VirginieDespentes

Et Despentes livra Vernon Subutex en pâture au monde

Virginie Despentes s’y connaît en coups de poing littéraires, on l’en a sacrée reine. Il y a eu, entres autres, Baise-moi, et son adaptation cinématographique heurtant les âmes sensibles, Bye Bye Blondie, King Kong Theorie – petit manuel clair et puissant, pas mal féministe -, et Apocalypse Bébé. Chaque ouvrage a fait parler de lui, a été décortiqué, attaqué – mais surtout s’est assez bien vendu et a été très lu. Aujourd’hui, Despentes remet en jeu son titre, puisque paraît en librairie son dernier opus intitulé Vernon Subutex. On y suit la fin de destin d’un ancien marchand de disques, expulsé de chez lui et obligé de dormir chez ce qu’il lui reste comme semblants de relations et d’amis.

On entre dans un appartement vide, où tout, même les mégots minuscules de cigarettes sont recyclés. Vernon Subutex n’a plus rien, si ce n’est Internet qui fonctionne encore. La première page n’est pas atteinte que déjà, Despentes nous présente le personnage et nous assène sa vérité : « Il a contemplé les choses s’affaisser au ralenti, puis l’effondrement s’est accéléré. Mais Vernon n’a cédé ni sur l’indifférence, ni sur l’élégance ». En détails, elle décrit le cheminement logique et implacable de cet homme, disquaire pendant vingt ans, qui une fois son magasin vendu, s’est peu à peu coupé de tout, amis comme possibilités de travailler à nouveau.

Vient l’expulsion, et l’urgence de trouver où dormir. Il invente un retour du Canada, le besoin d’un lit, chez l’un ou l’autre, le temps de remettre tout à plat. Personne n’est vraiment dupe, mais tout le monde s’en fout, au fond, passés quelques jours, du futur de Subutex. Ce qui intéresse Despentes et le lecteur, la lectrice – ce n’est pas tant cet homme qui s’enfonce dans une galère plus profonde chaque jour que les réactions étranges ou indifférentes des autres à cet état de misère. Ce qui est d’ailleurs drôle, c’est le ton presque railleur qu’adopte l’auteur à l’égard des personnages que croise Vernon. Tous ces noms – Pamela Kant, Vodka Santana, Simone du Boudoir et même celui de Vernon !- ne disent qu’une seule chose : leur illustre ascendance ne les préserve pas de la caricature. Ils sont tous interchangeables, quelle que soit l’attitude qu’ils ont envers Vernon. Tous ont mieux à faire que de prendre soin de lui ; ils n’ont pas le temps de s’occuper de quelqu’un d’autre qu’eux.

La force de l’ouvrage tient dans cette écriture d’une simplicité absolue, crue et cadrée, qui décrit sans mensonge un désespoir certain, et un état du monde relativement lamentable. Il y a ces mots incandescents, telles de toutes petites brûlures, qui parcourent l’ouvrage. Ce sont des phrases presque lyriques, d’une beauté certaine, qui respirent parfois la nostalgie, mais sont, le plus souvent simplement un état simple et sombre, des lieux.

« Les rues de Paris sont un distributeur à souvenirs. »

Et puis, il y a toutes ces parties violentes et fortes, très belles et perturbantes, limites pornographiques que distille Despentes dans chaque chapitre. Ce sont les envies, les fantasmes inavoués, inaccessibles de cet homme en mal de tendresse et juste, de sexe.

« Il sort du parc habité d’images nettes et crues, comment il la coucherait sur la table à manger du salon chez Xavier, comment il la déculotterait d’un geste précis et brusque pour l’enculer sans ménagement et comment il relèverait son pull pour découvrir sa poitrine de gamine écrasée contre la table, et les bruits mignons qu’elle ferait quand il la menacerait de se retirer et qu’elle le supplierait de continuer .»

On rit, parce qu’il n’aura jamais cette fille, et que même s’il arrivait à se retrouver seule avec elle, il aurait l’attitude d’un homme timide et timoré, pas celle d’un « expert » en matière de baise.

Brutale est la destinée de Vernon Subutex, dans ses dernières années. Brutale, parfois, est la lecture du roman de Despentes. Mais on est là pour quoi, nous, lecteurs ? S’amuser ou voir nos sens être retournés ?

Vernon Subutex, 1, sorti le 7 janvier aux Editions Grasset

Mx

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One Comment

  1. C-M.C says:

    super couv’. merci d’en parler et merci pour l’info.

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