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Etre lesbienne à Bruxelles

Ah Bruxelles ! Sa bruine incessante, ses locaux blagueurs, sa nourriture calorique et ses hectolitres de bières déversant leur mousse onctueuse dans nos gosiers insatiables ! Ça, c’est pour le cliché. Mais que se cache-t-il derrière les rangées de moules frites ? La vie est-elle douce pour les lesbiennes de la Capitale belge ?

Bruxelles, capitale gay-friendly ?

Christos Doulkeridis, le ministre bruxellois du Tourisme ne le cache pas, il veut faire de la Capitale belge LA destination gay-friendly d’Europe. Un eldorado de fêtes et de rencontres. C’est donc dans le cadre du Girls Heart Brussels, une initiative de l’office du tourisme belge, que je débarque à BXL en ce froid vendredi d’octobre. Un week-end entièrement consacré à la culture lesbienne et féministe bruxelloise, durant lequel j’ai la ferme intention de me frotter à la vie locale (et de faire des contests de blagues aussi, mais chut).

Bruxelles a de quoi faire des envieux. Sa Gaypride est fantastique, son quartier gay animé, les festivals de cinéma lgbt nombreux (Tels Quels, Pink Screens)… Seul hic : les soirées lesbiennes se comptent sur les doigts d’une main (citons notamment la Rebellious Dollss et à plus grande échelle, la Velvet 69).

Il existe en revanche un grand nombre de soirées mixtes. Delphine Von Katz, créatrice de lingerie et membre active de la Rainbow House organise depuis cinq ans la célèbre Mon Cul Ta Praline, fête queer mixte et débridée où culture alternative rime avec programmation de qualité. « Ici à Bruxelles, les gens sont plus relax, les boissons moins chères. Les gens sortent plus pour s’amuser et moins pour se montrer». Sa soirée, qui rassemble à chaque édition entre 300 et 500 personnes, se veut conviviale et bon enfant, avec tombola, déguisements et performances loufoques.

Une joyeuse personne déguisée en cornet de frites

Où sont les femmes ?

La fête bruxelloise semble se caractériser par un cloisonnement moins prononcé qu’à Paris entre communautés gays, lesbiennes et straight. En tant que française, on se sent tout de suite accueillie, l’atmosphère est chaleureuse. Les fêtards se mélangent, comme à la Black Out ou à la CatClub, soirées friendly à la programmation électro pointue, organisées par Jane, qui prône l’« open-mindedness ». Reste qu’en dehors des soirées, aucun lieu exclusivement lesbien ne brille en Wallonie. Une question me taraude : les lesbiennes fréquentent-elles les lieux gays ou friendly faute d’espaces dédiés où sont-elles tout simplement mieux accueillies ?

Au Fontainas, bar gay hype du centre à la décoration soignée, des lesbiennes lookées sont nombreuses en ce dimanche soir. Face au DJ qui s’active au fond de la pièce, elles dansent avec conviction, malgré la perspective d’un prochain retour au travail. La Rainbow House, bar associatif tenu par l’équivalent de L’inter-LGBT bruxellois, se trouve à seulement quelques rues. L’ambiance y est plus militante, des bandes de filles s’emploient à titiller le baby-foot, sur fond de musique rock. En effet, il y a ici davantage de filles, mais le lieu reste, une fois encore, étiqueté LGBT. « Ce serait cool d’avoir un café et quelques bars plus ciblés pour les filles », affirme Lisa, photographe freelance.

Mais alors, comment font les gouines pour draguer ? « Elles se rencontrent sur internet ! » continue Lisa, « Ma copine et moi on est l’archétype même d’une rencontre de notre génération, on a “matché” sur tinder, on s’est croisé en soirée, on a bu des cafés, fait des ballades en forêt, je lui ai offert des verres, on est aller à des vernissages, pris le temps de se faire désirer, puis on s’est mise ensemble sans se presser.»

La Rainbow house

Bruxelles, un espace safe ?

Le mélange entre LGBT semble se faire naturellement, sans guerre de territoire, mais le constat m’attriste : dans une ville qui se réclame capitale lgbt européenne, le « Géant gay » semble encore et toujours couvrir de son ombre les lesbiennes, bies et trans. Pour Delphine, au contraire, la mixité est la preuve que les choses changent dans le bon sens : « J’aime la mixité dans les lieux de sortie. Ça correspond aussi à une évolution législative. Les LGBT ont davantage de droits en belgique, cela décloisonne les “communautés”.»

La Belgique est en effet le deuxième pays à avoir légaliser le mariage homo (en 2003). Mine de rien, cela en dit long sur l’évolution des mentalités. Si un cortège bleu et rose serait impensable en Belgique, la réapparition récente d’un pan très nationaliste de l’extrême droite (le VMO) en effraie plus d’une. Pour Lisa, l’arrivée au pouvoir de personnalité comme Jan Jambon ou Théo Franken n’est pas une bonne nouvelle pour l’égalité des droits et la lutte contre les discriminations :  «Les nationalistes s’inquiètent d’abord du sang avant de s’enquérir du genre alors selon moi on ne sera pas les premiers visés, mais clairement pas les derniers non plus». Pour Delphine, la plus grosse menace, c’est d’abord le pink-washing : « J’ai l’impression que les nationalistes belges essaient de séduire les LGBT ». Si l’extrême droite ne menace pas directement les droits acquis, le risque d’une récupération du vote homo à des fins politiques n’est pas loin.

La PMA est ouverte aux couples de femmes en Belgique

« Je crois que ce dont nous avons tous très envie maintenant en Belgique c’est d’être respecté par une autre communauté, la communauté religieuse par exemple. C’est fatiguant de se faire insulter ou klaxonner quand tu marches avec ta copine main dans la main. Et puis ce n’est pas si safe. Donc c’est vrai qu’ici nous avons acquis des droits, mais nous ne sommes pas pour autant en sécurité.» ajoute Lisa.

Comme quoi, même au paradis législatif des homos, le combat est loin d’être fini.

Lubna

Lubna

Grande rêveuse devant l'éternel, Lubna aime les livres, les jeux de mots et les nichoirs en forme de ponts. Elle écrit sur l'art, avec un petit a : bd, illustration, photo, peinture sur soie. Twitter : @Lubna_Lubitsch

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One Comment

  1. Où puis-re,contrer des dames de 55 à 75 ans?? Merci

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