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En luttant contre eux, les homophobes se réveillent

À l’occasion de la journée nationale de prévention du suicide, l’Inter-LGBT lançait la semaine dernière ses visuels chocs pour dénoncer l’homophobie qui pousse les LGBT à la dépression voire au suicide. Relativement bien relayée dans les médias nationaux, cette campagne a été l’objet de vives réactions… homophobes. Les commentaires insultants des internautes n’ont cessé de proliférer. Décryptage.

Quatre fois plus. Quatre fois plus de suicides chez les populations LGBT que chez les hétérosexuel-le-s. C’est le chiffre ahurissant que révélait l’Inter-LGBT, jeudi dernier, lors de la journée nationale de prévention du suicide. L’interassociative a ainsi mis en perspective ce chiffre au coeur de deux affiches chocs ayant dans l’idée de “frapper les esprits”, de secouer les esprits chagrins qui, sous couvert d’humour (ou non, bien sûr), se targuent d’employer des termes, populaires pour eux, néfastes pour ceux et celles qui les subissent. Si le taux de suicides est quatre fois plus élevé chez les populations LGBT, il ne s’agit non pas d’un mal-être dû  à leur orientation sexuelle en elle-même, comme certain-e-s écervelé-e-s se plaisent à le croire, mais aux insultes et autres violences subies quotidiennement. On ne se suicide pas parce que l’on est lesbienne, gay, bi-e ou trans, mais parce qu’on se fait harceler, humilier, insulter, cracher dessus, frapper, violer.

” Le gouvernement ne peut rester inactif face à la situation de sursuicidalité à laquelle sont exposées les personnes lesbiennes, gaies, bi et trans. Aussi, l’Inter-LGBT demande à à Marisol Touraine et à Najat Vallaud-Belkacem de fournir une évaluation précise des actions mises en œuvre depuis 2012 et de préciser les prochaines étapes de l’action qu’elles entendent mener dans le cadre de ce programme gouvernemental.” 

Cette campagne de lutte contre l’homophobie a pourtant, elle-même, été la cible… d’homophobes. À peine les médias avaient-ils relayé ces informations qu’une pluie de commentaires plus scabreux et débilitants les uns que les autres s’abattait. Et encore. En raison de la modération des écrits des internautes englués dans leur bassesse, nous n’avons accès qu’à la surface émergée de l’iceberg d’ignorance et de méchanceté que recèle cette populasse.

Attention, l’orthographe n’a pas été modifiée.

Ainsi, sur L’Obs, nous pouvons lire : “Il n’y a pas de ‘modèle hétéronormé’, ce que vous voyez, c’est simplement que la très grande majorité des français est hétérosexuel et que donc notre société s’est bâtie sur ce paradigme, et que notre monde a été bâtie pour la procréation hétérosexuelle.” Ou de l’être humain comme machine reproductive.

Sur Planet, “On ne peut que regretter ces suicides, mais ne sont-ils pas la résultante d’un mal-être du au fait que ces personnes ne se sentent pas “normales » ?” À cause de qui, ces personnes se sentent-elles rejetées ? À cause de quoi ? Hein ?

Mais la palme revient, évidemment, au Figaro et à ses lecteurs qui laisse passer des monstruosités du type : “LGBT représente une minorité dans le pays, que les suicides soient plus nombreux cela semble provenir de leur particularité qui les rend plus vulnérables.” Leur particularité à se faire rejeter sans cesse ? Ou encore : “Je croyais que la liberté rendait heureux ??!!” Si quelqu’un pouvait nous éclairer sur la corrélation entre LGBT et liberté ? Ou plutôt sur hétérosexualité et non-liberté, visiblement ? Voire aussi : “Il est vrai que le style de vie prôné par la grande majorité (pas toutes heureusement) des associations gaies n’est pas très réjouissant (jeunisme, superficialité des rapports, partenaires multiples, etc.). Un jeune gai qui n’a pas la chance d’être beau et sportif est hélas rejeté sans pitié.” Il y a, effectivement, des critères de sélection drastiques pour être gay, c’est bien connu. Et pour finir : “Ça devient de plus en plus insupportable, cette manie de vouloir rendre les autres responsables de ses problèmes !” Nous ne relaierons pas ici les INSANITÉS gerbées sur Twitter.

Comment une telle campagne contre l’homophobie a-t-elle pu à ce point susciter les pires insultes, la pire indifférence et la pire haine ?

Dans son dernier rapport, SOS-Homophobie surprenait en révélant que les actes homophobes avaient bondi de 78 % en 2013 -merci la Manif pour Tous, Civitas et consorts- mais la haine et le mépris des LGBT est ancrée dans les populations qui ne se gênent pas depuis des années pour vomir leur malaise face au LGBT dans les médias en ligne. Depuis le vote de la loi ouvrant le mariage aux personnes du même sexe, certains se font un plaisir à chaque publication d’un article évoquant les populations LGBT de les fustiger tranquillou derrière leur écran d’ordinateur/smartphone/tablette. Il serait tout de même intéressant de rappeler à cette lie que les insultes homophobes sont passible d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

Mais il semblerait que ces insultes et autres commentaires désobligeants soient mérités. Apparemment, ce type de campagne provoquerait les homophobes, un peu à la manière des agresseurs sexuels qui se disent provoqués par le port d’une jupe, d’un décolleté plongeant ou de talons hauts. En inscrivant “PD” ou “Gouines” sur leurs affiches, l’Inter-LGBT aurait donné du grain à moudre aux homophobes, qui, excités, s’en seraient donné à coeur joie. Ou comment un geste fort a eu l’effet inverse de celui escompté. Ouais. On est pas rendus. Alors, on reste sur nos gardes et on continue de lutter.

Angie

Angie

Caution bisexuelle de BBX, Angie écrit sur le cinéma et les arts. Mais en vrai, elle aime surtout les paillettes et les sequins dorés. Twitter : @angelinaguiboud

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2 Comments

  1. Artemisia.g says:

    “Ou comment un geste fort a eu l’effet inverse de celui escompté”. En réalité, il y a peu de chance de faire changer d’avis ceux qui se complaisent dans des lesbo/homo/trans/bi-phobies crasses et qui sont des agresseurs ( par leurs propos, mais on préfère ne même pas imaginer leurs actes au quotidien!!!) par le biais d’une campagne de com. Le but est à mon avis de faire réagir celles et ceux qui ne s’intéressent pas au problème par ignorance, préjugé jamais questionné ou habitude. En réalité, le fait que les agresseurs sortent de leurs tanières démontre justement l’efficacité de la campagne (dont chaque mot a été amplement réfléchi et pesé, j’imagine) et devrait pousser les pouvoirs publics à réagir VITE (en leur donnant des preuves par milliers des violences quotidiennes). QUoi? J’entends “on peut rêver!” là-bas au fond? Soupir….

  2. C-M.C says:

    Je ne veux pas croire à cette campagne car je ne crois pas un instant qu’en 2015 les LGBT en France s’identifient ou soient même identifiés comme “gouine” ou “pd”.

    Preuves : La communication sur le mariage pour tous n’a pas développé ce genre d’exclusion par les mots (à part dans les fictions et dans les préventions dont les décideur(e)s qui peuvent se reconnaître se sont entichés pour fabriquer “l’homosexualition du marché, vite des soussous hein …)

    Preuves : Et les études comparatives sur la distinction des sexes non plus.

    Alors, à bon entendeur.

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