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Ces femmes qui font l’histoire: Renée Vivien

Surnommée “Sapho 1900″ (notamment pour ses traductions des textes de l’auteure grecque), Renée Vivien était une poétesse d’origine britannique. De son vrai nom Pauline Mary Tarn, elle est née d’une américaine et d’un britannique fortuné John Tarn qui lui laissa à sa mort, en 1886, un héritage conséquent. Elle effectua une partie de sa scolarité entre Paris et Londres mais c’est à Paris qu’elle décidera de s’établir. Elle vivra au 23, avenue du Bois de Boulogne où elle fréquentera de nombreuses femmes de lettres de son époque.

A la Belle-époque, de nombreuses femmes de lettres entretenaient des relations amoureuses plus ou moins clandestines. Renée Vivien est principalement connue pour sa relation tumultueuse avec Natalie Clifford-Barney, beaucoup moins pour sa poésie. De son vivant, certains de ses poèmes sont signés Paule Riversdale, un collectif qu’elle fonde avec Hélène de Zuylen , une riche baronne avec qui elle partage une relation beaucoup plus stable que celle entretenue avec Natalie Clifford Barney. En effet, Hélène de Zuylen, baronne et mère de deux enfants, apporte une stabilité émotionnelle à Renée qui lui permet une création littéraire prolifique. Cependant, leur relation, qui durera de 1902 à 1907, restera discrète.
“Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,
Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix,
L’harmonie et le songe et la douleur profonde
Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.
Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles,
Je partage leur vie intense en les touchant,
C’est alors que je sais ce qu’elles ont en elles
De noble, de très doux et de pareil au chant.
Car mes doigts ont connu la chair des poteries

La chair lisse du marbre aux féminins contours
Que la main qui les sait modeler a meurtries,
Et celle de la perle et celle du velours.

Ils ont connu la vie intime des fourrures,
Toison chaude et superbe où je plonge les mains !
Ils ont connu l’ardent secret des chevelures
Où se sont effeuillés des milliers de jasmins.

Et, pareils à ceux-là qui viennent des voyages.
Mes doigts ont parcouru d’infinis horizons,
Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages
Et m’ont prophétisé d’obscures trahisons.

Ils ont connu la peau subtile de la femme,
Et ses frissons cruels et ses parfums sournois…
Chair des choses ! j’ai cru parfois étreindre une âme
Avec le frôlement prolongé de mes doigts…”

Chair des choses

En 1907, Hélène de Zuylen la quitta pour une autre femme tandis que son autre amante Kérimé Turkhan Pacha, avec qui elle avait entretenu une relation amoureuse principalement épistolaire, la quitte également pour suivre son mari à Saint-Petersbourg. Commence alors une descente aux enfers où se mêleront sans doute drogues et alcools, mais surtout dépression. Renée se privera de nourriture et finira par peser près de 30 kilos à sa mort. Et jusqu’au bout, Natalie Barney aura tenté de la reconquérir. Cette dernière sera enterrée non loin de Renée Vivien au cimetière de Passy.

Renée Vivien reste une écrivaine trop méconnue, pourtant l’écriture de la chair amoureuse et désirante n’a rarement trouvé meilleure transcription. Sans doute est-elle décédée trop jeune pour faire connaitre de son vivant sa poésie. Son oeuvre entière est une ôde aux plaisirs charnels, mêlée à un romantisme exacerbé, celui d’un autre temps.

Sarah

Sarah ne parle plus trop de cul ni d'amour d'ailleurs mais ses passions demeurent : féminisme, antispécisme, santé mentale et gingembre.

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