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Gouines et porno gay : et si ça pouvait marcher ?

Gros coup de pub pour la plateforme de streaming porno Pornhub. Cette dernière vient de dévoiler, en un très joli diagramme, ses statistiques de fréquentation. Les résultats (à prendre avec mille pincettes) nous apportent quelques éléments sur ce que les « femmes » aimeraient regarder, en fonction de leur tags et recherches ciblées.

L’idée qu’un simple missionnaire reproductif puisse être l’aboutissement d’une vie sexuelle épanouie semble ne plus être tout à fait d’actualité. Et c’est tant mieux. Mais ce qui ressort de cette enquête (encore une fois, prenons des pincettes avec ces résultats obtenus avec on ne sait quelle rigueur scientifique), c’est que le deuxième plus gros fantasme des femmes concerne la sexualité gay. Notre préposée au sexe Sarah s’était intéressée à la question l’année dernière en posant la question suivante : “Quels pornos regardent les lesbiennes?”. Parmi les réponses données, venait s’interférer un fantasme majeur : le porno gay. Voir même gay et violent dans quelques cas. Barbi(e)turix a donc décidé de s’intéresser à ces femmes gouines qui jouissent grâce aux pds. Merci les garçons.

Si les frontières de la sexualité se redéfinissent jour après jour, en tant que lesbienne, le fait de trouver du plaisir à travers une sexualité masculine peut sembler contradictoire. Dans le film The Kids Are Alright, les personnages d’Annette Bening et Julianne Moore affectionnent la baise à coups de porno gay vintage en fond visuel et sonore, au grand dam de leur fils Laser qui, quant à lui, reste coi face à cette découverte. S’en suit alors une explication des protagonistes qui de toute évidence tient la route « …Parce que ta maman et moi, on préfère quand même voir des hommes ensemble ». Même si elles ne l’expliquent pas, elles s’aiment l’une avec l’autre en voyant des garçons s’enfiler crûment.

Pas de communautés ou de sites spécifiques sur l’Internet, mais une multitude de filles lesbiennes se questionnant sur leur intérêt pour les catégories gay des sites porno et leur désintérêt total pour ce qui touche au porno lesbien. Si les témoignages varient d’une nana à l’autre, ces gouines sont toutes d’accord sur un point : s’exciter pendant 10 minutes jusqu’à l’orgasme sur des scènes de sexe bareback (sans capote) avec des bears (mecs poilus) ou des twinks (minets), OK ! Aller dans un bar afin de rencontrer un inconnu pour un rapport sexuel du même acabit, pas question.

D’où peut donc bien venir cet intérêt graphique pour tout ce qui touche à une sexualité pornographique opposé à notre culture gouine ? Mystère. Pas d’énième Œdipe porno refoulé, juste l’abyssine complexité du cul chez une personne lambda. Nombreuses sont donc ces lesbiennes ayant une culture du porn supérieure à celle des mecs gays ou non. Et lorsqu’on discute avec lesdits mecs gays de notre entourage, le même étonnement ressort. Tout le monde s’étonne mais personne n’en parle vraiment.

Peut-être qu’après tout, trouver de l’excitation dans l’exposition d’une sexualité opposée à la nôtre est un moyen de s’abandonner totalement. On pénètre dans un univers inconnu, où toutes les projections sont possibles, puisque l’identification est réduite à néant.

L’impact du porno sur la sexualité réelle reste également très variable. On peut ainsi lire que des femmes continueront à coucher avec leur(s) partenaires sans aucun mimétisme alors que d’autres affectionneront un sexe plus animal. Heureusement tous les goûts sont dans la nature et on ne cessera jamais assez de le répéter, mais on ne choisit pas ses fantasmes au même titre que son orientation sexuelle. Certaines gouines peuvent donc jouir de la baise gay, de la même façon que certains mecs hétéros aiment à nous rappeler à quel point deux filles ensemble peuvent les faire « grave kiffer ».

Le constat final reste quant à lui légèrement triste : notre imagination débordante continue à être le seul lieu où les tabous n’existent pas.

Et toi, affectionnes-tu le porno gay ?

An Si

An Si

Sbire candide de BBX, An Si s'intéresse à la culture queer, porn et mainstream. Ré-invente la langue française avec ses fautes d'orthographe.

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9 Comments

  1. Sacsac says:

    J’aime mater du sexe gay, on en regarde de temps en temps en couple avec ma compagne, ca m’exite enormement. Par contre, je n’aime pas la lecture de nouvelles porno gay.
    A l’inverse, je n’ai jamais trouvé de porno video lesbien excitant, je ne me projete absolutement pas, mais j’adore en lire. J’aime la description du ressenti des protagonistes, les details sur l’exciation qui monte etc…
    Visuel primaire versus imagination…

  2. Olivia says:

    Je réfléchissais justement à la question aujourd’hui..! Et oui, je me dirige étonnement plus facilement vers du porno gay que du porno lesbien. Peut-être parce que je n’aime pas du tout la “bande son” lesbienne. J’ai l’impression d’entendre ce qu’une société hétéronormée voudrait entendre quand il s’agit de filles qui prennent du plaisir ou jouissent et ça me donne cet horrible sentiment que ça sonne faux, surfait, plein de petits couinements qui m’horripile quand je trouve les soupirs des mecs hyper sensuels. Pour autant, j’ai souvenir d’avoir vu “One night stand” d’Emilie Jouvet, où la fameuse bande son qui m’horripile est bien loin, mais même si j’ai trouvé ça beau, ca ne m’a pas non plus vraiment exciter… Je ne me l’explique toujours pas. Mais en même temps, en ai-je besoin..?

  3. Caro says:

    Il y a une erreur dans l’article : “bareback” signifie sans capote et “à sec” c’est sans lubrifiant.
    Merci pour cet article qui me parle beaucoup :)

  4. BBX says:

    Merci Caro de ta vigilance, c’est corrigé. C’est ça d’écrire tout en regardant Bareback Mountain…

  5. Bertrand says:

    Enfin l’essentiel dans le barbeback c’est que c’est une pratique de sexe dans protection, à sec ou pas.
    http://www.actupparis.org/spip.php?mot26

  6. Aurel67 says:

    Ce qui est très étonnant à l’inverse, c’est que… les mecs homos sont p-ê justement “le seul groupe d’hommes” qui n’en a rien à carrer du porno où deux femmes s’excitent entre elles (contrairement aux mecs hétéros, c’est dire).
    Pourquoi alors les lesbiennes mattent-elles des mecs homos, elles ?

    P-ê de 1. (explication la plus honnie et détestée) parce que les lesbiennes (et les femmes généralement) ont une orientation plus fluide que les mecs homos.
    Vous ne croyez pas ? Allez sur des sites libertins “hétéro”, faites en pleeeein et regardez qqch de fort curieux. Tellement de couples où on y cherche une femme pour la femme et l’homme.
    Comptez maintenant combien de couple cherche un homme aussi pour monsieur et madame.

    Bref, pour plein de raisons aussi diverses et variées, il me semble que des mecs homos qui ne sont absolument pas intéressés sexuellement par les femmes, ni de près ni de loin, et qui d’ailleurs n’ont jamais eu à l’idée d’essayer sont plus NOMBREUX que les “étoiles d’or” lesbiennes.

    Beaucoup de mecs homo ont commencé leur sexualité suuuper jeunes ! 11, 12, 13 ans et avec un mec, qui plus, et donc n’ont parfois jamais eu de nana dans leur vie de couple/sexualité. C’est beaucoup plus vrai chez eux que chez les lesbiennes. ,

    Les lesbiennes sont plus liées à la communauté des hommes que les mecs homos ne sont liés à la communauté des femmes.
    Rien que dans le discours féministe, les hommes tiennent une place de choix, on ne parle que d’eux, paradoxalement.
    Les gays eux aussi s’intéressent au mâle, mais on comprend pourquoi dans leur cas.

    Tout ce qu’il ya de vraiment femme chez les gays c’est l’imagerie drag-queen et les icônes féminines de la musique.
    Jamais de la vie, d’une manière générale, ils trouvent sexy des lesbiennes qui s’emballent.
    Quoi encore ^^
    Et quand on va sur les sites qui leur sont dédiés ou qu’on lit sur les endroits qu’ils aiment fréquenter ou les problématiques qui les intéressent, s’attarder des heures sur la question des femmes est leur dernière préoccupation.
    On ne saurait lire quoique ce soit presque sur les lesbiennes sans que les hommes soient partie secondaire voire principale du sujet.

    La première conclusion est que les femmes lesbiennes sont intensément liées à la communauté des hommes, cela va jusqu’à les regarder baiser entre eux.
    ..Quand l’inverse est si peu réciproque.

    La deuxième partie de réponse est tout simplement un problème de disponibilité des matériaux.
    Quand toute sa sexualité est bafouée et avilie et méconnaissable, il va sans dire qu’on cherche autre chose, des alternatives. On va pas s’imposer un tel supplice où on ne reconnait riiiien, aucune scène, pas même un peu, où on ne peut pas s’identifier un touuut petit peu.
    On n’a pas dit qu’il faut des actrices gouines forcément mais les mecs hétéro dans le porno gay “gay for pay” eux au moins font bien le boulot !
    Ils baisent comme les pédés veulent les voir baiser !

    Du coup les gouines sont deg de pas voir des nanas hétéro ou on s’en fout de leur sexualité baiser enfin comme des gouines veulent les voir baiser !

    Du coup, que se disent les gouines… eh bien, que après tout ou plutôt avant tout, qu’elles sont…. gaies donc elles se disent tout simplement qu’elles restent gaies en regardant des gays, et que en tant que gaie, qu’on regarde des mecs ou des nanas gaies, peut imorte, mais pourvu que ce soit gay quoi ! Ce serait moins propre de regarder des hétéro.
    Au moins, tout ça c’est de l’homosexualité donc ça reste qqch à quoi on peut s’identifier.
    Ca se défend :D

    Cela dit, si la situation est telle c’est parce qu’il n’y a pas assez de porno où des nanas, quelque soit leur sexualité, baisent comme des gouines à l’écran et qu’on peut y avoir accès. P-ê que ça intéresserait plus de gouines.
    D’ailleurs, je l’ai toujours dit, si j’étais approchée pour un tournage tel, bien sûr, je me porte volontaire, c’est carrément politique cette affaire ! Et j’en fais pour sûr une partie gratuite à large diffusion.
    Ce n’est pas que je dis que les gouines doivent arrêter de regarder des mecs baiser entre eux, mais c’est surprenant que des mecs homos eux ne mattent pas vraiment de gouines baiser entre elles, du coup, proposons plus de gouines qui baisent entre elles, afin que les gouines puissent avoir le CHOIX au moins et pas : ah ya que des hétéros et des scènes soiiiiii disant censées représenter des lesbiennes, bon, rabattons-nous sur les pédés.

  7. timide says:

    … non, je n’affectionne pas le porno gay, par contre, j’affectionne parfois leurs auteurs et leurs acteurs : Bruce Labruce pour ne parler que de lui pour sa capacité féministe à mettre en scène la prostitution masculine en se servant de l’esthétique gay et éphèbe.

    @AnSi, bref. sinon, serait-il possible de savoir qui est l’auteur(E) de la photo de couv’ pour cet article, D’habitude BBX crédite les photos ?

    merci d’avance.

  8. An Si says:

    Timide, l’auteur de la photo c’est Bertrand Bonello himself. Tiré du film sur Saint Laurent… ;-)

  9. Madrilene says:

    je dirais comme ça, que dans certains cas (ne pas faire de généralités) :
    si on a vécu enfant, en tant que lesbienne, sa phase de “garçon manqué-fille réussie”, d’identification aux petits garçons et aux hommes (phase durant laquelle le désir d’avoir un pénis peut être assez intense (mais je ne me réfère pas aux thèses freudiennes)), le visionnage de films porno gay à l’age adulte permet de réconcilier cette identification “masculine” (jusque dans la biologie) avec un contournement du phallocentrisme patriarcal, puisque sexuellement le “rôle” classique de la femme est endossé dans ce cas par un homme (biologiquement parlant). Le porno gay c’est un dissolvant de conflit psychique dans certains cas ;-)

    (remarque un peu hors sujet) Un ami kabyle me disait dernièrement que ce qui était stigmatisé au bled dans l’homosexualité masculine c’était pour un homme d’endosser une position “féminine” en se faisant sodomiser, mais que le pénétrant lui ne recevait rarement l’opprobre.

    Pour finir il faut absolument ARRETER DE DIRE QU’il n’Y A PAS DE PORNOS LESBIEN DE QUALITE ! Il y en a ! Et avec internet c’est assez facile d’en trouver ! Par ailleurs, je pense que ce label de qualité est sujet à caution : ma thèse, c’est que lorsqu’une personne regarde du porno, elle va en quelque sorte à la “lecture de son inconscient (voire même de son conscient”) : ce qui va l’exciter c’est ce qui dans l’image et le moment de la “vision” permet a ses pulsions de s’exprimer et on a souvent si on est dans le lacher prise, de formidable surprise : un navet ou un film sans interêt pour certain(e)s sera une révélation pour d’autres. Certains pornos de qualité sont plaisants et n’ont rien d’excitant, il peut y avoir une pepite de quelques secondes dans une marée d’emmerdement pornographique : la patience et le temps disponible voici les contraintes…
    Enfin je suis d’accord avec la remarque portant sur l’imagination : le porno (quel qu’il soit) est un support de projection et la projection nous la faisons hors de nous et en nous de manière oxymorique, en soi et hors de soi en même temps. J’aime pas Freud mais il y a des analyses pas mals (mâles) sur la manière pour un sujet d’envisager la jouissance de l’autre qui serait a la base de sa jouissance propre. OUI, il ya quelque chose de métaphorique au royaume de la pornographie !

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