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J’ai testé pour vous… une soirée Riot Grrrl à Bangkok

Janvier 2015, il fait 25° ce soir à Bangkok lorsque je pénètre dans le Skytrain, le métro aérien qui sillonne la ville. En vacances dans la nébuleuse thaïlandaise pour deux semaines, j’ai envie de m’extirper du circuit touristique temples/marchés/hôtel et de faire la fête avec des filles locales.

A Bangkok, les lesbiennes ne se cachent pas. On croise des Toms (pour tomboys) à tous les coins de rue, cheveux en brosse, baskets tendance et jean taille basse, généralement accompagnées de leur petite-copine fem, appelées Dee (pour Lady). Ici, les couples lesbiens répondent à un schéma très codifié, fille masculine avec fille féminine, mais aucun signe d’affection ne vient gêner l’ordre sociétal policé. Si la Thaïlande est certainement le pays le plus ouvert à l’homosexualité d’Asie, la population est très attachée à ses traditions et le mariage homo reste impensable. Je me questionne : le milieu de la nuit est-il plus propice au rapprochement amoureux ?

Si l’on croise de nombreux gays dans le quartier de Silom, et si la présence de Ladyboys ne choque personne, rencontrer des lesbiennes reste difficile. Il n’existe qu’une poignée de clubs lesbiens (pour une ville si immense!). Le Zeta, réservé exclusivement à une clientèle féminine, et le E-fun, qui a récemment ouvert dans une rue adjacente, comptent parmi les plus courus. Mais c’est à une soirée mensuelle que mon amie et moi allons vivre notre baptême du feu de la fête lesbienne thaïlandaise.

C’est un contact à Paris qui me donne le numéro de Note, un organisateur de soirées gays à Bangkok. Il nous donne rendez-vous au métro Thong Lo, un quartier prisé des expats, où petits bars branchés et galeries d’art tentent de se faire une place entre les immeubles de standings. Silhouette menue et gestuelle gracieuse, il nous amène boire un verre en “before” dans un bar à cocktails tenu par un australien. Charmées par la décoration branchée du local, (un peu moins par le tarif occidental du mojito), nous engageons la conversation. A quoi ressemblent les nuits LGBT ici ? Note ne nous cache pas ses difficultés à organiser des soirées d’envergure. Le “milieu” est assez réduit, réunir plus de 500 personnes relève du défi. Il nous met également en garde, sourire en coin : “On joue généralement de la musique commerciale et des tubes, ici les gens sortent surtout pour danser”. Personnellement, je danse plus facilement sur Shakira que sur Rone, donc aucun souci.

Ce soir, il nous emmène à la soirée GO GRRRLS, qui se présente comme une “Girl/Boy Queer Indie Party”, organisée par un petit groupe de filles. C’est la troisième fois qu’il s’y rend et compte y retrouver des amis. La fête a lieu au Wine Bibber Sangria, un “bar à vins” qui n’a de cave que le nom. On pénètre au rez-de-chaussée dans ce qui ressemble à un bar rock. Au fond, un jeune homme accroché à sa guitare tente tant bien que mal de mettre l’ambiance en entonnant une ballade à la James Blunt. Ouf, la fête a, en réalité, lieu à l’étage.

Néons verts, boule à facette et sol lumineux, climatisation à fond et Beth Ditto qui entonne le refrain hystérique de “Standing in the way of control”. L’ambiance est donnée. Sur le mur derrière la cabine du DJ, une énorme fresque reprend le slogan scandé par Bikini Kill : REVOLUTION GIRL STYLE NOW ! Une fille aux platines, décolleté plongeant et sourire mutin, allume la foule. Je m’étonne un peu de la présence massive de touristes (ou d’expats?). Des filles aux cheveux blonds sur leur 31 agitent leur cocktail en roulant des hanches, embrassent leur copain et crient dès qu’elles reconnaissent les premières notes d’un hit de Katy Perry. Pas très queer tout ça…

Le dancefloor est envahi quand “Je veux te voir” de Yelle retentit dans la salle. Côté musique, la sélection oscille entre classiques indé féminins (Le Tigre, Gossip, The Ting Tings…) et gros tubes pop sirupeux (Charlie XCX, Nicki Minaj…). Note va rapidement rejoindre ses amis, une poignée de thaïlandais-es, rassemblé-es à droite de la scène. Mais où sont les gouines ? On décide d’aller voir au fumoir, puis à l’étage. A part quelques allemandes aux cheveux rasés, le quota lesbien est loin d’être rempli… On se met à scruter toutes les thaïlandaises. Look sophistiqué, tatouages et cheveux décolorés sont d’usage, mais le gaydar ne frétille pas. On finit pas repérer trois Toms au bar. La pêche est plutôt pauvre. Je m’attendais à mourir étouffée par une foule de lesbiennes se roulant des pelles, j’ai l’impression d’être à la Bellevilloise un samedi soir. Aucun couple homo ne s’affiche… Question de culture ?

Un peu déçues, on se poste dans un coin du bar, notre Singha beer à la main. A quelques mètres de moi, une butch au regard noir s’est postée bras croisés contre un mur. Je crois qu’elle me matte. Je me dis que finalement la technique de l’androgyne qui fait la gueule est un concept de drague international. On n’est pas si dépaysée. Je suis aussi surprise de constater qu’aussi tôt dans la soirée (il doit être 23h), l’ambiance est déjà si survoltée. Quelques filles ont pris position sur les enceintes et dansent toutes cuisses dehors sur un remix d’Iggy Azalea. Elles se mettent à hurler sur le refrain “I’m so fancyyyyyy!”. Je me laisse bercer par le spectacle quand Note débarque tout sourire : “Les soirées finissent à 2H du matin ici, alors on en profite !” Nous, on a plutôt envie d’aller se coucher.

Dans le taxi, on fait le bilan. J’ai croisé quelques jolies tomboys et je crois même que certaines m’ont regardé. Ma copine me dit qu’elle ne veut plus jamais entendre aucune chanson de Charlie XCX. Je me sens un peu prise au piège de mon fantasme d’authenticité. Qu’est-ce que je croyais ? Que j’allais vivre un moment d’exception entourée de lesbiennes thaï ? Mais ai-je seulement ma place dans la soirée que j’aurais aimé vivre ? Cette soirée existe-t-elle tout simplement ? Je me demande si la GO GRRRLS a été crée pour répondre à une demande forte de la part des expatriés ou si ce genre de soirée “à l’occidentale” est gage de “branchitude” pour une clientèle thaï.

Le riot grrrl a dépassé les frontières, les filles arborent toutes les mêmes tatouages tête de cerf, on écoute Yelle à 10 000 km de la France et il y a un KFC en bas de notre hôtel. Finalement, cette soirée est à l’image du pays, envahie de touristes occidentaux en quête d’une authenticité qui a été depuis longtemps rattrapée par une culture mondialisée. Des touristes comme moi, en fin de compte.

Lubna

Lubna

Grande rêveuse devant l'éternel, Lubna aime les livres, les jeux de mots et les nichoirs en forme de ponts. Elle écrit sur l'art, avec un petit a : bd, illustration, photo, peinture sur soie. Twitter : @Lubna_Lubitsch

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3 Comments

  1. Marion says:

    Ah ba j’ai accompagné ma chérie à Bangkok il y a un an pour qu’elle se fasse opérée (femme trans). C’est dommage on n’a pas pu en profiter bizarrement :p.

  2. yosh says:

    Salut Lubna,

    Je suis contente d’être tombée sur ton blog! Je commençais à désespérer!
    Je pars m’installer en Thaïland pour des raisons professionnelles, pour plusieurs mois! Je me disais ça va être l’occasion de m’amuser un peu dans l’insouciance totale! Mais je ne trouve pas d’information sur les bars/clubs pour lesbiennes à Bangkok! Je suis de Paris, donc plutôt habituée à un relatif choix en ce qui concerne les soirées lesbiennes ( la Wet/Barbiturix/et les quelques bars encore ouverts)!
    Peux-tu m’en dire plus sur ton expérience stp? Sur ton blog, je n’ai pas trouvé d’adresses précises. Je suis mignonne, en tout cas je pense avoir pas mal de succès avec la gente féminine parisienne, mais je ne connais pas trop les codes là bas! Bref, je suis paumée!

    Merci par avance

  3. Karine says:

    Tu dis que tu es déçue de la soirée car à part quelques Tom tu n’as rien vu de très queer. Mais… Etre lesbienne à Bangkok ça veut pas forcément dire ressembler à un garçon lol. Ça c’est typiquement occidental (et triste lol).

    À Bangkok tu peux croiser une fille 100% féminine/robe/talons/make up mais elle est 100% lesbienne, ou à la rigueur elle est bi.

    Moi je ne suis pas lesbienne mais je me souviens clairement avoir reçu des avances de pas mal de meufs bien sous tout rapport, bien coiffées, bien maquillées et ne rentrant pas dans la définition de “lesbienne” à l’occidental, et pourtant !

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