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Une plume hors d’Iran

On ne présente plus le roman graphique de Julie Maroh « Le Bleu est une couleur chaude » qui raconte l’histoire d’amour entre Clémentine et Emma. Prix du Public en 2011 au Festival d’Angoulême, traduit dans plus d’une douzaine de langues, l’œuvre adaptée au cinéma sous le nom de « La vie d’Adèle » ravira une Palme d’Or hautement symbolique lors du Festival de Cannes de 2013. Plus de deux ans après les controverses sur le tournage du film, l’œuvre originelle fait de nouveau parler d’elle en Iran où la liberté d’expression et le fondamentalisme islamique ne font pas bon ménage.

Sepideh Jodeyri est une journaliste, poétesse et traductrice iranienne. Elle est également militante pour l’égalité des droits – y compris LGBT – et féministe. Dans une république islamique qui pratique la Charia, qui condamne fermement l’homosexualité et dans laquelle les femmes sont encore fortement discriminées, dire que Sepideh Jodeyri aime vivre dangereusement relève de l’euphémisme. Déjà censurée et menacée par les autorités iraniennes suite à ses prises de positions contre Mahmoud Ahmadinejad, elle vit aujourd’hui en exil forcé à Prague ce qui ne l’empêche pas de subir depuis plusieurs semaines un véritable lynchage médiatique de la part des médias conservateurs iraniens qui l’accusent de porter atteintes aux valeurs de la société iranienne suite à sa traduction de l’œuvre de Julie Maroh.

« Abi Garmtarin Rang Ast », version perse du « Le Bleu est une couleur chaude » est éditée depuis août 2014 par la maison d’édition iranienne Naakojaa basée à Paris. Le gouvernement iranien étant control freak, celui-ci impose que toute œuvre imprimée en Iran soit autorisée avant sa publication par le Ministère de la Culture et de l’Orientation Islamique. Le but étant de vérifier que la dite œuvre soit conforme aux lois islamiques. Ce qui est loin d’être le cas de l’œuvre de Julie Maroh bien évidemment. La censure étant sa seule option en Iran, Sepideh Jodeyri n’a eu comme seule alternative de diffuser son travail version numérique et/ou l’imprimer via un éditeur basé à l’étranger. Depuis août, même s’il y avait de nombreuses réticences à diffuser une œuvre abordant un sujet aussi sensible que l’homosexualité féminine, l’ouvrage a su trouver son public : majoritairement LGBT ou sensibilisé à la cause. Comment les personnes concernées ont pu contourner le Big Brother is watching you iranien sur le web, on se le demande encore…

Le cauchemar de Sepideh Jodeyri a commencé lorsqu’elle a voulu promouvoir son dernier recueil de poésie – édité chez un imprimeur indépendant en Iran donc théoriquement validé par les fondamentalistes – dans le cadre d’une soirée de lectures dans un musée de Téhéran. Plusieurs médias conservateurs ont reprochés à cette dernière d’être un auteur « pro-LGBT » et d’utiliser les ressources du gouvernement (le musée est financé par l’Etat) pour promouvoir des idées allant à l’encontre des valeurs de la république islamique. De nombreux hommes médiatiques ont reproché au ministre de la Culture d’avoir laissé cela se produire et pour faire figure d’exemple Sepideh Jodeyri a été déclaré persona non grata dans son propre pays. La tournée a été annulée, le directeur du musée licencié et l’éditeur menacé de perdre sa licence. Le but de cette opération était clairement de faire en sorte que Sepideh Jodyri ne puisse plus produire d’œuvre à destination d’un public iranien. Aujourd’hui aucun éditeur n’a le droit de publier ses travaux en Iran, toute critique littéraire à son sujet est effacée. Elle a encore sa plume mais plus d’encre pour se faire entendre, alors elle compte sur la communauté internationale pour l’aider et pour continuer d’exister.

Scandalisée par ce qui arrivait à sa consœur, Julie Maroh a apporté de suite son soutien à Sepideh Jodeyri en publiant sur son site une tribune pour alerter l’opinion publique pour qu’un mouvement de solidarité s’organise. Cela a porté ses fruits puisqu’une quinzaine de pays ont apporté leur soutien et la presse internationale s’empare désormais du sujet.

“Sepideh Jodeyri a voulu traduire « Le Bleu est une couleur chaude » par volonté d’éduquer les iraniens sur la notion de différence. Aujourd’hui malgré l’arrivée au pouvoir d’Hassan Rohani, censé être plus modéré que Mahmoud Ahmadinejad, l’homosexualité est toujours un crime passible de 100 coups de fouets ou la peine de mort. Pour toute personne qui soutient des idées contraires à celles de la république islamique il y a un risque de représailles, même en exil, c’est pourquoi Sepideh Jodeyri a besoin du soutien de la communauté internationale seul rempart solide face à l’Iran qui cherche à améliorer son image.”

Emmanuelle

Globe-trotteuse sur-diplômée touche-à-tout (nous n'avons toujours pas compris quel était son vrai métier). Un quart geek, un quart TDAH, un quart Taubira et un quart Ted Mosby ascendant Barney Stinson. Twitter : @emmanuellecamp0

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One Comment

  1. C-M.C says:

    Bravo Iran moderne et progressiste, y a pas mieux pour cette république islamique …

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