C.A.R.-Chloé-Raunet

C.A.R : “Il y a toujours une couche de mélancolie dans ce que je fais”

Longtemps qu’on l’attendait. My Friend. Et difficile de masquer son émotion face à la sortie d’un tel album. Trois ans après la disparition de Joel Dever, l’autre moitié du groupe Battant, Chloé Raunet revient sous le nom de C.A.R. (Choose Acronym Randomly) et donne naissance à un album doux, personnel et onirique. Comme un hommage. Une renaissance ? Une blessure pansée peut-être. My Friend est un voyage, une déclaration d’amour aussi. Textes mi-chantés mi-clamés, mélodies à la fois turbulentes et mélancoliques, interrogations jetées sur la table, les 12 titres de My Friend nous laissent penseurs, mais perchés sur la plus belle des stratosphères.

À l’occasion de sa release party jeudi 27 novembre prochain au Monseigneur, nous nous sommes entretenues avec cette pierre précieuse signée Kill The DJ.

Pourquoi avoir appelé ce premier album My Friend  (« mon ami ») ? C’est lié à Joel ?

Je voulais un titre d’album qui parlerait à tout le monde. Qui pourrait vouloir dire tout et n’importe quoi. Une des chansons s’appelle My Friend D d’ailleurs. Tout ça m’est juste apparu comme un choix très logique.

Après avoir perdu Joel, tu t’es vue tout arrêter ?

Non. Je crois qu’avoir quelque chose de réel sur lequel me concentrer m’a aidé à traverser cette épreuve. Si je n’avais pas eu un projet, quelque chose de nouveau en pleine évolution, qui sait ce qu’il serait advenu de moi… ?

Tu as déclaré en interview que C.A.R. était plus coloré et chaud que Battant. Pourtant, tes chansons sont chargées de mélancolie. La mélancolie, c’est un sentiment heureux pour toi ? 

On va dire qu’il y a toujours une couche, même très fine, de mélancolie, dans tout ce que je fais. Et je crois qu’au lieu de voir ça comme quelque chose d’heureux, je parlerai plus de… sentiment cocasse.

Tu reprends la chanson de Christophe, La Petite Fille du 3ème. Pourquoi celle-ci ?

Je ne me souviens pas de la première fois que je l’ai entendue mais je crois que c’était à mes débuts sur NTS Radio (Chloé Raunet anime Latete Atoto, une émission de radio sur NTS avec son amie Kristina McCormick, ndlr). Et c’est à Hyères, pour le festival Stage Of The Art, que j’ai eu l’occasion d’en enregistrer une cover. Je voulais vraiment faire quelque chose en français, du fait de mon label qui est français (Kill The DJ) ; j’ai beaucoup travaillé en France mais malheureusement, je ne maîtrise que l’anglais pour l’écriture. J’adore cette chanson et je crois qu’elle correspond vraiment à mon univers musical. Puis je me suis dit qu’elle irait bien avec des synthés. Aujourd’hui, je sais l’icône qu’est Christophe en France. Mais à l’époque non. Si j’avais su, j’aurais été flippée de faire une cover d’une de ses chansons.

Ça fait un bout de temps que tu es chez KTDJ. Ça a commencé comment déjà ?

Ça date de l’époque de Battant. À l’époque, on partageait un studio avec Andrew Weatherall. Il organisait cette soirée… Wrong Meeting au Tea Bar avec Ivan Smagghe et il nous a présentés. Ce fut une parfaite rencontre, tant esthétique que spirituelle. Cette grande famille nous a ouvert les bras et la suite de l’histoire, on la connaît !

Il y a un artiste que tu respectes tout particulièrement chez KTDJ (attention question piège) ?

Vraiment ? Oui, c’est vraiment une question piège là ! Tous, en fait, je suis sérieuse ! Ce qui est exceptionnel chez KTDJ c’est le fait qu’aucun de ses artistes ne se ressemble… Tu trouves de tout, de la folk dark et perchée, de la cold wave, de la musique électronique magnifique, de la dance karmique, du post-rock… Et tout est bon. Nous sommes tous très différents et je les respecte tous. (sourire).

Rien à voir, mais vu qu’on en a une dans le crew, je te pose la question. C’est qui la Angelina de l’album ?

Ha, en fait c’est de l’argot de la rue, ça désigne un punk ou un roots, un compagnon de route quoi.

Et tu vas rester à Londres alors ? Pourquoi ne pas venir à Paris vu que tu es sur KTDJ ?

J’aime venir à Paris, mais y vivre, non. J’ai quitté Vancouver pour Londres depuis longtemps maintenant et même s’il y a ici certaines choses que je ne supporte pas, la ville change, moi aussi je change, et je ne me verrais pas vivre ailleurs. Londres est diverse, tolérante. Alors oui, c’est un peu cher d’y vivre, parfois aussi tu t’y sens très seul, et la concurrence y est rude, mais il y a toujours des solutions à tout. J’aime les parcs de Londres, ses musées, ses bâtiments… il y a tant de choses à faire ici, de nouveaux lieux à explorer (sans dépenser un rond). C’est une ville tellement grande, avec tellement de choses à voir, de gens à découvrir, tellement de cultures différentes qui cohabitent. À Paris, je me sens agressée, tout le temps.

Et tu a remis un pied au Canada depuis tes 16 ans ? C’est quoi tes souvenirs de ta vie d’avant ?

J’y suis allée plusieurs fois oui. J’ai beaucoup de souvenirs du Canada. Les voyages aux îles du golfe quand j’étais toute petite, les virées en camping-car avec mon père dans l’intérieur des terres, à l’époque il écrivait sur les demandes de récupération de terre des populations amérindiennes. Je me souviens aussi de quand on faisait des randonnées dans la vallée de Nishga’a. J’avais 6 ans. Je me rappelle de quand j’allais à la mer, seule, pendant l’hiver, quand il faisait froid, qu’il pleuvait des trombes et que tout était désert… Je me rappelle passer des heures à écouter les cornes de brume sur le port. Puis je me souviens de moments disons plus… urbains. Des vernissages, des soirées, des boîtes de nuit. Mes parents étaient entourés d’amis et de gens qui venaient de backgrounds très divers, j’ai été très vite exposée à des gens très particuliers, lumineux. Mais Vancouver a beaucoup changé. Quand j’ai quitté le pays, c’était une ville un peu punk, ouverte à la culture ; aujourd’hui, Vancouver est devenue une ville capitaliste. Ça m’écoeure un peu plus à chaque fois que j’y retourne..

Tu es plutôt sophistiquée niveau look, un peu androgyne même ; On doit souvent te prendre pour une lesbienne, non ?

Mince alors ! (elle rougit). C’est un compliment pour moi, à 100 %. D’ailleurs, j’ai tendance à plus regarder les filles que les mecs dans la rue (sourire).

Donc on te retrouve jeudi au Monseigneur pour la soirée de lancement de My Friend. Tu te sens comment, seule sur scène ?

Tu sais, la musique que je fais aujourd’hui, est beaucoup plus feutrée que Battant. Donc l’approche est totalement différente, mais je crois que je commence à prendre le coup. Avec C.A.R. Il s’agit moins de se laisser aller que de rester en contrôle. Au début, c’est quelque chose qui m’a un peu posé problème, car j’aime bien perdre un peu le contrôle, mais je crois que j’ai finalement trouvé une espèce d’intensité et d’émotion avec lesquelles je joue. Puis sur scène on a ajouté pas mal d’arrangements et du coup j’ai les jambes collées au micro ! (rires). J’ai vraiment adoré les dernières scènes que j’ai faites. J’espère que jeudi ce sera encore mieux !

Propos recueillis par Adeline

 

C.A.R. sera en live le jeudi 27 novembre au Monseigneur à Paris, toutes les infos  ICI 

 

 

 

Adeline

Caution musicale de la team et rédactrice en chef du mag Heeboo, Adeline est amatrice de sonorités brutes et de soirées sans façons. Elle aime : le bleu / ponctuer ses interventions de points / râler. Ses soirées à elle (et à tout le monde) : Sneaky Sneaky.

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One Comment

  1. C-M.C says:

    Pu*** … KTDJ : proud !

    J’espère que ce label français va se développer à sa juste valeur en europe et aux états-unis. exister et être présentes sur les scènes industrielle et post industrielle c’est essentiel en terme de communication.

    J’avais vu que C.R était déjà passée à la machine du M.R, n’étant pas dans l’industrie musicale moi-même, ça m’avait plutôt laissée de glace, mais grâce au militantisme culturel de BBX, je suis un peu plus curieuse de découvrir C.A.R “1 de ces 4″ à la WFM …

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