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OcéaneRoseMarie remonte sur scène avec Chatons Violents

Chatons violents, c’est le titre du nouveau spectacle d’Océane Rose Marie. Mais que les gouines à chats modèrent leur hystérie. S’il est question de minous, les boules de poils ne sont pas vraiment le sujet de ce spectacle à la fois léger et politique. Car ce qui intéresse l’humoriste, c’est d’abord la violence, celle qui s’exerce contre les autres, les femmes, les lgbt, les noirs, les musulmans… Interview.

Après un an et demi d’absence, qu’est-ce qui t’a poussé à remonter sur scène ?

Au départ, j’avais dit que je ne remonterais plus jamais sur scène, que j’avais dit tout ce que j’avais à dire, adieu ! Mais, j’ai été confronté à des choses, dans ma vie, qui m’ont donné à nouveau envie d’écrire. Faire de la scène m’a fait prendre conscience de la responsabilité de ma parole, je me suis rendue compte que c’était militant de faire ça, que je pouvais être un porte-parole pour les lesbiennes : parler de la pma, de la gpa, de la prostitution, du racisme… Bon, ça à l’air chiant quand j’en parle comme ça, mais je vous assure, le spectacle est très drôle !

Chatons violents, ce n’est pas la suite de La lesbienne Invisible ?

Pas du tout. Je voulais vraiment éviter de faire La lesbienne Invisible 2, le retour. Même si j’aborde toujours des sujets personnels, il s’agit d’un spectacle plus mature, avec des thématiques beaucoup plus « adultes ». Dans La lesbienne invisible, je parlais de ma communauté d’adoption, les gouines. Dans Chatons violents, je parle de ma communauté d’origine, les bons blancs bobos, la gauche caviar si tu préfères. Oui, je le dis, je suis bobo et j’assume ! Mais parfois, je ne suis pas vraiment d’accord avec ma communauté. C’est ça le point de départ du spectacle.

C’est quoi la communauté BBB exactement ?

Une gauche embourgeoisée, caractérisée par une certaine assurance, des privilèges, une notion d’élite intellectuelle et culturelle. Qui pense que le fait d’être de gauche suffit à être intouchable. Il y a un vrai revirement réactionnaire en France aujourd’hui. Les manifs contre le mariage pour tous, les débats autour du voile, l’abolition de la prostitution, ça a été un vrai déclic dans ma prise de conscience citoyenne. Dans Chatons violents, je voulais parler de la façon dont les gens de gauche n’arrivent pas à se positionner dans un monde de plus en plus complexe et réactionnaire. Cette violence qui s’installe sournoisement, comment on y répond ? Est-ce qu’on est armé ? J’essaye d’aborder le sujet périlleux du racisme de gauche par exemple.

Comment toi, “bonne blanche bobo”, as-tu pris conscience de tes privilèges ?

En fait, le fait d’être lesbienne m’a exclu du groupe des bbb. J’ai du m’identifier à d’autres groupes sociaux, et peu à peu, m’ouvrir à d’autres minorités. J’ai pu discuter avec des militantes, échanger, et en tant que minorée, j’ai ressenti un forme de solidarité. J’ai pris conscience que nous, en tant qu’ élite de gauche, on pouvait oublier de s’adresser aux personnes concernées. Quand tu entend Nadine Morano se plaindre d’une femme voilée à la plage et qu’ensuite sur RTL, des bons monsieurs discutent de savoir si elle est opprimée, tu te dis “mais arrêtez de parler à la place des gens ! Invitez là !”. A partir de bons sentiments, on peut être extrêmement violent. C’est ça un peu le problème de la gauche aujourd’hui.

Tu te considères comme une artiste engagée ?

Il y a des humoristes qui montent sur scène et qui veulent faire rire les gens en trouvant la meilleure vanne. Moi, je suis plus dans une recherche de transgression, j’ai envie de faire passer des messages, de la façon la plus marrante, la plus distrayante possible mais de bousculer le public. Je suis portée par l’excitation de dire des conneries… Enfin, j’espère que je n’en dis pas trop !

Est-ce que tu parles quand même des lesbiennes ?

Bien sûr ! J’ai toujours mille choses à dire sur les lesbiennes ! Dans le spectacle je parle de la galère du couple lesbien, parce que tu ne peux pas sortir d’arguments féministes quand l’autre ne fait pas la vaisselle. Je parle aussi des parisiens râleurs qui partent s’installer à Marseille, puis qui s’installent à Montreuil, ce qui permet de continuer à critiquer paris tout en y passant le plus clair de son temps. Je parle aussi du message de Jesus, mais pour en savoir plus, il faut venir voir le spectacle.

Il parait que tu veux adapter La lesbienne Invisible au cinéma. On a le droit à quelques infos croustillantes ?

Alors pour le coup, c’est plus la suite qu’une adaptation. Je reprend les mêmes personnages que dans le spectacle. J’avais envie depuis longtemps de réaliser une vraie comédie romantique lesbienne, parce que ça n’a jamais existé en France, à part peut-être Gazon Maudit. Si tu regardes la production cinématographique française, les films avec des lesbiennes tournent toujours autour de la thématique du coming-out : une hétéro sur le point de se marier qui tombe amoureuse d’une lesbienne… Donc le projet, c’est de sortir complètement de la problématique du coming-out : l’histoire tourne autour de deux nanas, tout le monde sait qu’elles sont lesbiennes, c’est accepté, c’est normal. L’héroïne, une fille qui a eu 450 exes, tombe amoureuse d’une fille qui en a deux : comment peuvent-elles réussir à se faire confiance et à construire quelque chose ? Ce n’est pas un film sur les lesbiennes en soi, mais sur l’engagement, sur des trentenaires.

C’est dur de vendre un projet de ce type ?

C’est un gros pari, car non seulement je n’ai jamais fait de cinéma mais je ne suis pas un grand nom qui fait vendre. Donc il faut convaincre les distributeurs, les partenaires financiers… Si tout va bien, le tournage devrait commencer au printemps. Et j’ai déjà de beaux noms au casting, Camille Chamoux, Michèle Laroque, Alice Pol…

Pour finir, peux-tu nous parler de tes adorables chats ?

Craquinette et Froustinette ? Je tiens beaucoup à leur anonymat alors je ne dirai que leur nom de scène. L’un est un birman, l’autre un maine coon. C’est tout ce que je peux révéler.

Chatons violents, à la Comédie des Boulevards, du 9 décembre au 7 janvier.

 

Propos recueillis par Lubna

 

 

Lubna

Grande rêveuse devant l'éternel, Lubna aime les livres, les jeux de mots et les nichoirs en forme de ponts. Elle écrit sur l'art, avec un petit a : bd, illustration, photo, peinture sur soie. Twitter : @Lubna_Lubitsch

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