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Lafawndah, ritual club girl

L’EP de Lafawndah, sorti cette année, est tellement bouillant que la première fois qu’on l’a lancé, la tête nous en a tourné. Entre world music, musique ritualiste et techno, la “ritual club music” de Lafawndah met le feu. Cosmopolite, de Paris, à New York en passant par Mexico et Téhéran, la jeune artiste enverra du rêve du haut de la scène du Social Club le 9 octobre au côté de Planningtorock et Rroxymore. L’occasion de nous entretenir un peu avec elle. Rencontre.

Beaucoup de gens définissent ta musique comme du “r’n'b zouk” ou de la “techno zouk”, tu es d’accord avec ça ? Comment considères-tu ta musique ? 

La référence au zouk a été beaucoup faite parce que l’EP a été produit en Guadeloupe, dans la maison d’un producteur qui a effectivement produit beaucoup de zouk dans les années 90. Mais je crois que le seul morceau zouk de l’EP est Chili. Techno zouk me plait bien effectivement pour ce morceau en particulier mais je ne définirais pas ma musique comme ça non. Concernant le r’n'b je ne suis pas d’accord non, ça me saoule. Tout simplement parce que je ne connais pas ou très peu le r’n'b et parce qu’il semblerait qu’en 2014, une fille qui chante et qui n’est pas blanche fait automatiquement du r’n'b pour pleins de raisons que je pourrais expliquer en détails mais ce serait alors une autre interview. Une interview plus longue. Si vraiment nommer ma musique, je reprendrais le terme d’un ami : RITUAL CLUB MUSIC. Et mon intérêt pour l’idée de rituel je l’emprunte à beaucoup de genre différents, à des musiques traditionnelles du monde par exemple. L’état de transe est aussi m’intéresse beaucoup et les grilles rythmiques orientales par exemple sont un très bon outil pour créer ces états. Je préfère carrément que tu dises WORLD MUSIC en mode Peter Gabriel. Au moins ça c’est rigolo.

Ta musique rappelle certains groupes tels que Spoek Mathambo, MC Gaff E ou encore Skip&Die qui revendiquent tous un mélange culturel. Tu t’identifies à cela aussi ?

Oh oui ! J’emprunte de partout dans le monde, je décontextualise, je remets bout à bout, par dessus, à coté. c’est un gros mélange de textures, de rythmes, de tonalités, pour arriver à mes fins. Je n’aime pas quand les emprunts sont trop littéraux, il faut qu’ils soient « feuilletés » pour que ce soit excitant pour moi.

Tu as très vite quitté Paris pour New York… Pourquoi partir aussi vite et pourquoi y être revenue aujourd’hui ? Pourquoi une telle connexion avec New York ?

Oui. Juste après mes études. Histoire familiale d’abord je crois. Du côté de ma mère, on a des liens forts avec les États-Unis. Et puis aussi, mes expériences de travail avaient toutes été un peu traumatisantes en France. Tu vois, aux États-Unis on m’aimait pour toutes les choses qui faisaient qu’en France, ça ne marchait pas. Donc ça a été une évidence. Là j’y suis retournée pour la musique parce que j’ai envie d’être entourée d’une famille de musiciens et que cette famille se trouvait la-bas. C’est une ville très gratifiante pour moi, dans les moments où je sais ce que je veux faire. Et en ce moment, je sais. Alors c’est un peu Noël tous les jours et ça me porte.

Tu as enregistré l’album en Guadeloupe. Est-ce que la musique que tu écris est liée au lieu où tu te trouves ou tu pourrais enregistrer la même chose autre part ?

J’ai produit l’EP et avec ma chère amie Emily King aka Garagembanda. On est parties toutes les deux pendant un mois dans la maison de son ami Jean-Claude Bicharra, et OH OUI, tous les morceaux sont imprégnés jusqu’à la moelle de cette maison, de la vue sur les Caraïbes, des insectes avec lesquels on cohabitait dans la maison, de la station de radio zouk love pour aller faire les courses, du vent, des pluies, de tout de tout de tout ! Et maintenant que j’ai eu cette expérience, je n’ai envie de produire que de cette manière. Sortir du quotidien, s’isoler, s’imprégner des choses, vivre des aventures, même de toutes petites a l’échelle d’un huis-clos. J’aime vraiment comment ça affecte la musique. C’est de la matière. Tout devient de la matière. Et puis aussi être en position d’invitée quelque part, ça aussi ça influe sur la musique. Parce qu’il y a une curiosité par rapport au lieu, par rapport même a l’histoire de Jean-Claude, c’est toute l’histoire de l’île qui nourrit les sons.

Comment tu envisage ton live le 9 au Social Club ? 

En fait… J’ai découvert Planningtorock en 2006 sur myspace par hasard avec Have It All. Et ça m’a retourné le cerveau. C’était une sorte de Tom Waits contemporain. Un truc inclassable. Hypnotique. C’est quelqu’un qui m’a beaucoup inspirée en fait. Une référence. Et il n’y a pas longtemps, de nulle part, je reçois un mail d’elle qui me demande de faire un remix pour elle, de Let’s talk about gender. Donc le 9 c’est comme une belle boucle de la vie qui va se boucler, je le vis un peu comme une sorte de bénédiction en début de carrière. Et j’ai hâte!

Lafawndah au Social Club, c’est jeudi pour le JEUDI O.K feat Barbi(e)turix. Toutes les infos ICI. 

Adeline

Adeline

Caution musicale de la team et rédactrice en chef du mag Heeboo, Adeline est amatrice de sonorités brutes et de soirées sans façons. Elle aime : le bleu / ponctuer ses interventions de points / râler. Ses soirées à elle (et à tout le monde) : Sneaky Sneaky.

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One Comment

  1. timide says:

    Lafawndah au jeudi O.K, ça tombe bien. Une opportunité de redécouvrir les Caraïbes.

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