Fuck-Dolls

Porn Film Festival de Berlin 2014 : les femmes s’emparent du porno

Ce qu’il y a de bien avec les festivals de cinéma alternatif, c’est qu’il vous permettent de voir des films très diversifiés, entre chef-d’oeuvres d’esthétisme et projets amateurs. C’est peut-être ce qui fait à la fois la faiblesse et la force du Porn Film Festival de Berlin.

Si la vidéo a été l’outil premier du militantisme pour les féministes de la première heure, le cinéma porno peut-il être l’outil des féministes pro sexe d’aujourd’hui ? Car comme l’a si bien dit Annie Sprinkle en 2001 : « La réponse au mauvais porno n’est pas d’interdire le porno, mais de faire des meilleurs films pornos ». Le porno mainstream ne plaît pas forcément à tout le monde, il est aussi le reflet d’une société dans laquelle les relations sexuelles sont très hétéronormées. Les festivals de cinéma porno de ce genre permettent d’appréhender la diversité des pratiques sexuelles et remettent en question ce que l’on met derrière le mot “porno”. Qu’est-ce que le porno finalement ? Une pénétration ? Un sexe en gros plan ? La définition du CSA ?

Le porno est un outil d’excitation, de masturbation, mais dans la mesure où nous ne sommes pas excitées par les mêmes choses, définir le porno en fonction de sa capacité à exciter serait donc péremptoire. Un film n’a d’ailleurs nullement besoin d’être porno pour susciter en nous des émois sexuels et finalement, à l’instar du cinéma, le porno suscite des émotions. La différence réside dans le fait que les scènes de sexe sont explicites mais là encore nous ne saurions nous avancer sur ce qu’est une relation sexuelle puisque cela diffère d’une personne à une autre.

Le porno est un vaste champ qui reste encore à être explorer. Si le cinéma généraliste demeure encore trop sexiste, ne permettant pas une véritable visibilité des personnes queer ou appartenant à des minorités ethniques, alors le porno est peut-être l’outil à saisir pour mettre en lumière les minorités. La révolution commence dans la chambre, pas vrai ?

Au festival de cinéma porno de Berlin, on voit émerger de nouvelles réalisatrices : des nanas qui ont des choses à dire sur la sexualité, qui saisissent la caméra et qui apprennent sur le tas. Elles sont aussi devant la caméra, souvent, elles font les deux à la fois. Elles sont là, on parle d’elles. D’ailleurs, sur les trois cinéastes mis en valeur au festival, trois sont des femmes. Le point de vue des femmes est enfin mis en avant et le male gaze, qui prime dans le cinéma généraliste comme dans le porno mainstream, se retrouve aux oubliettes.

Ainsi, j’ai été étonnée de voir que les femmes étaient fortement présentes au festival et j’ai sélectionné pour vous non pas des films qui m’ont particulièrement marqué lors du festival mais surtout des réalisatrices qu’il va falloir suivre ces prochaines années.

Je vais commencer par le tout dernier film que j’ai vu au Festival et qui m’a particulièrement plu : Momentum de Michelle Flynn. Cette réalisatrice australienne n’en est pas à son premier film. Un autre, projeté dans le cadre des Female porn shorts est un éloge à la masturbation féminine. Filmé en noir et blanc, Liandra Love est émotionnellement fort. Momentum, plus léger et dont le scénario reste encore un peu bancal nous permet d’assister à une scène de sexe lesbien absolument époustouflante. Je n’ai jamais vu une scène de cul dans laquelle j’avais l’impression d’être moi-même projeté à l’écran. La scène est fougueuse, passionnelle et suave et les actrices ont l’air de vraiment prendre leur pied. Michelle Flynn se concentre sur les émotions de ses personnages, c’est ce qui fait d’elle, selon moi, une réalisatrice innovante, et donc, à suivre.

Lors du Festival, une réalisatrice que l’on connaît déjà était mise en avant. Elle est à l’origine des Crash Pad series : Shine Louise Huston. Les films, construits comme des épisodes veulent montrer des relations sexuelles queers authentiques. Même si les scénarios sont parfois assez tirés par les cheveux, les dialogues sont bons et c’est plein d’humour.

Enfin je vous avais déjà parlé d’elle l’année dernière : Zahra Stardust, au look Paris Hilton version beaucoup plus trash et beaucoup plus drôle. Le court métrage Fists are for fucking, not fighting, réalisé par Ms Naughty, mettant en scène Zahra elle-même récitant une lettre, était un film puissant sexuellement et politiquement. Cette année, Zarha est arrivée avec Fuck Dolls. Ingénieux et drôle, on la voit notamment s’enfoncer les jambes d’une poupée barbie dans la chatte alors qu’elle est elle-même déguisée en poupée.

Je ne pourrais pas terminer cet article sans évoquer d’autres performeuses ou réalisatrices porno qu’il faut continuer à suivre : Jiz Lee, les Four Chambers et Ortie, Ms. Nautghy ou encore et toujours Courtney Trouble. Parce que je pense que ce qui va suivre va être vraiment excitant. Sexuellement sans doute, mais émotionnellement, surtout.

 

Sarah

 

Photo de couverture, photo 1 & 2 : Zarha Stardust

Sarah

Sarah parle de cul et d'amour mais aussi de bouffe vegan, de genre et de féminisme. Passion vélo et gingembre addict. Nouvellement vidéaste, elle espère flooder la toile de sa vision du porno. Twitter : @sarahdevicomte

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3 Comments

  1. V13 says:

    Mouif… enfin… depuis des décennies que nous nous “emparons” des formes structurelles de cette société ou que nous nous les “réapproprions”, que nous les déclarons “outils”, “neutres” pour ne pas dire le “naturelles” que nous pensons pourtant très fort, nous n’avons guère réussi qu’à perpétuer celle-ci, avec toutes ses conséquences (et à nous lamenter sur “pourquoi ça marche pas ?”). Si nous tentions d’être un peu matérialistes, et à ne plus croire à l’essentialisme qui veut que “si on “est” “autre”, si on fait la même chose ça va donner une autre résultat, ça serait peut-être une échappée. Mais nous avons résolument mis Solanas à la poubelle.

  2. C-M.C says:

    @ V13,

    wouai mais faut relativiser. “tout ça” c’est créatif, inventif de façon alternative …
    sur BBX, c’est le mot femme qu’il faudrait retenir dans cet article sur le porno, mais en réalitéS, je pense qu’il s’agit de retenir le terme : queer quand il s’agit de pornos au féminin.

  3. Manon Manon says:

    Et heu…hum… comment peut-on avoir accès à ces films ?

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