dessin-Manjul

La barbarie n’a ni frère ni soeur

Ils ont tiré.

Quelque part dans la nuit, quelque chose s’est élevé.

Longtemps en France, l’obscurité a contenu ses ombres. Leur a rendu le jour tellement amer qu’elles n’osaient pas l’approcher.

Longtemps, elles se sont restreintes à le maudire. De l’autre côté.

Et puis un soir, la nuit a prêché avec tant de panache que l’amertume a eu un goût de poudre. La digue a résolu de céder.

Rien ne peut servir de rempart à une idéologie qui meurt de se réaliser.

La nuit a entaché le jour. Elle s’y est employée avec tellement de méthode qu’elle s’est attiré des foudres sans orages.

Charb, Cabu, Wolinski et les autres sont morts. Morts d’avoir trop vécu. Les Hommes libres vivent plus que les autres.

Hélas, toutes les morts sont définitives. Mais très peu font se lever une nation. Ils sont morts debout. Tout au bout de l’honneur.

Hier, aujourd’hui et tant qu’elle sera attaquée, la République les pleurera. Des larmes chaudes d’urgence. On ne grossit pas le trait quand on pleure de sacrés coups de crayon.

On aura beau retourner Charlie dans tous les sens, il s’en dégagera toujours une odeur de soufre. C’est le propre de la satire.

Seulement voilà, le soufre est tombé dans les carabines. Les gueules ouvertes, l’appétit aiguisé, elles l’ont broyé jusqu’à en anéantir le sel: la liberté de dire, de dessiner, de s’exprimer.

Et puis, elles ont tiré. Ni sur vous. Ni sur moi. Elles ont tiré sur Charlie. Elles ont tiré sur ses crayons et sur ses plumes.

Charb, Cabu, Wolinski et les autres sont morts. Toutes les morts ont une date. Mais très peu la font. Quelque chose doit désormais s’élever dans le jour. Un trait. Un gros trait. Visible du ciel.

Ce trait-là ne doit et ne peut être le fait d’armes d’un groupe. L’indignation ne peut tenir la note que si la chorale se défait des egos. La République est une ode qui se chante sans soliste.

Car dans l’horreur, il n’y a pas de juif, de musulman ou de chrétien. Il y a les barbares et il y a les autres. Un terroriste n’a ni frère ni sœur.

À dix ans, j’ai vu la lune recouvrir le soleil en plein jour. Pendant des heures, j’ai eu beau détourner mon regard, je continuais à apercevoir des amas noirs.

Ce qui me brûlait les yeux, ce n’était pas la lune. C’était de la voir partout.

L’éclipse n’existe que dans les yeux de celui qui l’observe.

Ils ont tiré.

Il faut les rendre à leur état primitif de fils de la nuit.

Rania

2 Comments

  1. Artemisia.g says:

    Je reprends parce que ma première tentative de commentaire a été avortée… Je pleure ces assassinats atroces, comme tous ceux qui ont eu lieu ces dernière années à des milliers de kilomètre d’ici. Je ne pleure pas davantage ces morts parce que certains étaient célèbres et que l’attentat s’est déroulé à Paris. Les attentats contre la liberté sont quotidiens. Je pleure Madrid, je pleure Londres, je pleure Casablanca, je pleure Alger, je pleure les innombrables attentats au Nigéria, je pleure Damas, je pleure Peshawar, je pleure Tripoli, etc, etc. Je ne veux pas de hiérarchisations des victimes, comme si la vie d’un dessinateur parisien valait plus que celle d’en enfant nigérian. La liberté a autant de prix partout.

  2. Artemisia.g says:

    Aheum… Y’aurait-il de la censure chez BBX? On parlait justement de liberté de parole…

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