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Du stalking au harcèlement, il n’y a qu’un pas

Du stalking, on en a toutes un peu fait : qu’il s’agisse de mater les photos d’une fille que l’on veut draguer ou d’une exe dont on a du mal à se séparer… Il n’y a rien de mal à se renseigner sur sa future amoureuse ou sur son passé. Mais où se trouve la limite avec le harcèlement ? Quand faut-il s’arrêter?

“Quand il m’a donné son adresse, je suis venue me poster à quelques mètres pour observer le bâtiment, et j’ai squatté là une bonne heure. Insérez ici votre titre de film d’horreur préféré.”

Dans un article pour GQ magazine, la bloggueuse sexe Maia Mazaurette explique qu’elle est capable de rester une heure devant l’immeuble de sa target. Elle ajoute qu’elle vérifie toujours les informations sur la personne qui l’intéresse sur le net ; étant déjà sortie avec un mythomane, elle justifie son enquête par un besoin d’éviter les risques.

En soi, c’est explicable et compréhensible. On a toutes des névroses qu’on a pas encore réglées, des trucs qu’on fait et qu’on ne devrait pas faire. Le problème de cet article, c’est qu’il érige un comportement à la limite du harcèlement en un phénomène de défense, quelque chose de normal en somme.

Je vais vous avouer un truc : Facebook est un outil crétin. Ayant toujours connu la chose depuis le début de mon activité sexuelle et amoureuse, il m’a toujours semblé normal, non pas de me renseigner sur de potentielles nouvelles meufs (puisqu’il y a gayvox et okcupid pour ça), mais de stalker le profil de mes exes.

Même si la douleur est passée, même si je ne leur en veux plus, ou qu’elles m’en veulent encore, et surtout si je suis toujours attirée / déçue / énervée / au fond du trou (ne rayez pas la mention inutile) je regarde leur activité Facebook, je mate leurs photos. C’est sans doute parce que je regrette de n’avoir pas pu garder contact avec elles que je continue, de manière ponctuelle, à faire un petit tour sur le profil.

Jusque-là, pour moi, rien d’anormal : si j’ai envie de savoir si cette ancienne copine va bien, il me paraît tout naturel d’aller jeter un oeil sur son profil. Parfois, si j’ai envie de me remémorer une ancienne amante, je vais regarder ses photos, piocher des détails, scruter sa nouvelle vie. Faut-il y voir une sorte de névrose post amoureuse ? Reste que nous sommes nombreuses à aller nous renseigner sur nos exes sur les réseaux sociaux.

On stalke aussi lorsque l’on veut se renseigner sur une personne qui nous a plu à une soirée : vite fait, pour savoir comment lui parler, parce qu’on stresse, qu’on voudrait avoir les clés pour la séduire. Ce n’est jamais évident d’engager une conversation de but en blanc avec une fille qui nous plaît. Certaines préfèrent passer par les messageries instantanées. Pour moi, jusque-là, rien d’anormal. Quand les informations sont sur internet, publiques, j’estime que ce n’est pas un problème d’aller jeter un oeil.

Là où la petite névrose devient freaky c’est quand elle vire au harcèlement.

C’est vrai, qui aimerait qu’une potentielle future meuf observe votre immeuble pendant une heure ? Personne, il me semble. L’article de Maia Mazaurette témoigne d’une société où les normes culturelles concernant l’amour sont intrinsèquement liées à la culture du viol : une société dans laquelle on peut séduire quelqu’un à l’usure. Même si dans notre société ce font les femmes qu’on obtient à l’usure, Mazaurette justifie un comportement anormal qu’on apprend généralement aux hommes: nous sommes entourées de comédies romantiques dans lesquelles les hommes vont s’obstiner à draguer une fille qui ne veut pas de lui. Le film terminera toujours par la gloire du mec parce que la nana aura fini par tomber amoureuse à force d’être harcelée. Un harcèlement qu’on prend pour de la passion amoureuse.


On va qualifier de mignon un comportement qui n’est que le résultat d’une culture du viol, d’une culture dans laquelle les femmes sont disponibles. On peut les obtenir à force d’obstination. On va appeler cela de la témérité. Et nul besoin de leur consentement. On peut facilement lier cela à la violence conjugale finalement : certaines personnes vont jusqu’à justifier cette violence par la passion amoureuse. (Souvenez-vous, Marie Trintignant…)

La violence conjugale c’est sexy, c’est l’amour, le vrai, qui s’exprime. Comme harceler quelqu’un, c’est sexy, c’est l’amour, le vrai, qui s’exprime.

Alors que non, c’est de la violence, de désir de contrôle, de la manipulation. L’expression de tout ce que la société patriarcale a de plus abject et hypocrite !


Sarah

Sarah

Sarah parle de cul et d'amour mais aussi de bouffe vegan, de genre et de féminisme. Passion vélo et gingembre addict. Nouvellement vidéaste, elle espère flooder la toile de sa vision du porno. Twitter : @sarahdevicomte

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