme impropre ce qui peut affecter la pureté du dohyo… mesure purement discriminatoire et oppressive, celle-ci est régulièrement remise en cause par les féministes au Japon qui rappellent l’hypocrisie de cette politique masculine dans le sumo où la femme doit être une épouse qui soutient son mari lorsqu’il est rikishi puis une mère de substitution pour tous les disciples de ce dernier lorsque celui-ci se reconverti en entraîneur.

LE SHIN-SUMO

Le sumo spécifique aux femmes est appelé Shin-Sumo, elles possèdent leur propre championnat du monde. Dès le XVIIIe siècle les combats féminins étaient organisés par des maisons closes dans l’unique but de divertir un public masculin, pratique jugée immorale, elle a été interdite en 1926.

Aujourd’hui, même si les femmes n’ont toujours pas le droit de fouler la terre sacrée de l’arène du Ryogoku Kokugikan à Tokyo, où se déroulent les compétitions officielle, elles ont accès depuis 1997 à des rencontres internationales de sumo amateur. Souffle de modernité ? Rien de cela, la Fédération Internationale de Sumo souhaiterait voir entrer le sumo au rang de discipline olympique et l’une des conditions est la participation féminine…

Comment ont-ils contourné la règle d’incompatibilité du dohyo avec les femmes ? En étant pragmatiques, si les compétitions professionnelles sont sacrés car les sumotoris masculins considérés comme des demi-dieux, les combats amateurs n’ont rien à voir avec les dieux donc les femmes peuvent y participer.

Comme les hommes, la vie quotidienne des rikishi femmes est très réglementée : réveil aux aurores, entraînement, déjeuner à base de chanko nabe – fondue japonaise hyper protéinée et très calorique constituée de blanc de poulet sans peau, poisson frit, tofu, bœuf et de légumes – suivi d’une sieste pour assimiler la nourriture dans l’organisme et prendre du poids. Deuxième round le soir, même régime et même concept juste avant d’aller dormir. Les femmes partagent une maison à proximité de leur lieu d’entraînement. Elles s’entraînent tous les jours entre elles ou contre des camarades masculins qui parfois font le double de leur poids.

Elles suivent la même cadence que les hommes et pourtant elles ne peuvent toujours pas prétendre à une carrière professionnelle… ce qui les force à suivre en même temps des études…

Sayaka MATSUO, 19 ans, 60 kg, fille d’un ancien sumotori professionnel, a commencé le sumo sous la pression familiale à l’âge de 5 ans. Elle fait aujourd’hui partie du cercle très restreint des femmes pratiquant le sumo. Elle indique qu’en tant que femme, elle n’est pas obligée d’avaler les 20 000 calories ingurgités par ses homologues masculins, elle mange de façon plus contrôlée pour maintenir son poids et rester dans la catégorie des moins de 65 kg.

Aujourd’hui, la féminisation reste limitée et l’acceptation sociale ne suit pas vraiment car effacer les différences entre hommes et femmes reste difficile dans un pays très ancré dans ses traditions. Peu de chances que le sumo soit érigée discipline olympique pour les J.O de Tokyo 2020…

Emmanuelle

Globe-trotteuse sur-diplômée touche-à-tout (nous n'avons toujours pas compris quel était son vrai métier). Un quart geek, un quart TDAH, un quart Taubira et un quart Ted Mosby ascendant Barney Stinson. Twitter : @emmanuellecamp0

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2 Comments

  1. C-M.C says:

    je m’demande ce qu’en penserais monsieur chirac, lui qui est de sudo tout court …

  2. C-M.C says:

    … lui qui est fan de sumo.

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