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Super-héros : vers plus de diversité ?

Les super-héros reviennent en force. Dans un domaine encore très masculin et hétérosexiste, qui se sert souvent de « minorités » à titre de quota ethnique ou de frisson érotique, il existe pourtant quelques raisons d’espérer que l’industrie évolue, avec quelques décennies de retard, vers une diversification de ses personnages et une réflexion plus approfondie sur les récits présentés.

Cela fait un moment que les blockbusters nous matraquent de super-héros, de reboots et remakes plus ou moins réussis (Spiderman), plus ou moins dark (Batman), de films entrecroisés (les interminables Avengers) de spin-offs et de séries (Agents of S.H.I.E.L.D.)… Et DC aussi bien que Marvel viennent d’annoncer chacun au moins une dizaine de films qui vont blinder le box-office jusqu’en 2019.

L’industrie du comic de super-héros est encore largement dominée par des hommes. Donc, inévitablement, très sexiste. Même quand des maisons d’éditions font des efforts louables de diversification de genre (le nouveau Thor féminin, par exemple), les dessinateurs semblent encore congénitalement incapable de représenter leurs personnages féminins autrement qu’en bikini de combat, seins en obus et cuisse saillante. Batwoman, de par une décision de DC comics, n’a pas eu le droit d’épouser sa fiancée Maggie Sawyer. Et même un personnage comme Wonder Woman représente un féminisme sexualisé et ultra-féminin qui, entre les mains de mauvais scénaristes, peut facilement tourner au désastre.

Extrait de Young Avengers

Et pourtant, il arrive que quelques publications (je parle ici de comics mainstream et de l’environnement sexiste, raciste et hétéronormé dans lequel ils existent) sortent du lot. Voici trois exemples de parutions récentes qui marquent peut-être – osons l’espérer ! – un changement de la politique représentationnelle des grandes maisons d’édition.

Young Avengers # 1-15, Kieron Gillen et Jamie McKelvie

La dernière incarnation des Young Avengers – imaginez un groupe alternatif d’Avengers en plus jeune sauvant l’univers sur fond de culture pop adolescente – fait particulièrement bien les choses pour une bande dessinée mainstream. Un couple gay est introduit dès les premières pages, et la série est ponctuée par le dévoilement nonchalant des sexualités de ses divers personnages – jamais utilisé à des fins sensationnalistes comme c’est encore souvent le cas.

Avec une lesbienne, deux gays, un bisexuel et deux personnages pansexuels/fluides, le groupe des Young Avengers se retrouve en fin de série presque entièrement composé de personnages non hétérosexuels. Chose assez inhabituelle dans un média mainstream publié par une aussi grande maison d’édition, et qui mérite d’être souligné. Et le seul personnage encore hétérosexuel se retrouve joliment remis en question dans le dernier volume.

Batgirl # 35, Cameron Stewart, Brenden Fletcher, Babs Tarr et Maris Wicks

Batgirl a été relookée – certes, ça reste plus ou moins moulant et sexy, mais au moins elle porte des Doc Martens et des habits semi-fonctionnels au lieu de combattre ses ennemis en Louboutins et Spandex galbant. Mais c’est surtout le thème du dernier numéro qui est intéressant : en effet, l’ennemi est Riot Black le meneur d’un groupe de criminels qui volent photos et informations personnelles de leurs victimes, principalement des jeunes femmes. Le thème est d’une triste actualité, et le fait que Batgirl venge les victimes de Riot Black en le prenant à son propre jeu (un Snapchat contenant un code QR qui efface toutes ses données) est un commentaire subtilement féministe de cette forme particulière de violence.

Catwoman # 35-37, Genevieve Valentine et Garry Brown 

Enfin, une nouvelle série Catwoman vient de voir le jour. L’auteure de ces numéros est Genevieve Valentine, qui a déjà publié trois romans et plusieurs excellentes nouvelles, et qui est de surcroît une blogueuse absolument délicieuse. Au vu de la sensibilité aiguë à des questions de féminisme, d’intersectionnalité et de représentation qui transparaît dans tout ce qu’elle a écrit jusqu’ici, on est en droit d’attendre des intrigues un peu réfléchies et un personnage complexe et intéressant. Et après avoir subi les contorsions en talons aiguille et cuir moulant de Anne Hathaway dans l’affreux The Dark Knight Rises, ça fait plaisir devoir Selina Kyle en costume sobre et en chaussures dans lesquelles il est possible de marcher, courir et mettre des beignes à ses ennemis sans risquer une entorse par minute.

 

Kit

Kit

Kit est un croisement entre ta prof de lettres préférée et un monstre sous-marin tentaculaire énervé et misandre, un animal hybride qui hante les bibliothèques et les failles spatio-temporelles.

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One Comment

  1. yana says:

    Et toujours présent et qui continu “batwoman” avec son personnage principale lesbien !

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