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Side in / Side out, Tom Nanty remonte sur les planches

Depuis hier, c’est à Paris que Tom Nanty, connu pour ses shows Drag King, rejoue sa pièce Side in/ side Out. Le point de départ, c’est un appel à projets pour lequel Tom rédige un court texte anarchiste, autobiographique et désabusé. En faisant appel à son amie et metteuse en scène Anika Weber, il permet au monologue de s’étoffer pour devenir une performance troublante et brillante. Entre les questions de genre et les problèmes liés, entre autres, aux inégalités sociales, se joue finalement un questionnement intime et offensif sur ce qu’est la norme.

BBX : Tom, comment en es-tu venu à écrire ce monologue et pourquoi avoir choisi de le mettre en scène ?

Tom : Je suis parti en Vacances à Montréal au Canada pour les fêtes de fin d’année. Je suis entré dans une librairie anarchiste et je suis tombé sur un appel à projets pour le Festival international de théâtre anarchiste de Montréal. J’ai pris ce petit papier, je suis rentré en France et me suis confronté aux problèmes habituels : pôle emploi, la vie en banlieue, l’élitisme culturel, et du coup le texte est venu de lui-même, il est sorti tout seul. J’ai envoyé le dossier en me disant « bon ça c’est fait ». J’ai mis des éléments de mise en scène au pif… Et quelques semaines plus tard, ils m’ont dit « c’est bon, vous êtes pris, êtes-vous prêt à venir ? ». J’ai dit oui, j’ai appelé Anika en panique parce que Anika a une formation en dramaturgie. On avait trois mois pour mettre en scène le texte.

Anika : J’ai dit ok sans l’avoir lu. On a commencé à réfléchir à ce qu’on voulait en faire, ce qu’on voulait dire avec ça. Comment faire pour que ce ne soit pas uniquement anarchiste. J’avais envie d’élargir le sujet : de ne pas parler que de la précarité etc. J’y voyais la thématique de la norme, du fait d’être en marge de la société. Comme à ce moment-là, Tom était dans les réflexions sur le genre et de sa propre transition. On a décidé de partir sur ça.

Tom : Je n’avais pas encore commencé ma transition, mais on m’appelait déjà Tom. Puis le texte étant très grandement autobiographique, ça amenait encore une dimension intime et personnelle, cette question de l’identité de genre.

Anika : c’était évident que c’était Tom qui allait le jouer.

BBX : Comment avez-vous intégré la thématique du genre à l’intérieur d’un texte anarchiste ?

Tom : A l’époque, je commençais déjà à m’intéresser au Drag King et Anika m’a demandé si ça me disait pas d’intégrer cet élément-là : qu’on commence par un show de drag king.

Anika : Pour après, pouvoir déconstruire, commenter. Partir fort sur une image que la plupart des gens ne connaissent pas. On a toujours fait attention pour que ce ne soit jamais trop univoque. On cherche vraiment le trouble chez le spectateur, que ce ne soit pas clair : qu’est-ce qu’on veut dire, est-ce que c’est un homme ou une femme…Est-ce que c’est bien ou pas bien d’habiter en banlieue même si le texte est assez clair là-dessus.

Tom : C’est un texte que j’ai écrit énervé. A la première lecture j’étais très agressif.

Anika : Et comme le texte est agressif, j’avais envie de l’amener ailleurs avec la mise en scène. On la situait dans la loge, après le drag king. Créer un espace intime, mais avec une idée de voyeurisme. Le miroir, c’est le symbole de la loge, c’est assez simple en fait.

Tom : J’avais écrit une pièce avant celle-ci. Side in side out, je l’ai écrit d’une manière très spontanée. Je ne l’ai pas du tout écrit comme une pièce. Quand je l’ai montré à Anika, c’était un bloc. D’ailleurs, je me suis dit que si je n’étais pas sélectionné, ça ferait un bon départ pour un roman. Et si j’avais écrit du théâtre, je n’aurais pas employé la deuxième personne du singulier.

BBX : Comment avez-vous articulé la mise en scène et texte ?

Anika : On a rythmé la mise en scène selon le texte. On a découpé le texte pour voir s’il fallait les traiter différemment. Il nous fallait très peu d’actions sur scène : on voit juste ce qui se passe dans une loge : y’a le show, puis le démaquillage. On enlève des éléments codés masculins et on met des éléments codés féminins et c’est tout ce qu’il se passe. Après, on a effectivement essayé de trouver des coïncidences entre des phrases du texte et des actions sur scène. Par exemple, lorsque Tom dit « alors je me plie au rôle qu’on veut me faire jouer »il est en train de mettre du mascara. C’est souvent subtil mais ça permet de traverser le texte de 50 minutes. Ca permet de se rendre compte de certains doubles sens, d’être tout le temps en questionnement. On ne sait pas si c’est une nana qui fait un drag king, ou si c’est l’inverse. Et à chaque fois on joue avec l’évolution du corps de Tom, de sa voix.

Tom : C’est vrai que quand on a commencé à répéter, je n’étais pas encore sous hormones, j’avais un corps féminin.

Anika : C’était au moment où il enlevait le binder que les gens s’en rendaient compte. Maintenant, il a beaucoup moins de seins et c’est au moment où il enlève la coque qu’on se rend compte. Ça change le rythme un peu, ça permet un vacillement.

BBX : Tu t’apprêtes à jouer dans le 16e, mais tu as joué dans différents lieux avec différents publics, quelles ont été les réactions ?

Tom : Y’a un mec une fois qui est venu me voir « Je ne comprends pas : le texte, le corps, c’est pas du tout la même chose ». Il est parti dans un monologue et en fait il s’est auto-convaincu à argumenter « mais en même temps, le texte, comme tu dis des choses qu’on sait tous déjà, si tu le disais juste dans une mise en scène lambda, on l’entendrait pas mais là, on l’entend parce que c’est décalé. En fait, c’est génial. »

Anika : Nous, on est content quand quelqu’un vient lui poser la question : « mais t’es un homme ou une femme ». Mais ça n’arrive presque jamais.

BBX : Oui, sauf de manière agressive. 

Tom : Oui. Y’a un mec qui est venu une fois au spectacle qui m’a dit « Salut, bravo, beau spectacle mais, t’es un garçon ou une fille ? » et tu sentais que la question était tellement présente qu’il ne pouvait pas partir sans réponse. Du coup en général, ce que je fais c’est que je dis « à ton avis ? ». Ça renvoie aux indices qui font qu’on se questionne. Puis finalement ça mène à se demander si la réponse est importante, est-ce que la question a du sens ?

 

Side in/ side Out,  Vendredi 19 à 20H

Au Centre d’animation Actisce du point du jour

1-9 rue du Général malleterre 75016 Paris

 

Et le Dimanche 21 septembre à 16h à Tremblay,

À la Maison des associations du Vieux-Pays, place Rol-Tanguy.

 

Propos recueillis par Sarah.

 

Crédits photos: MarieAu Palacio.

 

 

Sarah

Sarah parle de cul et d'amour mais aussi de bouffe vegan, de genre et de féminisme. Passion vélo et gingembre addict. Nouvellement vidéaste, elle espère flooder la toile de sa vision du porno. Twitter : @sarahdevicomte

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