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Lolita Chammah, Baby Doll sur grand écran

Entre comédie romantique et conte moral à la Rohmer, le nouveau film de Sophie Letourneur, Gaby Baby Doll (disponible mercredi sur nos écrans) signe un mélo absurde aux dialogues aussi piquants que graveleux, sur fond de campagne française. Un anti Lady Chatterley réjouissant.

Gaby Baby Doll, le film de la maturité ? Pas faux sans être tout à fait vrai. Pour les non-averties, Sophie Letourneur n’en est pas à son premier coup d’essai. Du cacophonique La vie au Ranch en passant par Le Marin Masqué ou plus récemment, le jouissif Les Coquillettes, la réalisatrice s’inscrit dans cette veine de réalisatrices françaises telles Rebecca Zlotowski, ou Alice Winocour, qui, la trentaine triomphante, ont décidé qu’elles avaient quelque chose à exprimer par le biais d’une pellicule.

C’est à travers le personnage de Gaby, interprétée par Lolita Chammah, que Letourneur expose ses névroses de jeune adulte désabusée entre peur du vide et solitude. Car Gaby est tiraillée par un angoisse terrifiante : dormir seule. Une angoisse enfantine, liée à la panique du monstre sous le lit, amenant à l’astreinte de la veilleuse allumée dans le couloir. Preuve en est, Gaby dort tout le temps, passe sa vie cachée sous sa couette et ne se nourrit principalement que de Chocapic. Pourtant Gaby ne s’est pas faîte larguée – même si un peu quand même, bien qu’elle s’en contre-fiche – Gaby est juste fatiguée de pleins de choses.

Gaby est un genre de nana capricieuse, une sorte d’enfant de 12 ans attachiante que l’on se sent obligée de fustiger pour lui remettre les pendules à l’heure. Le genre de nana dont les potes se proposent de la garder une fois sur deux parce que si elle reste seule, « elle ne fait que des conneries ». Sans faire dans l’analyse psychologique de comptoir, Gaby semble, à l’image de beaucoup de ses contemporaines, dans une sorte d’insécurité permanente. Egoïste et sans-gêne, on ne peut s’empêcher de lui accorder autant d’attention que d’affection.

Gaby essaye donc de se débrouiller seule, rebondissant de situations burlesques en rencontres loufoques au fil des saisons et des feuilles qui tombent. En suivant un chien, elle finit par rencontrer un garde chasse en jogging cracra (Benjamin Biolay). Mais la romance à la Lady Chatterley n’est pas le sujet du film, et la sexualité est finalement une thématique secondaire.

Voir un personnage féminin aussi naturel percer l’écran, sorte d’anti-héroïne mollassonne prenant à rebours le stéréotype de la jeune femme dynamique bien sous tous rapports, est un vrai rafraîchissement. Si l’idée du film, un week-end entre ami(e)s dans une maison de vacances en pleine campagne, qui tourne à l’introspection de sa protagoniste, accompagnée d’un garde-chasse solitaire, de corn-flakes et d’un chien, ne vous apporte que peu d’engouements, détrompez-vous. L’univers contemporain décalé de la réalisatrice, les dialogues aussi piquants qu’intelligents, et le jeu détaché de ses acteurs offrent une expérience aussi savoureuse qu’engloutir un paquet de Pépito (cf : le film).

Et puis, encourager le cinéma féminin, c’est aussi un beau combat, non ?

 

An Si

 

 

 

 

 

 

An Si

Sbire candide de BBX, An Si s'intéresse à la culture queer, porn et mainstream. Ré-invente la langue française avec ses fautes d'orthographe.

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One Comment

  1. C-M.C says:

    ce long à l’air bien sympa !

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