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LAIA SANZ CONTRE FACON

Il y a celles qui conduisent au quotidien une moto par passion, celles qui rêvent de pouvoir bientôt le faire et puis il y a Laia Sanz. L’athlète vient de battre le record du meilleur classement d’une pilote femme sur le Rallye Dakar, réputé le plus dur au monde. Portrait d’une légende badass en devenir.

Premiers pas

Originaire de Barcelone et issue d’une famille de passionnés de moto, le déclic se fait à l’âge de quatre ans lorsqu’elle enfourche la bécane de son frère aîné, une Montesa Cota 25 cm3 destinée aux enfants. A sept ans, encouragée par sa mère, elle participe à des compétitions juniors à échelle locale en Espagne. Elle décroche sa première victoire à l’âge de onze ans avec une moto 80 cm3 au championnat masculin junior en 1997. A l’époque, il n’existe aucun championnat féminin.

C’est en 1998 qu’elle commence à se faire un nom lorsqu’elle remporte la première édition non-officielle du Championnat européen de trial féminin, discipline sportive à moto consistant à franchir des obstacles dans un temps limité, devançant des pilotes étrangères plus expérimentées. Elle participe la même année au Championnat d’Espagne en tant que seule femme pilote à l’âge de douze ans. DOUZE ANS.

Carrière internationale

Son ascension se fait naturellement, elle devient championne d’Espagne (catégorie cadet) en 2000 en étant seule représentante de la gente féminine, obtient également son premier titre mondial en tant que championne d’Europe du trial féminin – version officielle cette fois-ci – et permet à l’Espagne de remporter la première édition de trial féminin des nations. Elle s’exerce aussi à l’enduro, course d’endurance en moto tout-terrain sur parcours accidenté à réaliser en un temps limité. Depuis, elle accumule les titres de compétitions internationales : treize fois championne du monde de trial féminin, dix fois championne d’Europe dans la même discipline, six fois championne de trial féminin des Nations, trois fois championne d’enduro féminin, trois fois championne des X Games (compétition annuelle internationale aux Etats-Unis regroupant plusieurs sports dits extrêmes sur fond de groupes musicaux en live)… Oui, tu as bien compté, Laia a gagné la bagatelle de 36 championnats. En toute simplicité.

Le Dakar

Laia Sanz a pour particularité de concourir dans des compétitions féminines mais aussi masculines en finissant toujours à des places honorables (entre la première et sixième place). Rien ne semble pouvoir l’arrêter et en 2011 elle concrétise son rêve d’enfance de participer au Rallye Dakar, plus grand et plus dur rallye auto, moto, quad et camion se déroulant dans les plus beaux déserts de la planète. Depuis sept ans, le Rallye Dakar a lieu en Amérique du Sud, à la fois compétition et course d’orientation, cet événement oppose les pilotes professionnels aux concurrents amateurs. Elle rejoint l’équipe Dakar Legend de Jordi Arcaron, ancien pilote moto espagnol qui a été vice-champion du Rallye Dakar reconverti en coach. Avec sa moto Honda CRF450X elle remporte le Rallye Dakar dans la catégorie féminine et fini 39e du classement général. BIM !

En 2012, victime d’un accident lors du Rallye Dakar, elle réitère l’exploit malgré une main cassée et un réservoir d’essence perforé. Elle finit en 16e place du classement général en 2014 et en 9e place cette année au guidon de la Honda #29 450 CRF battant ainsi le record détenu par Christine Martin en 1981 qui avait réussi à obtenir la 10ème place sur le Paris Dakar.

Ses performances lors du Rally Dakar lui valent le surnom de Reine du Désert. Laia Sanz est rapide, régulière et ne commet pas d’erreur. Elle a également la force et le mental nécessaire pour terminer le Dakar, rallye qui en 36 éditions a connu 63 morts. Cette année en Bolivie, au départ du Salar d’Uyuni (désert de sel) les doigts gelés, malgré le froid, la pluie et le vent elle parvient à être la plus rapide sur une ligne droite de 135km avec une vitesse de 175 km/h.

Etre une femme dans un monde de testostérone

Laia Sanz a conscience qu’elle bouscule les égos masculins. Son grand frère, dépassé, a depuis arrêté la moto. Certaines compétitions telles que le Rallye Dakar ne prennent pas en compte les besoins des pilotes femmes, le bivouac a été pensé par des hommes pour les hommes et la promiscuité oblige à quelques stratégies contorsionnistes pour faire pipi notamment. Du côté de son sponsor, Honda, Laia est perçue comme un fantastique outil marketing pour cibler la clientèle féminine.

A trente ans, la multi championne est en passe de devenir une légende, tout en gagnant le respect de tous. Espérons qu’elle suscite assez de vocations pour qu’un jour les femmes soient considérées comme des pilotes « comme les autres ». 

Emmanuelle

Emmanuelle

Globe-trotteuse sur-diplômée touche-à-tout (nous n'avons toujours pas compris quel était son vrai métier). Un quart geek, un quart TDAH, un quart Taubira et un quart Ted Mosby ascendant Barney Stinson. Twitter : @emmanuellecamp0

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One Comment

  1. Artemisia.g says:

    Merci pour cet article super intéressant! Outre les performances géniales de Laia Sanz, c’est aussi instructif de vérifier à nouveau combien le le sexisme est bien implanté dans le monde du sport: il n’y a finalement pas de différence entre un et une pilote mais la seule raison pour laquelle Sanz peut concourir avec ses collègues mecs c’est lorsqu’il n’existe pas de compétitions féminines… sinon on lui demande de faire la course de trial féminin. Rien ne justifie une telle division selon le genre, sinon une solide misogynie, celle-là même qui fait dire “soit elle s’adapte et elle se démerde pour pisser debout soit elle vient pas dans nos courses de bien burnés”. Y’a de quoi être légèrement (c’est un euphémisme) vénère. En tous cas, bravo!

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