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Entre les murs des prisons LGBT

Lieu de fantasmes dans The L Word (souvenez-vous de la scène entre Bette et Candace), lieu d’affirmation de soi dans Orange Is The New Black, la prison développe l’imagination de bon nombre de scénaristes pour nous divertir… Mais qu’en est-il vraiment de la réalité pour les LGBT ? Que penser de la volonté de la Turquie de construire des « prisons roses » exclusivement réservées aux LGBT ?

Championne de la violation des Droits de l’Homme, la Turquie a un rapport très particulier à l’homosexualité, pas officiellement condamnée mais considérée par le chef de l’état Recep Tayyip Erdogan comme une maladie qui mériterait un traitement médical… Le sort réservé aux prisonniers LGBT ou soupçonnés de l’être dépasse les frontières du non-respect de la dignité humaine : examens médicaux forcés, placement automatique en cellule d’isolement pour « protéger » les détenus LGBT des autres détenus, interdiction de participer aux mêmes activités que les autres détenus…

Epinglée par la Cour Européenne, la Turquie a proposé une alternative à la hauteur de son hypocrisie à l’égard du respect des Droits de l’Homme – plutôt culottée de la part d’un pays qui souhaite vivement intégrer l’Union Européenne – en annonçant vouloir construire une prison dédiée aux détenus LGBT.

L’idée n’est pas nouvelle et existe dans un pays démocratique : les Etats-Unis.

LES PLUS VULNERABLES

Aux Etats-Unis, les détenus LGBT sont d’abord placés dans des établissements pénitenciers en fonction de leur genre (on vous laisse imaginer le quotidien d’une personne transgenre MtoF dans une prison pour hommes). A un moment donné – à leur demande ou sans forcément qu’on leur ait demandé leur avis – les détenus LGBT sont séparés de l’ensemble de la population carcérale dans des centres ou annexes spécifiques aux LGBT.

Cet état de fait est soutenu par certain.e.s prisonnier.e.s et militants LGBT qui se basent sur plusieurs études qui démontrent que les détenus LGBT ont quinze fois plus de risques que les détenus hétérosexuels d’être agressés sexuellement et d’être victimes de violences. A Los Angeles 67% des LGBT incarcérés ont déclarés avoir subi des violences à caractère sexuel de la part d’autres détenus ou de surveillants pénitenciers. Parmi ces violences, le viol arrive en première position, de préférence en gang, en priorité sur les personnes transgenres ou les détenus sans défense et d’allure « intello », « efféminée » ou « camionneuse ».

On comprend mieux l’intérêt de séparer les détenus LGBT des autres.

LES PLUS DISCRIMINÉS

Cette ségrégation fait pourtant débat depuis qu’il a été constaté des manquements aux respects des droits humains pourtant garantis aux autres détenus tels que le droit à l’éducation, à la formation, aux soins médicaux, aux activités à l’extérieur, à un accompagnement spirituel, à une préparation au retour à la vie active… Résultat, une mesure prise officiellement pour des raisons de sécurité se retourne contre le public initialement visé, la plupart des détenus LGBT étant enfermés dans leurs cellules plus de 23 heures par jour, avec des peines prolongées.

Aujourd’hui la principale problématique est d’assurer de façon égalitaire la sécurité et les droits des détenus LGBT malgré des préjugés tenaces dans un univers peu réputé pour sa tolérance.

Lorsqu’une personne a le courage de rapporter avoir été victime de violences, celle-ci est accusée de l’avoir bien mérité sur le seul simple fait d’être LGBT.

Lorsqu’une personne est transgenre, même dans une prison LGBT, il est difficile pour celle-ci d’avoir accès à son traitement hormonal.

Lorsqu’une personne homosexuelle est en couple, son droit de visite conjugale n’est pas forcément respecté, cela dépend de la législation de l’Etat (Etats-Unis) ou du pays concernant les relations entre couples de même sexe.

Autre constat à prendre en compte, les détenus LGBT restent des criminels et le fait de les regrouper ensemble ne supprime pas la violence entre LGBT. Les études indiquent que cette violence est supérieure entre femmes, entre personnes de race blanche et entre diplômées BAC+5. De quoi revoir nos préjugés sur la prison…

La loi française interdit de demander à toute personne son orientation sexuelle, de ce fait il n’existe pas de données officielles sur ce sujet en dehors des rapports internationaux d’Amnesty International. La France autorise les visites conjugales entre couples de même sexe. Si l’urgence est d’améliorer les conditions de détention des personnes LGBT au niveau mondial, elle est difficile à traiter au cas par cas, les militants LGBT ont par exemple accueillis chaleureusement en 2010 la création à Pozzale en Italie de la première prison pour personnes transgenres faute d’autres solution efficace…

Emmanuelle

Emmanuelle

Caution militante et intersectionnalité de la team, hyperactive touche-à-tout (nous n'avons toujours pas compris quel était son vrai métier), co-fondatrice des soirées Peaches & Cream, DJ à ses heures perdues.

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2 Comments

  1. V13 says:

    La positivation de la contrainte et de la brutalité, quoi – ce que je tiens pour une extension de la culture sadienne, elle-même admirablement adaptée au capitalisme, à la guerre de tous contre tous, à l’obsession de l’appropriation, et à l’affirmation des “individues fortes et gagnantes” dans ce système qui se raidit à mesure que les moyens de survie se raréfient (on ne parle évidemment pas des perdantes – c’est la version radicale de la méritocratie, tu vis ou tu meurs, point). Postmodernisme, résignation et concurrence dans un credo commun d’anthropologisation des formes de l’économie politique.

  2. Maryane says:

    Y a un recueil de textes de prisonnier.e.s lgbt qui est récemment paru: http://prison.eu.org/spip.php?article14861

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