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Revue Well Well Well en avant première : les réactions à chaud des premières lectrices

Avec ses 21×27 cm, ses 300 grammes bien tassés, son toucher lisse, ses 128 pages et ses 3000 exemplaires tirés, le magazine lesbien Well Well Well est enfin arrivé. Et c’est un beau bébé ! Barbi(e)turix l’a lu pour vous, quelques jours avant sa parution vendredi.

On l’attendait depuis 9 mois. Une gestation qui a commencé en décembre dernier avec l’appel à contribution lancé sur Ulule (site de financement participatif), mais qui a débuté il y a plus d’un an pour l’équipe, et encore davantage pour Marie Kirschen, à l’origine de ce projet : lancer le premier mook (contraction de magazine et de book) lesbien de France. Une revue bi-annuelle, du journalisme qui prend le temps, un bel objet sur un thème délaissé par la presse écrite hexagonale : la culture lesbienne.

Une semaine avant la sortie officielle, le 12 septembre, c’est donc dans le petit appartement de la fondatrice que s’entassent les premiers exemplaires. Et sur lesquels se précipitent les quelques contributrices présentes ce soir-là. « Oh c’est beau ! » : la première réaction est unanime, que ce soit du côté des journalistes de Well Well Well, ou des lectrices à qui nous l’avons fait lire en avant-première (Philo, Caroline et Marie). En effet, c’est l’impression qui se dégage à la vue de la couverture lisse et pastel ! A l’intérieur, le même esprit épuré : fonds blancs, large place faite aux illustrations qui ponctuent de longues interviews, comme celle de Céline Sciamma (en couverture). Un entretien qui va au-delà de tout ce qu’on a pu lire ailleurs, en faisant la part belle à la vie privée de la réalisatrice de Tomboy.

Tout le gratin lesbien

128 pages qui se savourent lentement, réparties en 9 rubriques : « l’invitée » (Virginie Despentes qui livre un texte à la fois intime et fort, violent, comme elle seule en a le secret), la « culture », avec un article largement illustré sur le mouvement Riot Grrrrls qu’on ne présente plus, ou encore un entretien de la vedette américaine de la BD, Alison Bechdel qui raconte avec humour sa première expérience au Troisième lieu, à Paris, où elle s’est trouvée « ringarde et maladroite » au milieu des « lesbiennes françaises très chics ».

Au cœur de la revue, l’équipe a choisi de consacrer plus de 20 pages au mariage pour tous. Un choix qui s’imposait à l’époque de la rédaction, même si, comme Caroline, à qui nous avons fait lire le mook en avant-première, on peut regretter de revivre une nouvelle fois cet épisode tourmenté. Mais finalement, on découvre une belle analyse du mouvement LGBT au cœur de la tourmente et un papier  adopte un point de vue jamais considéré avant, celui de l’analyse médiatique des deux mouvements anti et pro mariage. On notera également une infographie sur la biphobie chez les lesbiennes, « une très bonne idée » pour Philo, une lectrice, un bon point également pour Caroline qui souligne l’importance d’avoir « aussi un point de vue critique sur la communauté lesbienne.»

Suivent un reportage photo sur les équipes féminines de football, un magnifique retour dans le passé qui donne la parole à des lesbiennes des années 60, des témoignages de trans lesbiennes, un article sur le porno queer bien relevé et un tour de piste de la fête lesbienne à Paris (on parle bien sûr de la Wet for me ! #autopromo). Un petit regret pour Caroline qui aurait préféré qu’on parle d’autres lieux pour faire la fête que la capitale, largement surreprésentée quand on parle clubbing LGBT. Philo, au contraire, est directement allée vers cet article en ouvrant le magazine, parce que c’est « l’occasion de découvrir de nouveaux endroits, et que ça m’intéresse qu’on me parle de la vie quotidienne en tant que lesbienne. » Du côté de l’équipe rédactionnelle aucune intention de tomber dans le parisianisme. La quasi totalité des contributrices ne sont d’ailleurs pas parisiennes d’origine et un panorama des endroits lesbiens pour faire la fête en régions suivra.

On ne peut pas plaire à tout le monde.

Et de fait, malgré la variété des thèmes traités, la revue assume un style bien démarqué qui ne plaira sans doute pas à tout le monde. « Well Well Well est une proposition de ce que peut être une revue lesbienne », explique Marie Kirschen. Le tout fait par une équipe intégralement bénévole mais loin d’être amatrice pour autant. Le parti a été pris d’un journalisme minutieux, culturel, voire intello. Quitte à ce qu’on regrette parfois un ton un peu trop froid. « On l’assume !, argumente Marie Kirschen, d’autres font déjà des contenus avec un ton plus blog, plus éditoriaux, nous on a pris le parti de faire du journalisme, où le ton ne joue pas le premier rôle. » Un choix qui donne une crédibilité et un sérieux incontestables aux articles. Et qui permet de râtisser plus large que le seul cercle des lesbiennes. Pour Marie, une lectrice, « ce n’est pas seulement un magazine de lesbiennes pour des lesbiennes, c’est avant tout un magazine de femmes cultivées et militantes pour les femmes en général. » Et elle, qui n’a rien à voir avec le milieu lesbien ne « s’est pas du tout sentie exclue, au contraire. Parce que ca parle d’être femme, qui veut ici dire être militante, avoir conscience des inégalités. Et c’est pour ça qu’un magazine comme Well Well Well peut éveiller plein de choses chez les lectrices. En le lisant tu ne peux plus ne pas t’engager. »

Et justement, en ouvrant le sommaire, on ne peut s’empêcher de tiquer un peu sur la rubrique « féminisme » à laquelle sont consacrées 4 pages en fin de magazine. Une distinction que Caroline ne comprend pas. « Pour moi on ne peut pas séparer le féminisme et la thématique générale, les lesbiennes. » Mais pour Marie Kirschen, la rédactrice en chef, il ne s’agit pas de dissocier les deux combats. « Le féminisme apparaît de façon transversale tout au long du magazine, explique-t-elle. Dans la rubrique féminisme il s’agit seulement d’en faire l’objet central des articles. » D’où l’importance aussi d’aller à la rencontre des lectrices (et lecteurs !). « J’ai hâte de voir les réactions des gens, qu’ils viennent nous parler et d’échanger avec eux ! », espère Charlie Vandekerkhove, une des journalistes. Ce sera l’occasion ce vendredi avec la soirée de lancement de la revue. Au programme concerts, DJset, sketch de Shirley Souagnon, expo photo, ateliers sérigraphie etc… Sinon rendez vous à partir du 12 septembre sur le site de Well Well Well pour commander un exemplaire (15€) ou dans les librairies qui distribueront la revue à Paris (Les mots à la bouche et Violette and co.)

Après l’avoir attendu des mois, en refermant Well Well Well, on se dit qu’on est pas déçue, que ça fait un bien fou de découvrir encore la culture lesbienne, de s’instruire en militant, de militer en apprenant. Ou simplement de savourer des articles bien écrits, profonds. Et ravies de pouvoir l’exhiber sur la table du salon, fièrement.

 

Margaux

 

 

 

 

 

 

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5 Comments

  1. timide says:

    tout ceci est vraiment très cool et remet beaucoup d’ordre dans les idées.

  2. Méluzine says:

    J’ai hâte de le lire, ça donne vraiment envie! Mais, par contre, je suis un peu déçue, le magazine ne sera distribuée que dans ces deux librairies parisiennes???

  3. M says:

    un lien vers le site de well well well ça serait cool, merchiiii :)

  4. Lubna says:

    Pas de site pour le moment mais une page facebook : https://www.facebook.com/revuewellwellwell

  5. timide says:

    @ Chill O.

    Des félicitations pour cette remarquable photo de reportage présentant des personnes priant à genou dans la rue.

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