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La mi-mandat aux Etats-Unis, ce que ça change pour les minorités

Les « midterms elections », les élections de mi-mandat du Président des Etats-Unis sont une tradition électorale depuis 1845. C’est surtout l’occasion pour les électeurs d’exprimer leur (mé)contentement par les urnes. Considérées comme un référendum de l’action du Président en place, elles permettent aux Américains de choisir leurs représentants et renouveler un tiers des sénateurs. Cette année, Barack Obama s’est pris une raclée monumentale. Mais au fond, ça change quoi ?

Bonne grosse gifle pour le pouvoir en place, bien que prévisible. Avant les midterms, les republicains contrôlaient la Chambre des Représentants et les democrates avaient une courte majorité au Sénat. Les républicains contrôlent aujourd’hui la chambre des représentants ainsi que le Sénat, une première historique. Concrètement, ça veut dire quoi ? République fédérale et présidentielle, le fonctionnement du pouvoir aux Etats-Unis est partagé entre le Congrès qui crée les lois, le Président qui les exécute et la Cour Suprême qui les interprète. Le Congrès est composé de deux chambres, la Chambre des représentants des Etats-Unis, qui représente les citoyens américains, ainsi que le Sénat, qui représente les états fédérés.

Des référendums locaux sur l’avortement, le mariage homo, les boissons sucrées…

L’issue du vote des midterms du 4 novembre a donc modifié la répartition du Sénat, à l’avantage des  républicains. Bien que prévisible, cette victoire a une incidence directe sur la marge de manœuvre de Barack OBAMA à mener à bien ses réformes (loi sur l’égalité salariale ou loi ENDA contre la discrimination LGBT au travail…), un peu à l’image de ce qui se passe en France lors d’une cohabitation. Car les midterms sont accompagnées d’élections locales pour les gouverneurs, chef de l’éxécutif d’un Etat des Etats-Unis, qui sont relativement puissants puisque les Etats-Unis sont une fédération d’Etats souverains.

Ce sont les gouverneurs qui organisent dans leurs Etats les référendums sur les sujets de société comme le droit à l’avortement, la légalisation du cannabis, des questions sociales… et bien sûr les questions liés à l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, comme en Arizona. Fort heureusement, la question se joue surtout dans les tribunaux fédéraux où la tendance actuelle est d’étendre cette évolution des droits à tous les états. Aujourd’hui 31 Etats sur 50 ont ouvert le mariage à tous les couples, et des procédures judiciaires sont en cours contre les interdictions légales dans la plupart des autres Etats…

Toujours pas de loi sur l’immigration

Ce devait être une des grandes réformes d’Obama, celles que les électeurs hispano-américains attendaient depuis son élection. Mais l’annonce, en septembre, du report à une date ultérieure -”après les élections”- de la réforme de la politique d’immigration a provoqué la consternation. Il faut dire qu’Obama a expulsé plus d’étrangers en situation irrégulière en cinq ans que Buch en huit (2 millions selon les chiffres officiels) et que ses belles promesses de régularisation ont finalement fait place à une politique d’expulsions massives. Résultat : les hispano-américains ne se sont pas déplacés pour les mid-terms et Obama a encore moins de chance de faire passer sa réforme.

100 Femmes au Congrès

On préférera retenir de ces midterms deux faits historiques : l’élection des deux premières noires-américaines au Congrès et le franchissement de la barre des 100 femmes élues au Congrès.

Mia Love est la première républicaine noire-américaine à être élue au Congrès pour l’Utah, Etat où la majorité de la population est blanche, très conservatrice et dans lequel seulement 1,3% des habitants sont noirs. Mia Love est un paradoxe, de confession mormone donc théoriquement conservatrice, elle est féministe et issue d’une minorité visible ce qui l’a amené à défendre des causes democrates (égalité salariale etc.). Mia Love est une aubaine pour les republicains de casser leur image de parti anti-progressiste et leur permettra d’attirer plus de « vote de minorités » pour les présidentielles à venir. 

 Mia Love et Bonnie Watson Coleman / Crédit photo : Japan Times

Bonnie Watson Coleman est la première noire-américaine à représenter l’Etat du New Jersey (Etat en face de la ville de New York) au Congrès, cela faisait 30 ans qu’aucune femme n’avait représenté cet Etat. Issue du parti démocrate, Bonnie Watson Coleman a mis en avant durant sa campagne les thèmes de création d’emploi, droits LGBT et droits des femmes.

L’évolution vers une parité est encore lente et la proportion de femmes au Congrès n’équivaut pas à leur proportion dans la population américaine. Le nombre de femmes sénatrices stagnent lui à 20, et bon nombre d’entre elles sont contre l’avortement et l’ouverture du mariage aux couples homosexuels.

La fin du second mandat de Barack OBAMA s’annonce donc difficile. Son action risque d’être paralysée et il sera forcé de jouer de son droit de veto pour bloquer certains projets de loi votés au Parlement. Du côté fédéral, il y a encore de l’espoir pour l’avancée de certains droits mais la loi ENDA ne passera sans doute pas. Les républicains, même s’ils sortent vainqueurs des midterms, devront être stratèges pour montrer au pays qu’ils peuvent gouverner en 2016 en proposant des lois bénéficiant à tous. Une mauvaise stratégie pourrait au contraire aider les démocrates à gagner les prochaines présidentielle, surtout si Hillary CLINTON officialise sa candidature…

Emmanuelle

 

 

 

One Comment

  1. Elo says:

    You rock

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