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“Quand est-ce qu’une lesbienne perd sa virginité ?” La fausse question du jour

Il y a quelques semaines, la journaliste LGBT June Thomas postait sur Slate une vidéo intitulée « When does a lesbian lose her virginity ? » (quand est-ce qu’une lesbienne perd sa virginité?). Face à cette question faussement épineuse, une seule parade : repenser la problématique de la virginité loin des grilles d’analyse hétérocentrées. Facile à dire, mais moins à faire.

A la question du « Suis-je encore vierge sachant que je suis lesbienne, n’ayant au préalable jamais couché avec un garçon ? » n’importe quel sexologue ou gynécologue vous dira – sauf les moins bien intentionné(e)s –  « Non, vous ne l’êtes plus ».

Mais, lorsque l’on sort du cadre scientifique, les avis divergent. Il suffit de lancer le sujet lors d’une soirée lambda pour créer une polémique meurtrière. Selon les dictionnaires, les réacs, certains de vos amis hétéros, les magazines féminins pour ados et une majorité de personnes encore, la virginité c’est quand on n’a pas encore eu des rapports sexuels ; ce qui nous amène à la définition de rapports sexuels qui constitue, pour la majorité toujours : le pénis d’un homme cisgenre dans le vagin d’une femme cisgenre (un dessin ?). Oui, l’idéologie du mâle dominant faisant “perdre” sa virginité à la jeune et chaste femelle persiste encore et toujours. La notion de perte n’est d’ailleurs pas anodine. C’est bien notre innocence qu’on nous arrache en même temps que notre hymen, pour devenir une VRAIE femme (option mère ou putain).

L’hymen parlons-en. Il peut être inexistant chez certaines femmes, se « rompre » facilement ou s’user par la pratique de certaines activités sportives. L’hymen est une membrane tellement souple qu’il se peut que vous l’ayez écarté en insérant vos doigts dedans, des feutres ou un tube de déodorant (qui sait) ? Conclusion : la virginité ne peut pas reposer sur la rupture de l’hymen !  Ce n’est pas lui qui détermine si vous êtes encore vierge. Parce que vous pouvez aussi bien avoir pratiqué le sexe anal ou une fellation, votre hymen sera au même point, pourtant je doute que vous vous diriez encore vierge…

Si ce n’est pas la déchirure de l’hymen qui définit la perte de la virginité, alors quoi ? Dans sa vidéo postée dans la rubrique queer du site Slate US, la journaliste June Thomas répondait à la question en quelques lignes :

« A partir de quand peut-on dire qu’une lesbienne perd sa virginité ? (…) 
Je ne suis pas sûre qu’il y ait une réponse claire et précise à cette question. C’est un concept tellement étrange, que l’on puisse se faire « déflorer » ou que cela arrive simplement parce que vous ou quelqu’un d’autre aurait inséré quelque chose en vous. Mais clairement, le fait de perdre sa virginité (ou des questions de ce genre) indique le moment où une ligne a été franchie, et quand l’intimité devient quelque chose de vraiment cool. Bien sûr, cela représente plus qu’un baiser, mais à partir de quel repère se base-t-on pour dire que cette ligne a été franchie quand des femmes font du sexe ensemble ? »

L’intimité. Concept flou s’il en est. Quand est-on vraiment intime avec une fille ? Définir cette “ligne” à partir de laquelle on passe le cap de l’intimité, c’est précisément le point central de mon questionnement. June Thomas a demandé à plusieurs amies lesbiennes de l’aiguiller. La première est assez catégorique :  c’est lorsqu’une femme a un orgasme avec une autre femme. Ceci semble placer la barre un peu haut – mais c’est une possibilité. La deuxième affirme en revanche que c’est l’intensité du rapport sexuel qui définit l’intimité du rapport. On n’est plus vierge dès lors que l’on vit intensément une relation sexuelle…? Une réponse plus mesurée mais qui pèche par son approximation.

Et si, au fond, on s’en foutait de savoir si les lesbiennes sont vierges ou non ? Comme l’écrivait notre rédactrice sexo Sarah : “La virginité est un concept culturel, un mythe, inventé par les hommes pour contrôler la sexualité des femmes et pour être certain d’être le père des enfants de leurs femmes.” Du coup, on pourrait peut-être s’affranchir de l’avis de ces messieurs vous ne pensez pas ? Dépasser la question de la virginité, c’est passer outre le contrôle des hommes sur notre corps. C’est être libre de vivre sa sexualité en dehors des codes.

Et vous, ça vous inspire quoi ?

 

An Si

 

An Si

Sbire candide de BBX, An Si s'intéresse à la culture queer, porn et mainstream. Ré-invente la langue française avec ses fautes d'orthographe.

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6 Comments

  1. Artemisia.g says:

    Je crois que l’article en arrive à la bonne conclusion: on s’en tamponne le coquillard! Je pense qu’au lieu de redéfinir le dépucelage en se demandant comme ça se passe pour des gouines, il faut refuser ce vieux concept dégueulasse qui fleure bon l’hétéro-patriarcat! L’urgence c’est que l’on cesse de faire ce lavage de cerveau aux ados mais vu que l’Education nationale n’a pas encore pris acte de l’emplacement du clitoris et de son utilité, c’est pô demain la veille!

  2. C-M.C says:

    “concept culturel” … virginité … peut-être ? prévention et santé, avec affirmation …

  3. Bernadette says:

    Je nuance vos premières lignes. Il y a quelques années, je vais chez un gynécologue pour la première fois. J’explique que j’ai une copine depuis quelques temps. Il me répond alors :”Mais vous êtes vierge en fait?”

  4. Zimbolaktus says:

    Le fait même que tu te poses la question veut dire que le PHALLUS t’obsède. Règle la question…

  5. Zimbolaktus says:

    Évite de m’agonir d’injures avec de ne nombreuses ignominies hétérophobes hors sujet. Si tu es homo (lesbienne pour être plus précis) ton désir devrait être clair et limpide. ça n’est pas le cas, je n’y suis pour rien…

  6. Zimbolaktus says:

    Pour conclure, en matière de libido, je me suis toujours laissé guider par mon désir. Si jamais j’avais ressenti le moindre désir pour un homme je n’aurais pas hésité un dixième de seconde, ça n’a pas été le cas, saurais-je coupable ?…

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