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But what was she wearing ? Dire et documenter le harcèlement de rue

Le harcèlement de rue est une des formes de violence quotidienne les plus insidieuses, les plus fatigantes – émotionnellement et physiquement – et, surtout, les plus royalement ignorées.

Et pourtant, rares sont les femmes qui n’ont jamais fait l’expérience de tous ces ignobles petits rabaissements du quotidien : les passants qui ne réagissent pas, les mecs qui deviennent violents quand on ose ne pas se soumettre à leur regard, les « ce n’est qu’un compliment, tu exagères », les stratégies, les postures, les démarches qu’on s’invente pour échapper aux remarques, se rendre invisible, petite, non victimisable.

Et surtout, surtout, la question qui revient toujours, et qui est souvent sous-entendue quand elle n’est pas explicite : celle de la raison, de la faute, « elle l’a cherché », « si tu ne veux pas te prendre de remarques tu n’as qu’à pas t’habiller comme ça », « mais tu portais quoi ? ». Déni constant du fait que l’espace public n’est toujours pas sûr pour les femmes, déni toxique au plus haut point parce que nous sommes allées jusqu’à l’intérioriser : ce réflexe qu’on a presque toutes eues de s’habiller d’une certaine façon, cette illusion qu’on sera plus en sécurité couvertes, discrètes, pudiques, avec une jupe plus longue, des talons moins hauts, un pantalon, un gros manteau.

Mais il existe des armes contre le déni et l’intériorisation. Le tumblr But What Was She Wearing ? a été créé afin de permettre aux femmes victimes de harcèlement de documenter très précisément ce qu’elles portaient ce jour-là, sous forme de photos ou de récits. Jupes courtes ou gros sweat, slims ou manteau d’hiver, avec ou sans hijab, uniforme, déguisements d’Halloween, short, robe, parka : la conclusion sans appel de cette collection de récits et de photos et que rien, absolument rien, ne permet de corréler tenue et harcèlement de rue. « Je descendais mes poubelles », « j’étais déguisée en zombie », « j’étais au labo en blouse blanche », « au supermarché avec ma fille de trois ans ». Il semble incroyable que de nos jours une telle justification soit encore nécessaire, mais ce tumblr constitue un fonds précieux pour qui aurait besoin de se rafraîchir la mémoire et pour clouer le bec ceux qui refusent encore d’attribuer la responsabilité aux harceleurs.

De la même façon, le réseau Hollaback (un site par pays, voire par ville) fonctionne comme résistance à l’effacement ou la minimisation des agressions et micro-agressions que des milliers de femmes et personnes LGBTQI subissent tous les jours. Les sites permettent de documenter et de géolocaliser ces agressions, et proposent quelques outils pédagogiques comme une liste de mythes insidieux sur le harcèlement de rue ou encore des stratégies variées pour intervenir dans des situations concrètes.

 Lire ces témoignages les uns après les autres n’est pas toujours facile ; la litanie est infinie, écrasante, déprimante, et surtout terriblement familière. Mais elle est nécessaire afin de lutter, jour après jour et post après post, pour la visibilité d’une forme de domination encore trop prise à la légère, et pour espérer constituer un jour un véritable réseau de soutien et de prévention.

Kit

 

 

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