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La vérité sur les règles, rien que la vérité

Pourquoi parler des règles ? C’est sale, gonflant, carrément honteux. Mieux vaut dissimuler leur présence, s’insérer des serviettes invisibles, s’enfoncer des tampons fraicheur prairie, dépenser son argent dans des dissimulateurs d’odeurs, de flux… Eviter d’en parler, ne pas trop se plaindre, taire la douleur. Chez Barbi(e)turix, on en a marre de simuler. Des règles indolores et incolores, ça n’existe pas. Il est temps de révéler la vérité, toute la vérité.

Je vous ai déjà parlé des règles sur Barbi(e)turix : nous avions évoquer le fait de faire du sexe pendant, le flux libre et la mooncup. Mais finalement, je n’ai jamais traité le sujet tel qu’il est : un événement normalement mensuel qui, il faut le dire, n’arrive jamais au bon moment… Parce que ce n’est jamais le bon moment ?

Souvent, elles préviennent de leur arrivée une semaine avant : gonflement des glandes mammaires, fatigue, hypersensibilité et même, pour certaines d’entre nous, humeur massacrante. Il arrive aussi qu’elles débarquent sans prévenir et toujours au moment le plus inopportun, à vélo alors que vous foncez, en plein boulot, juste avant de faire l’amour…

Un coup de poignard dans le bas ventre

Certes, certaines filles échappent aux douleurs vives et quotidiennes, à la fatigue permanente ou à l’envie de tuer quelqu’un pour répondre à la sensation du coup de poignard dans le bas ventre. Mais non, les règles ne sont pas une partie de plaisir et les douleurs – souvent anormales –  ne font pas partie intégrante de la vie des personnes assignées femmes à la naissance.

Pour certaines filles, avoir ses règles, c’est un peu comme avoir une sangle en métal autour du bassin qui tente d’extirper votre corps vers l’extérieur. Ça tire, ça se contracte et les reins s’écartent. Puis c’est aussi avoir l’impression qu’un boulet de canon attaché à votre sexe le tire vers le bas. Bref, la douleur intense peut vous clouer au lit une journée entière, vous déprimer encore plus que vous ne l’êtes déjà, ou même vous donner l’impression que vous êtes enceinte à cause de nausées matinales… Mais ce n’est pas tout, vos seins aussi peuvent être hypersensibles. Il suffit que votre t-shirt de coton frôle votre sein pour que la douleur intense du bas ventre vienne s’infiltrer dans vos tissus mammaires.

Le pire dans tout ça ? C’est quand on vous vous dit que c’est psy-cho-lo-gique, que “ça ne fait pas si mal” qu’on exagère, ou pire, que “c’est normal pour une femme de souffrir”.

On est rarement pris-e-s au sérieux quand on a nos règles, soit parce que le PMS (syndrome pré-menstruel) fait effet, soit parce que la douleur vous rend stone, soit parce qu’on a le malheur de se plaindre plus que de raison. Dans tous les cas, on nous dit qu’on est pas dans notre état normal tout en nous assénant que la douleur, elle, est normale.

Je pense sincèrement que si les hommes (cisgenres) avaient leurs règles, la douleur serait un problème réglé (sans mauvais jeu de mot) depuis longtemps. Mais l‘endométriose est une vraie maladie qui touchent 10 à 20% des personnes qui ont leurs règles et est responsable de la moitié des cas de règles douloureuses. Une maladie méconnue et mal diagnostiquée. Si elle n’est pas prise en charge, elle peut mener à l’infertilité.  Le problème, c’est qu’on nous assène depuis si longtemps que la douleur est normale, que les femmes ne songent même pas pouvoir être malade. Si vous avez un doute sur vous-même au sujet de l’endométriose, il vaut mieux aller consulter.

Menstrues everywhere

Puis avoir ses règles, c’est aussi se retrouver la culotte tachée de sang, votre jean ou votre jupe tachée de sang, vos draps tachés de sang, les draps de vos ex tachés de sang, les draps des apparts loués sur Airbnb tachés de sang. Bref, les draps de la planète entière tachés de sang.

Avoir ses règles, c’est aussi penser sa journée en fonction de ses changements de tampons ou de serviettes. Devoir stopper ses activités pour se glisser dans les toilettes sales du bar pmu du coin. C’est le malaise de demander à ce que l’on stoppe la voiture pour aller aux toilettes. Demander une pause à ses patrons, se faire dispenser de sport au lycée, quémander un tampon en chuchotant à toutes ses collègues femmes, chercher frénétiquement au fond de son sac la dernière serviette salvatrice.

Enfin, avoir ses règles, c’est potentiellement 3 500 jours de toutes ces douleurs dans une vie entière. C’est aussi 11 400 tampons insérés dans le vagin. 11 400 tampons plein d’OGM, de dioxine, de pesticides et de chlore. Avoir ses règles, c’est s’insérer des trucs qui peuvent nous ruiner la flore vaginale, vous brûler la chatte, vous provoquer mycoses et autres infections. C’est aussi dépenser 4000 euros dans une vie entière dans des bouts de coton tenus par une ficelle.

Avoir ses règles, c’est un moyen pour la société patriarcale d’essentialiser sans cesse les hommes et les femmes. C’est nous rappeler cette injonction à faire des enfants car on en ️à la possibilité physiologique. C’est également le moyen que trouvent certains hommes pour expliquer la colère des femmes, comme si cette colère n’était pas justifiée, comme si elle n’était qu’explicable que par les hormones.

Parler des règles, oser dire la douleur, la fatigue, les coups de déprime, les galères, c’est aussi participer à déconstruire les fantasmes et croyances infondées qui modèlent le sexisme dont nous sommes victimes…

Femmes réglées du monde, cessez de vous taire !

Sarah

illustrations: Emiliy weeks , Eugenia Loli

 

Sarah

Sarah ne parle plus trop de cul ni d'amour d'ailleurs mais ses passions demeurent : féminisme, antispécisme, santé mentale et gingembre.

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