Poil

Quand ne pas s’épiler devient un acte militant

Je me souviens des rires étonnés de mes camarades de première année de cinéma lorsque nous avons vu le film Monika d’Ingmar Bergman. L’héroïne (Harriet Andersson) s’exposait au soleil et batifolait dans les rochers près d’une plage. Son maillot une pièce lui moulait le corps. Belle en diable, la jeune femme leva les bras découvrant un monticule pileux brun sur chacune de ses aisselles.

En 2013, s’est constitué au Royaume-Uni, et à Londres plus spécifiquement, un collectif de jeunes femmes regroupées sous le nom de Armpits4August. Elles qui organisait des happenings devant les parfumeries et les instituts de beauté. Leur particularité : Avoir les aisselles particulièrement fournies. Si elles revendiquaient leurs poils avec fierté contre la dictature du lisse à tout prix, elles se soulevaient également pour soutenir les femmes atteintes du syndrôme des ovaires polykistiques, principale cause d’infertilité. Outre cette stérilité, la maladie provoque un dérèglement hormonal développant la pilosité, l’acné et une surcharge importantes. Les militantes, solidaires, veulent que toutes les femmes puissent se sentir bien dans leur corps malgré ses poils. L’association d’obédience queer est ouverte à tous.

Ces actions m’ont mené à penser à la chose suivante : Exhiber ses poils lorsque l’on est une femme est devenu un acte militant. Ne pas correspondre aux canons de beauté imposés par la mode, la publicité, les célébrités, le cinéma et consorts est devenu un acte militant. Revendiquer sa différence permet de se faire remarquer et ainsi de pouvoir attirer l’attention du public et des médias. Evidemment cette action est louable, mais est-ce que je peux la trouver courageuse ? Oui, d’une certaine façon, puisqu’elles s’exposent à des insultes, des remarques dégoutées, ou aux regards méprisants. Il faut une certaine bravoure pour défier cela. Pourtant il ne s’agit que d’un choix esthétique… Et si trente filles non maquillées opéraient de la même manière, est-ce que l’impact aurait été le même ?

S’épiler, pourquoi ? 

Dès l’âge de 15 ans en moyenne, une jeune fille commence à s’épiler. Les sourcils. Les jambes. La moustache. Les aisselles. Le sexe. Le ventre, parfois. Pas un seul poil ne résiste au rasoir, crème dépilatoire et autres bandes de cire. Mais pour quelle(s) raison(s) ?

Je n’éviterai pas l’écueil du diktat de la mode et du lisse à tout prix (même les cheveux doivent l’être). Les magazines dits féminins ne disent pas qu’il faut s’épiler mais proposent plutôt différentes façons de le faire ou des nouveaux produits dans le domaine. Inutile pour ces rédactions de préciser que les femmes doivent s’épiler, cela tombe sous le sens.Mais ne blâmons pas une fois de plus ces revues. Elles ne sont pas les seules à laisser entendre que l’épilation intégrale (le corps entier y passe) est une évidence. Il s’agit bien d’une tradition ancrée au sein de laquelle année après année, on retire de plus en plus de poils.

Certaines évoquent l’hygiène (nous ne sommes pourtant pas plus sale avec des poils), d’autres le plaisir sexuel décuplé (le vagin étant directement en contact avec l’extérieur) mais la justification la plus répandue est bien sûr celle de l’esthétique. Je tiens à m’arrêter quelques instants afin de préciser qu’il ne s’agit pas d’esthétique hétéronormée mais bel et bien d’un esthétisme commun à toutes les sexualités. Nous sommes nombreuses à être prises dans ce tourbillon, cette traque au poil, cet acharnement contre ce même poil jusque sous la peau !

A contre-courant, nonchalamment

Heureusement pour notre santé mentale, certaines sont passées outre. Une jeune femme que j’ai connu sur les bancs de l’université m’expliqua qu’elle ne s’épilait pas (je l’avais bien sûr remarqué, surprise de cette audace). Elle n’appliquait pas à ce geste une quelconque volonté militante mais étant quelqu’un de paresseux, elle n’avait pas envie de perdre du temps à supprimer ses poils. Il est vrai que l’on a connu activité plus passionnante. Curieuse, je lui demandais ce qu’il en était pour ses relations amoureuses. Hétérosexuelle, elle m’expliqua que cela lui permettait de vérifier à qui elle avait affaire. Si l’homme avec qui elle était ne supportait pas sa pilosité, c’est qu’il n’était pas fait pour elle. Cette non-soumission à l’épilation m’épata au plus haut point. Et peut-être est-ce par cette sidération que les militantes peuvent se faire entendre.

Et vous, que pensez-vous de la dictature du corps lisse ?

Angie

 

Angie

Caution bisexuelle de BBX, Angie écrit sur le cinéma et les arts. Mais en vrai, elle aime surtout les paillettes et les sequins dorés. Twitter : @angelinaguiboud

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20 Comments

  1. Jeanne-Emilie Asplanato says:

    Je hais les poils, je trouve cela disgracieux sur moi, donc je m’épile presque totalement. Et je vais même commencer les séances laser. En revanche, si ma copine s’épile peu ou pas cela ne me dérange pas. Au contraire je dirais même que cela peut avoir ou aura un certain charme… il faut tout de même une juste mesure et ne pas ressembler à une ourse ou une yéti…hein ? <3

  2. Bruno Berio says:

    depuis mon plus jeune âge, (70 ans aujourd’hui) j’ai toujours éprouvé une aversion pour me poil.
    Elle fut esthétique d’abord. Les poils , où qu’ils soient n’ont aucune utilité.
    Un fumeur barbu conserve en permanence l’odeur de tabac dans ses poils.
    Il en est de même pour les poils pubiens. Je ne donnerai pas ici de détails sur le type d’odeur que
    ces poils là peuvent retenir.
    Voilà plus de 50 maintenant que je m’épile pubis et entrejambe. Ma ”qualité” de bisexuel me permet de constater, à chacun de mes rapports, le bienfait d’un pubis glabre.
    Et je passe sur l’évidence de la douceur du contact quand l’on caresse.

    Et si dictature il y a, avouez qu’il est en matière de mode et de vie sociale d’aitres dictatures bien plus ridicules

  3. julie loup says:

    Petits, longs, doux, frisés, les poils m’amusent. Les miens, ceux de mon amoureuse et ceux de mes amies audacieuses, les poils donnent de l’assurance. Ils militent sur nos jambes, nos aisselles et nos sexes pour une liberté de coupes, douceurs et teintes. Je garde mes poils parce qu’ils ne me gênent pas, c’est le regard de la société qui me pousse à les arracher. Il est vraiment dur de les assumer et il est aussi très douloureux de les supprimer.

  4. Brunette Localicious says:

    Vivent les poils !

    Dès qu’ils ont commencé à apparaître sur mon corps je me suis mise en tete de les supprimer. Une aisselle épilée parait plus douce, des jambes épilée paraissent plus fines.
    Pourtant, cet été j’ai rompu mon obsession d’éradication pileuse en faisant un pari avec moi meme : celui de garder les jambes de mes poils le temps d’un ete. Je craignais les regards désaprobateurs et je pensais craquer et ceder aux sirenes de la cire assez vite; que nenni : personne n’est venu me reprocher ma pilosité anticonformiste, car des jambes velues, pour peu qu’on les assume, passent toutes seules meme sous une jupe.
    J’ai tres bien vécu mon ete poilu, j’ai ete un peu triste d’epiler mes jambes à la rentrer pour sortir, mais autres temps autres moeurs. Je compte bien renouveler l’expérience de l’ete poilu l’ete prochain, et meme pousser le bouchon encore un peu plus loin en laissant les aisselles en jachère en plus des jambes. Je n’ai jamais tenté, les aisselles en oursin, je me sens curieuse d’essayer ses nouvelles… Sensations pileuses.

  5. timide says:

    ne pas se laver aussi peut-être un acte militant.
    ne pas se maquiller, ne plus se coiffer tiens et d’ailleurs ne pas se laver les ch’veux non plus allez hop !
    kom nabilla, et son fameux “t’es lesbienne et t’as pas d’doigts …”

    nan mais allô !

  6. Rosalie says:

    Je connais une personne qui se rase chaque fois qu’elle se douche, si elle voit un poil dépasser elle ne le supporte pas. Pour le pubis elle a opté pour l’épilation intégrale donc elle est obligée d’attendre environ 1 mois de renouveler son rendez vous chez l’esthéticienne, et je ne sais pas comment elle vit cette attente…pour ma part je n’ai aucun complexe, j’ai dejà fait de la gym dans une salle avec bcp de poils sur les jambes, ignorais totalement les regards.. ensuite je fais un effort pour mes partenaires et leur préférence…

  7. M says:

    Perso, j’aime pas du tout m’épiler parce que ça fait mal et jme trouve bonne avec mes poils, ils sont choupi. J’préfère passer du temps à glander sur internet, c’est beaucoup plus enrichissant. Puis j’ai découvert la loi immuable de l’univers : si la personne a vraiment envie de coucher, poils ou pas poils ça change rien ihihihihi <3

  8. élise says:

    Dans l´antiquité, les égyptiens se rasaient intégralement le corps, hommes ou femmes. Il en va de même de nos jours en Allemagne. Et moi qui suis francaise, en couple depuis peu avec un colonnais, je suis passée à l´épilation intégrale en passant la frontière!

  9. Cc says:

    Mes poils ne gênent personne, à commencer par moi.
    Je suis très brune, j’ai la peau bien mate, autant dire que mes poils, c’est dur de les louper. Pourtant je ne considère pas qu’il soit d’une quelconque utilité de les enlever (sauf s’ils s’incarnent, là je file chez le dermatho) et en plus j’ai plein de problèmes de peau que la cire et autres crèmes n’arrangent pas ! Du coup, j’ai arrêté de m’épiler vers 17/18 ans et je me taille les poils du pubis et des aisselles aux ciseaux de temps en temps, bien plus pratique, rapide et sans douleur ^^

    Et en effet, cela n’empêche en rien d’avoir une vie sexuelle. Ceux et celles qui sont arrêtés par ça ne valent pas la peine que l’on couche avec :)

  10. F says:

    ça ne me gène en rien. C’est même l’inverse, en tout cas pour ce qui est des poils pubiens. Les passer à l’épilation intégrale en plus de me faire sentir plus nue que nue (non, vraiment j’ai l’impression de revenir à mon corps d’enfant et d’être un lion sans crinière, ridicule) les premiers jours de repousse sont juste ignobles: CA GRATTE.
    Pour ce qui est des jambes et des aisselles je les épilait tout le temps jusqu’à il y a deux ou trois ans. Lycée, souci de plaire et de pas provoquer le dégout. Puis la flemme l’a emporté sur le qu’en dira t’ont. et aujourd’hui je préfère largement les raccourcir au ciseau plutôt que d’être esclave de mon rasoir ^^. Si cela gène beaucoup dans mes relations amoureuse je pourrais peut etre faire un effort mais bon, mes poils c’est aussi moi donc…

  11. Léonie says:

    Mes poils ne me derangent pas, c’est plutôt l’avis des gens qui est dur à vivre.
    Surtout quand on est au lycée avec tous les critère de mode qui s’appliquent, moi qui suit une lycéenne plutôt discrète en cours, mais avec une forte personnalité loin des enseignant, je me fait facilement critiqué.
    Pourtant depuis que j’ai des poils, (maintenant 8 ans de pilosité…) je passe tous mes étés sans épilation et sans aucune critique mais… au Portugal. L’avis des française est beaucoup plus dure à supporté, car elles ne se cachent pas pour critiqué ou sinon le font tellement mal que s’en est blessant, gênant ou même indécent.
    Mais bon je vie avec

  12. marie says:

    Je ne m’épile plus depuis plusieurs année, et quelle libération…
    http://marieturenne.wordpress.com/2014/08/13/un-point-sur-la-pilosite-feminine/

  13. V13 says:

    Ben, euh, l’histoire c’est que depuis on en est aussi repassées à “s’épiler c’est militant” (femland). Et ainsi de suite. Ca fait un peu le on/off de la subversion. Mais pour ce qui est de changer les structures sociales de base, propriété, injonction à la sexualité, ect. c’est marrant, c’est pas “subversif”, même il paraît que c’est “bourgeois”, et que ce qu’il y a de plus révolutionnaire est de s’attacher à réaliser les formes les plus traditionnelles.

    Moi je préfère relire Nicole Claude Matthieu.

  14. Tattito Rykiel says:

    Euh….”le vagin étant directement en contact avec l’extérieur”. Comment dire que si le vagin est en contact direct avec l’extérieur, il y a un souci et cela s’appelle une descente d’organe (ou prolapsus vaginal). Il faut appeler une chatte, une chatte et c’est donc de la “VULVE”‘ dont il faut parler.

  15. A... Au pays des Merveilles says:

    Moi, je me rase les jambes et sous les bras parce que je ne m’aime pas poilue, en revanche je ne trouve pas qu’une femme poilue soit plus choquante qu’un homme; par contre je trouve fâcheux que ce soit toujours aux femmes de se maquiller, de se coiffer de mettre du parfum et de se raser et surtout que des hommes qui ressemblent à des ours se permettent de dire qu’une femme poilue c’est moche !

  16. David says:

    Ce n’est pas sexy, plutot moche meme….

  17. Cyssi says:

    Coucou ! Moi je trouve que les poils, c’est signe de bonne santé. C’est vrai, quoi, faut pas attendre d’être malade et qu’ils tombent pour s’en rendre compte. Ma peau, c’est un peu comme la terre, si tout va bien, elle est fertile et de beaux poils marrons poussent. Je n’ai jamais compris pour quoi mes poils seraient plus sales ou plus moches que ceux de mon frère, qui vit très bien avec. Je me soumise à contrecœur pendant des années à la douloureuse injonction de s’épiler. Cet été, j’ai voyagé pendant deux mois dans des pays chauds, et clairement, sans avoir la moindre envie de souffrir ni perdre du temps à m’épiler. L’avantage, c’est qu’en voyage, les gens que tu rencontres ne te jugent pas. Depuis, je ne m’épile plus les jambes, le maillot et les aisselles, ça fait du bien ! Comme une barbe, ça s’entretient au ciseau. Et en vrai, c’est tout doux sous les bras. Après, l’été prochain, je ne sais pas encore si j’assumerai en toutes circonstances. En attendant, c’est la libération !

  18. À fond pour la non-épilation (ni le pubis ni les aisselles). Je hais cette mode imbécile. Les femmes qui ont des aisselles non épilées sont cent fois plus sexy.

  19. Cha says:

    Je ne me suis jamais épilée non plus mais plus jeune je me rasais, par mimétisme sans doute et histoire aussi, d’avoir la paix, au moins à ce niveau. Depuis quelques années je n’ôte plus qu’un poil isolé qui m’agace ici et là (restants de pilophobie peut-être) ; j’ai donc les aisselles et le pubis fournis, entre autres ! Et les remarques imbéciles qui vont avec…

    Quitte à en agacer plus d’un-e je considère cela comme un acte militant. Pratiquement toutes les femmes s’épilent, très jeunes comme très âgées, ça semble être devenu la base, alors qu’être non maquillée ou ne pas porter de jupe, de talons ou que sais-je (avoir les poils de tête gras ?) ne susciteront tout au plus que quelques réflexions ça et là.

    Et ça, je trouve ça totalement injuste, d’autant plus que les hommes ont eux, le choix.

    Je revendique donc à mon tour le choix de ne pas avoir envie de perdre du temps à une occupation aussi inutile et qui de plus doit faire mal. Et puisque ça va avec, tant pis pour les remarques très originales au sujet de ma laideur et de mon manque d’hygiène présumés.

    Parce que oui, les gens ne se gênent pas pour beaucoup à afficher des mines dégoûtées ou à donner leur avis comme ici. Or, que ce dernier soit positif ou négatif, je m’en fiche, je n’ai rien demandé à personne. Laissez-nous vivre, un peu. Les femmes sont toujours décortiquées comme pas permis, quand c’est pas le comportement, la voix ou la démarche, c’est la tenue ou l’apparence. Et là avec l’épilation, on atteint souvent des sommets. Or scoop : une femme est un être humain comme les autres qui a des poils ailleurs que sur la tête et au-dessus des yeux, beaucoup ont même des veines, de la cellulite, et des trucs qui coulent de leur entrejambe (baaaaaaah !). Il va falloir songer à s’y faire d’ailleurs parce qu’on ne pourra pas tout éradiquer comme ça, même au prix de nombreux efforts physiques et pécuniers.

  20. feminisme says:

    Bonjour à toutes je suis une femme et je ne m épile jamais et je ne met pas de maquillage si si c est la vérité pourquoi ca ? c est simple car je n aime pas et j estime que je fais ce que je veux de mon corps j assume parfaitement car je sors dans la rue pendant des heures sans maquillage et poilue j encouragent donc toutes les femmes au monde a faire pareil que moi car justement nous sommes des femmes nous avons le droit au respect en tan qu etre humaih nous ne sommes pas des moutons encore moins des pigeons de la société de plus on ne peut pas le nier nous sommes toutes plus canons et sexy avec nos poils et notre visages naturels alors cessez ce massacre hormis si vous aimez bien le maquillage et détestez les poils bien sure je ne force personne nous sommes deja un grands nombres de femmes a avoir totalement bannient le maquillage et l épilation ainsi que certaines autres jeune femmes plus connus des youtubeuses pour lutter fortement contre les codes de la société merdique imposés aux femmes pour etre considerer avant tout comme des etres humains et non des poupées barbies donc mesdames osez toutes etre vous–meme avec ou sans maquillage et poils et la vous vous aimerez vraiment et les autres aussi c est 100 pour cent garantit

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