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Être lesbienne à Cologne

J’habite en Allemagne depuis une dizaine d’années. Bouillonnante, mais pas stressante, Cologne m’a séduite d’emblée. Très vite, ses bastions électro faussement déglingués, ses parcs en mode « open barbecue » et son carnaval n’ont plus eu de secrets pour moi. Mais Cologne n’était pas entièrement conquise. Un bastion d’événements inconnus et bien cachés résistait à mon avancée. Il était temps d’y remédier !

Bloquée en mode « serpillère » après une rupture, je reflashe enfin sur quelqu’un. Joie ! Mais le quelqu’un n’est pas libre, et petit détail, c’est une quelqu’une, en couple avec une autre… Dans l’espoir de la croiser (et plus tard, de l’oublier), me voilà propulsée à plus de trente balais dans une tornade de questions et de soirées.

Complètement étrangère au « milieu » (la « scène » comme on dit ici), je constate, incrédule, que pour les lesbiennes, il n’y a en tout et pour tout qu’un seul bar avec pignon sur rue. « Quoi ! Cologne la soi-disant capitale multi-sexuelle m’aurait bernée ? Où est-ce que les lesbiennes préfèrent mater des DVD ? » C’est au Blue Lounge que tout commence, pour moi, comme pour la plupart des filles. Ouvert le vendredi et le samedi (on s’arrête d’être lesbienne en semaine ?), le Blue Lounge a le grand mérite d’exister depuis plus d’une dizaine d’années. Au fil des discussions, je découvrirai qu’avoir ne serait-ce qu’un seul lieu lesbien permanent est un privilège, dont beaucoup de villes, allemandes ou françaises, ne peuvent se targuer. Que beaucoup de filles ont enchaîné des kilomètres depuis Hambourg ou leur bled paumé juste pour venir à cette soirée. Le cadre du bar est sympa et les prix sont modérés, au niveau musical, c’est happy-get lucky-blurred lines, accolés au hit qui a fait danser la Germanie en 2014 : « Atemlos » d’Helene Fischer, propulsée icône gay à l’insu de son plein gré.

 Crédit Photo : Andreas Moltgen

Motivée, j’embraye sur les soirées mixtes. Je me retrouve à la Celebrate! qui se tient tous les mercredis. Oui, le mercredi. Au moins ça change, mais du coup, le public est étudiant à 90 %. Et de nouveau, le choc musical. On nous passe du Prince tabassé à la house, le dancefloor s’embrase. Ecrasée, je finis par déclarer forfait. #vieilleconne

Pas découragée, je poursuis mes recherches et je me rends compte que pour être non straight à Cologne, il faut être bien organisée et bien se noter les dates de LA soirée que tu ne veux pas louper, car il n’y en a pas cinquante après. Et il vaut mieux aimer les fouilles archéologiques, car les infos sont bien cachées. Heureusement, il y a un raccourci, celui qui te fait gagner des points et du temps, comme dans les jeux vidéo. Mon raccourci s’appelle Steffi, une « vieille routarde » du milieu, rencontrée à l’Iron, bar mixte du QG gay de la Schaafenstrasse. Mon nouveau guide m’emmène à la Suspiria, une exubérante micro-soirée mixte (c’est-à-dire avec 80-90 % de mecs), qui a lieu une fois par mois dans la cave d’un des bars les plus branchés de la ville, le Salon Schmitz.

Une fois briefée, je deviens la pro du calendrier. Chaque mois, je guette les deux dates de la Backstage Diaries, soirée mixte qui se décline en deux versions : totale électro au Zimmermann’s, colocation électro/rock indé sur deux étages à l’Artheater (ma préférée). Même si le côté indé se fait parfois discret, cette soirée rassemble un public varié et déchaîné autour du leitmotiv « Queer, Straight, Not Sure, Rock ́n ́Roll ». J’ajoute ensuite le rendez-vous mensuel de la 30Karat, une soirée pour les nanas de « ma » génération et au-delà (encore un bon plan de Steffi). On y sirote d’excellents cocktails dans le cadre old school du café Franck, avec ses tapisseries et ses tubes sortis tout droit des seventies.

Crédit photo : Kisses and lies

Je n’oublie pas non plus de noter la date de la Kisses & Lies, l’une des plus grosses soirées women only, résolument dancy. Elle a lieu tous les deux mois dans ma salle de concerts préférée, le Gloria et j’ai compté 564 personnes la dernière fois. Je checke s’il y a une My secret garden, soirée mixte électro-pop qui alterne entre le Subway et Heinz Gaul, friche électro post-confidentielle (à peu près tous les deux mois). Je comble les trous avec les teufs des potes et les valeurs sûres hors milieu (Beatpackers, Rhythmusgymnastik, …) et extra muros (Wet for me, oui, oui), et me voilà parée !

Mais je n’ai pas encore tout testé. Mon radar filtre le programme de l’illustre Alter Wartesaal, pour voir si la date de la soirée Elle World, LE plus gros événement lesbien de la région, rentre dans le planning. Je cherche la motivation pour me plier au dresscode « Lipstick style » des HOUSEfrauen :  « mettez-vous sur votre 31 et surtout, ne venez pas avec des chaussures sales ». Je ne suis pas fan de crasse (quoi que ?), mais j’aime bien faire ce que je veux avec mes cheveux.

Pour la Pride, là, je ne peux pas vous aider. Ce n’est pas un calendrier qu’il faut préparer, c’est un marathon. Car en plus de la parade, de la grande « fête de quartier » à Heumarkt, de la nébuleuse d’événements et de workshops (du tournoi de pétanque lesbien aux séminaires de Drag Kings avec Steffi), en plus de l’inflation des soirées officielles, comme celle de l’association sportive LGBT SC Janus (plus de 1.500 membres et 45 disciplines sportives), des lieux qui ne font pas partie de la « scène » mettent leurs événements aux couleurs de la Pride, comme la soirée électro de plein air E de Cologne ou le très recommandable Club Bahnhof Ehrenfeld et sa Venus Delight en 2014.

Crédit Photo : Andreas Moltgen

Et comme on a l’embarras du choix pour une fois, il y a aussi un programme off. En 2014, j’ai réussi à pécho les infos sur la très poétiquement nommée Sex im Dreck (littéralement : « la baise dans la crasse ») organisée par l’asso Queergestellt sur un terrain vague. Au programme : une queue interminable, mais au bout du tunnel, LA contre-soirée de l’année, un public hyper varié, un DJ set qui dézingue, des prix qui défient toute concurrence, un stand de bouffe pour reprendre des forces (vite dévalisé), des roulottes-darkrooms en mode safe sex pour les filles aussi.

Et, je vous le donne en mille… la fameuse quelqu’une, que je n’avais finalement jamais croisée, à aucune des soirées que j’avais écumées. Vous voyez venir le coup du Happy end en roulotte ? Non, désolée, elle est toujours maquée. Mais ça tombe plutôt bien, il n’y a plus de place dans mon calendrier.

Cora

 

Save the dates :

24 novembre au 23 décembre 2014 : Marché de Noël gay et lesbien (dates du marché de Noël traditionnel)

12 au 17 février 2015 : Carnaval de Cologne

20 juin au 5 juillet 2015 : Cologne Pride (parade le 5 juillet)

C’est quoi cette ville ? Petit rappel de géo : Cologne se situe sur le Rhin, à 3h15 de Paris (en Thalys). On est à deux pas de Bonn au sud, de Düsseldorf au nord, et de la Ruhr si on pousse un peu. Quatrième ville d’Allemagne avec son million d’habitant, Cologne est connue dans le monde entier pour sa cathédrale et pour son Eau. La ville est moins réputée pour son architecture (90 % des bâtiments ont été détruits à la fin de la seconde guerre mondiale), mais sa qualité de vie et son dynamisme attirent chaque année une quantité industrielle de visiteurs et de nouveaux arrivants. Imprégnée dans les proverbes locaux comme « Jeder Jeck ist anders » (« chacun est différent »), la tolérance (parfois aussi ourlée d’indifférence) est revendiquée comme une valeur locale. S’afficher non straight à Cologne n’est pas entièrement banal, mais ça oscille entre faisable et agréable. A ne pas manquer : le duo touristique bords du Rhin + vieille ville, mais surtout : le quartier belge, la Südstadt et le quartier qui monte, qui monte : Ehrenfeld.

 crédit photo couverture : Thomas Kruse

 

4 Comments

  1. Mathilde says:

    Berlin n’aurait qu’à bien se tenir ?

  2. cardini says:

    Pulstar c’est cool aussi, même organisation que My Secret Garden mais plus electro …

    En ce qui concerne la gay pride, la marche a lieu le dimanche et on fait la fête le samedi !

    Comme je clôture la MySecretGarden/Pulstar, je propose que BBX organise un bus :)

  3. K.Oh says:

    C’est un peu loin tout ça. Je propose que la wet for me organise sa “water edition” à Cologne avec Cardini et RAG en tête d’affiche genre en avril au CBE… avec un bus aussi !

  4. K.Oh says:

    et voilà… bookée un 4 juillet

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