1_photo_4

Bande de filles, épidermique et jouissif

Enfin, le voici ! Trois ans après le délicieux Tomboy et quelques mois après avoir fait l’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs, Bande de filles de Céline Sciamma sort aujourd’hui sur nos écrans. Verdict.

Fous rires à répétition, sifflements, l’ambiance survoltée de la projection où nous étions, n’a pas empêché l’émotion de submerger les spectateurs. Bande de filles conclue magistralement ce qu’on pourrait qualifier de «trilogie » sur la construction de soi. Après l’enfance avec Tomboy et l’adolescence avec Naissance des pieuvres, c’est cette fois sur le passage à l’âge adulte que se penche Céline Sciamma. Un cap douloureux pour Marieme, l’héroïne du film, que l’on suit à chaque plan pendant presque deux heures, entre un frère violent, une mère absente et le carcan qui oppresse les filles des « cités ».

Après les banlieues pavillonnaires de ses deux précédents films, c’est en effet dans les « quartiers » que Sciamma pose cette fois sa caméra. Pas ne pour faire un documentaire ni parler de faits divers, non. Plutôt pour donner à voir ce que l’actualité ne montre jamais. La banlieue du point de vue des filles. Des filles noires de surcroit. Les « absentes » comme la réalisatrice les appelle.

Et pour les rendre visibles, la réalisatrice choisit de donner corps à ces jeunes filles, au sens le plus concret du terme. Car Bande de filles est d’abord une histoire de chair. Des peaux filmées au plus près, des mouvements chorégraphiés, les femmes occupent un espace qui leur est d’habitude refusé. Une façon de reproduire sur grand écran la déambulation des adolescentes qui fascinaient Céline Sciamma au Forum des Halles. Cette ambivalence entre le groupe soudé, frontal, et les individualités qui se détachent, « insulaires » et provocantes.

C’est donc physiquement que le film explore les tourments de ses héroïnes. Par les changements physiques de Marieme, tour à tour jeune fille timide et recroquevillée, femme provocatrice et affirmée, ou tomboy  qui doit se faire discret. Par les cheveux, que l’on libère ou que l’on cache, que l’on se fait couper par punition ou détacher par provocation. Par la danse, enfin, omniprésente dans le film, qui marque les étapes de l’amitié des quatre filles, et constitue, par la chorégraphie sur Diamonds de Rihana, un point d’acmé jouissif.

Un parti pris subjectif et exclusivement féminin que la réalisatrice assume, malgré les attaques dont elle fait récemment l’objet de la part des « anti djendeurs », opposés à la diffusion de Tomboy dans les écoles. A un spectateur dans la salle qui lui demande « pourquoi elle en veut tant aux hommes », Céline Sciamma, rodée, répond donc calmement : « Je n’en veux pas aux hommes, j’en veux au monde qui les a créé. »

De fait, si Bande de filles est un film politique, il n’a rien de vindicatif. L’idée de la réalisatrice est de poser un regard de cinéaste sur un monde qu’elle ne connaissait pas. « Je ne me suis pas documentée, explique t-elle. J’ai travaillé sur la base de l’intuition, de mes ressentis. Puis j’ai soumis le scénario aux actrices pour voir si je n’étais pas à côté de la plaque. » L’étape la plus « flippante » du processus d’écriture selon elle. Mais à voir l’aisance des filles à l’écran, et l’énergie qui se dégage du film, on se dit que le pari est largement réussi.

Bande de filles  de Céline Sciamma, 1h52, France, en salles aujourd’hui.

Margaux

7 Comments

  1. lutin says:

    Tiens, c’est marrant, quand un réalisateur fait trois fois d’affilée des films dont tous les héros sont des hommes, personne lui demande pourquoi il en veut tant aux femmes.

    (enfin, je sais pas pourquoi ce genre de commentaires débiles me surprend encore)

  2. Helene says:

    L’article donne envie de découvrir ce film en tout cas =) L’héroine est magnifique

    Les métisses apparaissent un peu plus souvent dans les séries et les films globalement,mais il n’y a pas beaucoup de représentation d’africaines “ébène” disons, ça change et ça permet de montrer un autre visage que les vieux souvenirs stéréotypés de certains =p

  3. reas says:

    allez le voir, il est génial

  4. Kido says:

    Ca se remarque au bout de 5mn que la réalisatrice ne s’est pas documentée. Je trouve que ce film n’est qu’une succession de clichés d’une réalisatrice bobo qui croit peindre un tableau de la jeunesse oubliée.
    Au niveau de la réalisation, j’aimerais discuter justement avec Sciamma pour savoir comment elle a préparé ses plans: une réalisation disparate digne d’un étudiant BTS Image. Toujours cette mise en scène où pas une seule émotion n’est mise en valeur. Finalement, sa plus belle et seule scène reste la scène de la danse dans l’hôtel (mise en scène, réalisation, et photo).
    Un film qui ouvre la Quinzaine ? On sent les contacts d’une réal qui s’est formée au scénario à la Femis.
    J’attends quand même le prochain en espérant qu’elle fera un vrai bon film et non pas un support comm’ relayé par tous les médias qui aiment le cinéma pseudo intello de gauche bien-pensante.

  5. Artemisia.g says:

    Très beau portrait de meuf! Et puis, je sais pas si c’est moi, mais il y a une sacré charge érotique dans cette bande (bon j’avoue, c’est pas très sérieux cinéphiliquement parlant, mais j’ai passé mon temps à les regarder libidineusement, elles sont toutes vraiment super hot!).
    Petite réserve à l’égard du regard posé sur “LA” banlieue (comme si c’était un concept monolithique). Sciamma dit ne pas s’être beaucoup documentée et être partie de ses intuitions… bah ça se voit. Je trouve qu’elle est pas toujours très crédible (le personnage de l’espèce de “capo” mac-dealer est juste risible). En fait, la deuxième partie est un petit peu brouillon, on se croirait dans un mauvais film de gangster. Mais il faut y aller pour Marieme, l’héroïne :)

  6. C-M.C says:

    bon alors, si les gouines parisiennes de BBX et Well Well Well en parlent, c’est bien que C.S est un phénomène réel au cinéma.

    si je le nomme : nouvelle vague (française) … alors, ceci expliquant cela, elle en est ! 8-)

    @Kido, il paraît que c’est bien la Femis pourtant …

Leave a Comment

*