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Foxcatcher, de l’homo-érotisme ?

Grand favori des Oscars avec cinq nominations, Foxcatcher de Bennett Miller est inspiré de la carrière de Mark Schultz, lutteur, ancien champion olympique dans les années 1980. Alors que ce dernier avait participé à l’élaboration du film et soutenu l’équipe pendant la promotion, il a, depuis sa sortie, pris la mouche. En raison : la lecture homo-érotique du film par les critiques. Décryptage.

Tout avait pourtant bien commencé. En mai dernier, à Cannes – où il a remporté le prix de la mise en scène -, Bennett Miller présente son dernier opus, Foxcatcher, qui narre l’histoire vraie d’un lutteur, Mark Schultz et de son frère, Dave Schultz, qui ont été pris sous le giron d’un des hommes les plus riches des Etats-Unis, John E. du Pont. Ce dernier avait pour intention d’entraîner dans son immense propriété une équipe de lutteurs en vue des Jeux Olympiques de Séoul en 1988. Il contacte alors les deux frères, déjà médaillés olympiques, afin qu’ils deviennent sa fierté. Mark commence à coacher l’équipe, rejoint plus tard par Dave, avec femme et enfants. Mais la tentative de contrôle et de soumission opérée par John E. du Pont font basculer l’histoire du biopic vers le thriller.

Le véritable Mark Schultz, seul survivant, avait donné son aval au film, participé au scénario, donné ses conseils sportifs et gestuels et même félicité Channing Tatum pour sa performance. Mais depuis la sortie de Foxcatcher en sallesl’ancien athlète s’en est pris au réalisateur via des tweets assassins tels que «Je peux tolérer un tas de choses mais je ne tolère pas l’irrespect. C’est terminé entre nous Bennett» ou encore «JE DÉTESTE TOUT CE QUE CETTE ORDURE TOUCHE. TOUT !!!». Bien qu’il ait visionné plusieurs fois l’oeuvre, Mark Schultz n’avait pas saisi le sous-texte homosexuel de la relation décrite entre lui et du Pont. Ce sont les critiques qui lui ont mis la puce à l’oreille.

Et pourtant… Ce ne sont pas les indices qui manquent. Le cinéaste film les scènes de lutte comme autant de parades amoureuses, les sportifs se laissant glisser l’un contre l’autre, presque nus, simplement vêtus de combinaisons moulantes et échancrées. Dans la réalité, Mark Schultz affirme ne pas avoir eu de relation avec du Pont, ni n’avoir subi ses avances. En revanche, le milliardaire semblait préférer les hommes. Dans le film, Bennett Miller, joue sur l’ambiguité de cette relation. Se vantant d’être patriote, du Pont argue l’envie d’offrir une belle équipe de lutte aux Etats-Unis en apportant aux sportifs les conditions idéales d’entraînement.

Mais l’homme s’offre aussi un rêve, s’approcher d’un sport que sa mère rejette, le considérant comme bas de gamme -au contraire de l’équitation, par exemple- et d’être au plus proche d’une équipe masculine, ancrée dans les codes de la virilité -jambes écartées et ancrées dans le sol, bières, tapes dans le dos- . Il se paie cette fraternité suante qu’il n’a jamais vécue, enfermé dans son royaume strict et bourgeois.

Prenant Mark Schultz sous son aile, il créé avec lui une véritable complicité. Devenus amis, du Pont le traîne dans des galas et autres dîners de charité, en échange de quoi, le sportif lui apprend les rudiments de la lutte. Le corps vieillissant de Steve Carell luttant avec celui tout en muscles de Channing Tatum au sein d’une galerie de tableaux exalte une scène nocturne surprenante. Isolés du monde, ils s’empoignent et se retournent au beau milieu de la nuit dans le silence de la propriété. Notre regard se pose sur ce ballet de corps qui évoque, bien sûr, une scène d’amour. Une autre séquence de “bromance” a lieu un peu plus tard dans le film, lorsque les deux hommes sous le porche de la maison, se détendent ensemble. Mark Schultz tond les cheveux de du Pont et se met au niveau de ses genoux…

On se demande comment Mark Schultz, le vrai, n’a pas pu capter les aspérités homo-érotiques de certaines séquences et pour quelles raisons, il s’en défend avec autant de virulence. Bennett Miller ne le désigne pourtant pas comme le déclencheur de cette ambiguité mais plutôt comme un homme passif en quête de quelqu’un qui le guide, un père, un coach.

Malgré ses excuses quant aux insultes qu’il a proféré, il a tenu à réaffirmer sur sa page Facebook sa volonté de : «protéger l’intégrité et la vérité de son histoire, de sa vie, de son personnage et de son héritage. Si cela ne vaut pas la peine de se battre pendant que je suis encore en vie, alors je n’y comprends plus rien».


Angie

 

Angie

Caution bisexuelle de BBX, Angie écrit sur le cinéma et les arts. Mais en vrai, elle aime surtout les paillettes et les sequins dorés. Twitter : @angelinaguiboud

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One Comment

  1. C-M.C says:

    … sûrement !

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