Koyuki HIGASHI

PORTRAIT : Hiroko, militante lesbienne au Japon

Alors qu’elle était pratiquée par certains samouraïs et moines bouddhistes, l’homosexualité reste aujourd’hui un tabou au Japon. La culture japonaise du non-dit interdit tout comportement déplacé à l’encontre des personnes homosexuelles, mais qui ne dit mot consent-il vraiment ? Hiroko, militante outée, nous parle de la réalité des lesbiennes au pays du soleil levant.

Contrairement aux civilisations occidentales, le Japon n’a jamais interdit les relations homosexuelles entre adultes consentants. Il est aujourd’hui possible pour les couples homosexuel-le-s bi-nationaux d’épouser leur conjoint-e si le pays de la conjointe autorise le mariage (si vous être en française en couple avec une japonaise par exemple). En revanche, il est impossible de se marier entre citoyens japonais du même sexe.

Mais Hiroko MASUHRA, 36 ans, ne l’entend pas de cette oreille. Salariée d’une société d’éducation en ligne, elle a souhaité devenir militante LGBT il y a 4 ans « pour ne plus se taire ». Pour gagner en indépendance, elle a créé en 2013 la société 3 couleurs dont le but est d’améliorer la vie des personnes LGBT dans le monde de l’entreprise. 3 couleurs propose des séminaires aux entreprises pour que celles-ci comprennent mieux les personnes LGBT afin d’améliorer leur management. Aujourd’hui, elle œuvre pour une évolution des mentalités aux côtés de sa compagne Koyuki HIGASHI, 29 ans, avec qui elle s’est mariée symboliquement en mars 2013 au Disneyland de Tokyo.

“L’homosexualité se vit en général de façon très discrète, dans l’intimité, sans faire de coming out. Il est assez courant qu’une personne homosexuelle se marie avec une personne du sexe opposé pour s’intégrer plus facilement à la société japonaise qui reste très codifiée. Quelques personnes assument et affichent leur homosexualité mais cela est plutôt rare. Il y a une nette séparation de la sphère privée et publique au Japon.” nous confie-t-elle.

Ce premier mariage d’un couple homosexuel a fait grand bruit dans les médias japonais et occidentaux ce qui a permis à Hiroko et Koyuki de mieux se faire connaître en tant qu’activistes LGBT. D’autres initiatives du même type ont pu voir le jour, à Kyoto un temple shintoïste propose des mariages LGBT. Aujourd’hui Hiroko et Koyuki sont régulièrement invitées sur les plateaux télé, radio et dans les journaux. Koyuki a par ailleurs été choisie en 2014 pour être l’égérie d’une campagne pour un shampoing CLEAR dans laquelle on l’aperçoit en couple avec Hiroko.

Cette campagne s’inscrit dans la tendance nouvelle du marketing LGBT au Japon. Hiroko espère que cela aidera à améliorer l’image des personnes LGBT, surtout auprès de l’ancienne génération. Out auprès de ses proches, il aura fallu 10 ans à la mère de Hiroko pour la soutenir :

“Si la société japonaise commence à s’habituer à voir des figures homosexuelle à la télévision (malheureusement il s’agit souvent de personnages caricaturaux), il est difficile au quotidien de vivre au grand jour même lorsqu’on s’assume. Pour louer un appartement par exemple, il est préférable de se présenter en tant que colocataires plutôt que couple à cause des préjugés.” affirme-t-elle.

Hiroko fait partie du comité organisateur de la Tokyo Rainbow Pride, équivalent de la Marche des Fierté. La Tokyo Rainbow Pride a lieu chaque année fin avril. En 2014, 2000 personnes s’étaient rassemblées dans le cortège et 20 000 avaient participé au Festival associé. D’autres marches ont lieu à Nagoya en Juin, Osaka en Octobre et Fukuoka en Novembre. Le Festival du film international LGBT : le LGFF fait également vivre la communauté LGBT. Le souci, c’est que la communauté continue de vivre cachée :

“Tokyo est une ville assez riche en lieux et événements LGBT. On en compte environ 200, localisés pour la plupart dans le quartier chaud de Tokyo, à Shinjuku, sous-quartier Ni-Chome. Il faut un œil averti pour les repérer dans les méandres des rues et étages Tokyoïtes. Le plus simple est d’être introduit par quelqu’un dans la communauté. Sauf que la plupart du temps les personnes LGBT ne se dévoilent qu’à leurs ami-e-s les plus proches. Certains lieux ne sont pas accessibles à tout le monde mais dédiés à une clientèle spécifique : européenne, japonaise, mixte, jeune, moins jeunes, etc.”

Les bars sont au format japonais, très petits (capacité d’une dizaine de personnes parfois) mais chaleureux si vous êtes au bon endroit. Les lieux lesbiens restent minoritaires. Pour les lesbiennes, le Kinswomyn était le bar le plus connu. Il avait même accueilli Jennifer BEALS à l’occasion de la sortie de la première saison de The L Word au Japon. Malheureusement il vient de fermer après 20 ans d’existence. Le bar Motel#203 est devenu le Goldfinger bar et accueille les lesbiennes étrangères et japonaises, ainsi que certains soirs leurs amis. La Goldfinger Party y est organisée chaque 3e samedi du mois.

Le seul média lesbien, Tokyo Wrestling, n’est plus en activité depuis 2013. Il existe en revanche plusieurs associations LGBT, certaines dans les Universités, sinon il y a Stonewall AJET et l’OCCUR qui sont très actives. Il y a également des groupes sur Facebook et des applications de rencontres comme Spindle (l’équivalent de Tinder).

Avec la Tokyo Rainbow Pride qui a lieu chaque année et le festival du film LGBT on pourrait penser qu’il y a une amélioration de la prise en compte des personnes LGBT au Japon. Le coming out de plusieurs figures politiques telles que Kanako OTSUJI, députée d’Osaka, d’Aya KAMIKAWA, première élu transgenre, associé à un travail de lobbying initié par les militants LGBT pourraient permettre une évolution des mœurs pour que le Japon permettent au moins le mariage aux couples de mêmes sexes à horizon 2020 avant les Jeux Olympiques de Tokyo. Hiroko y croit très fort.

 

Emmanuelle

Emmanuelle

Globe-trotteuse sur-diplômée touche-à-tout (nous n'avons toujours pas compris quel était son vrai métier). Un quart geek, un quart TDAH, un quart Taubira et un quart Ted Mosby ascendant Barney Stinson. Twitter : @emmanuellecamp0

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4 Comments

  1. mano says:

    Incroyable cette publicité pour un shampoing !
    Ca vaut des centaines d’actions militantes de visibilité lesbienne (il parait que les gens regardent le télé)

  2. V13 says:

    “samouraïs et moines bouddhistes”.

    Voui, – euh, il faut quand même rappeler que la signification sociale de l’homosocialité viriliste, et le lesbianisme, c’est à dire la socialité entre femmes, ça n’a pas vraiment les mêmes fondements ni les mêmes buts, et encore moins les mêmes conséquences politiques, la première ayant été généralement liée à des mouvements plutôt réacs et misogynes… Encore une fois, il serait bon de questionner les catégories que nous utilisons, que ce soit “homo” ou “trans”, qui ne transcendent pas plus que “hétéro” ou “cis” l’ordre hiérarchique des sexes sociaux, en tous cas pour le moment.

  3. Marie Charlotte says:

    Je suis une Lesbienne et je l’assume. Je n’ai pas besoin des médias pour vivre ma sexualité anale et vaginale pleinement et sans avoir besoin d’un homme pour cela. Ce qui se passe entre Moi-même ou avec une autre femme comme moi, ne regarde pas les hommes. Le temps accordé pour la procréation par des rapports sexuels est ce qui a permis aux hommes d’avoir le pouvoir sur les femmes à qui ils volaient tout les dons de puissances ou électriques depuis leurs organes sexuels.Ce temps pour la procréation par la sexualité entre un homme et une femme est arrivé à son terme, et la femme doit être libre, doit disposer de son corps de la façon qui lui plait, et en fonction de sa vraie nature d’être femme, c’est à dire lesbienne depuis les origines. Les fusions nucléaires qui se passent tous les jours dans le soleil est la forme la plus pure du lesbianisme, parce que le soleil est une Femme lesbienne. La vierge Marie est une Femme lesbienne à qui des hommes jaloux lui ont collé l’étiquette de mère, de vierge et de notre dame.
    Ce sont les unions avec les hommes qui ont fait oublié aux femmes qu’elles sont en vérité des lesbiennes au plus profond d’elles-mêmes, comme ces hommes sont en vérité des homosexuels et l’ont toujours su, voilà pourquoi ils ont organisé souvent des soirées entre hommes pour se donner les ont aux autres dans le sexe, après ils rentrent à la maisons auprès de celles qu’ils appellent leurs femmes, et à qui ils mentent et manipulent. L’homme est non seulement le mâle, mais il est surtout l’axe du Mal.
    La vraie lesbianisme consiste à se donner à soi-même des orgasmes anaux et vaginaux, unissant ainsi le pôle nord et le pôle sud qui sont les Sœurs jumelles, et se trouvent en soi, et que les rapports sexuels avec des hommes séparent. Séparer pour régner était le secret des hommes qui d’un côté sont mariés à des femmes qu’ils trompent souvent avec d’autres hommes, mais pire ils osent interdire au féminin sacré source de sels et de sucres “électromagnétisme, magnétoélectrique ou fusions nucléaires” et qu’ils convoitent en leurs organes sexuels pour avoir des dons et pouvoirs, de s’aimer entre femmes. Qui es tu homme pour imposer à Moi Femme ce qui est bon pour Moi ?
    Je n’aime pas les hommes, ces bois ténébreux qui divisaient pour régner par les violences et les viols des femmes.
    Le monde est arrivé à un point ou la Femme doit aimer la Femme et se prendre entièrement en charge, et tant pis pour les hommes, ils n’avaient qu’à ne pas maltraiter, violer les Femmes.

    Magnificat au règne des Lesbiennes qui sont Soleils et que je suis de par ma nature la plus profonde et la plus brillante..
    Dieu est Femme, alors bénies soient toutes les Femmes et maudits soient tous les hommes.

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