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Dormir ensemble : le summum de l’intimité ?

Du sexe aux repas en passant par les tâches quotidiennes, il semblerait que le summum de l’intimité dans un couple soit de tout partager. Et quoi de plus intime que de dormir dans le même lit ?

J’ai vu mes parents dormir dans des lits séparés assez tôt. Ne pas dormir ensemble m’a donc toujours paru naturel. Mais c’est une chose qui peut paraître curieuse… Pourquoi se séparer la nuit de celui ou celle qui nous accompagne toute la journée ?

Parce que “dormir ensemble est essentiel, c’est aussi important que le sexe. L’intimité est réelle lorsque l’on dort avec l’être aimé, et se réveiller ensemble reste le rituel le plus fédérateur d’un couple…” nous confie Sabrina. Elle ajoute que “ne pas pouvoir dormir avec la personne que j’aime serait une cause de rupture à la longue. Pour moi c’est un moment qui frise la spiritualité… On rêve, on parle la nuit, notre inconscient est sublimé…”

Vous êtes d’ailleurs nombreuses à partager ce point de vue. Pour Emma, dormir ensemble est important : “Pour ma part, j’adore dormir avec l’autre. Bien sûr, on n’a pas toujours les mêmes rythmes mais je trouve que partager le rituel du coucher est un réel moment d’intimité. Parfois je n’ai pas envie de dormir alors que mon amie est déjà en train de baver sur l’oreiller alors je me repose dans le noir,  je réfléchis à la vie, c’est un vrai temps pour moi. Se réveiller ensemble est l’instant que je préfère mais j’apprécie aussi de me réveiller la nuit, de la chercher dans le lit pour me lover contre elle. C’est doux et ça tient chaud.”

Il y a même de nombreuses personnes pour qui dormir sans leur partenaire relève du défi. Mégane et sa copine ont des rythmes très différents et ont du s’adapter pour parvenir à un bon compromis. Un changement d’habitude qui témoigne d’un vrai besoin de dormir ensemble : ” Je trouve ça tellement plaisant de s’endormir avec son amoureuse le soir, de se coller, de se toucher, de sentir les membres chauds et endormis de l’autre, de s’entortiller, trouver sa position et s’endormir ensuite. [...] En aucun cas, je ne voudrais dormir sans elle. Et quand ça nous arrive, car une mer, ou quelques kilomètres nous séparent, c’est juste affreux. Je perds tous mes repères et je n’arrive pas à m’endormir. J’ai besoin de l’avoir à mes côtés, elle et son sommeil désorganisé, pour être paisible et fatiguée. Juste un petit doigt sur sa cuisse, rien que ça, et mon monde est en équilibre.”

Dormir ensemble a quelque chose de l’ordre du privilège, c’est un entre deux, un moment où l’on est avec l’autre mais aussi avec soi, où l’on se laisse aller. L’intimité est en effet, je crois, à son apogée lorsque nous arrivons à nous endormir l’une contre l’autre, l’une à côté de l’autre. Mais le coucher peut aussi devenir une source d’angoisse quand on a du mal à lâcher prise ou lorsqu’on préfère dormir seule. Il faut faire comprendre à l’autre que ce n’a rien avoir à elle/lui, qu’il est question de rythmes différents ou tout simplement du confort de dormir seule.

Il n’y a aucun mal à ne pas vouloir dormir avec l’autre mais il est difficile de faire la part des choses quand la norme est de dormir ensemble. Où est la limite entre le compromis possible et l’obligation sociale ? Que sommes-nous prêts à laisser tomber afin de privilégier une intimité sur une autre ? Certaines personnes ou certains couples ont réfléchi à la question. Quand les rythmes de vie sont totalement différents, il est déjà important de respecter le sommeil de l’autre. Quand l’une se couche tard, pourquoi forcer l’autre à toujours coucher à la même heure ?

“Ce qu’il y a de bien, c’est que je ne vis pas avec ma copine, donc on est pas obligées d’avoir le même rythme. Cependant, quand on dort ensemble, ça se ressent : elle, voulant se coucher tôt parce qu’elle travaille et moi voulant me coucher tard parce que j’ai l’impression de ne pas avoir terminé ma journée. Alors je reste là, parfois, dans le lit à cogiter. Ça pourrait être un moment productif, ou un moment ou je ne fous rien mais seule, mais non, je reste là, et ça m’énerve, je me tourne dans tous les sens et ma copine finit toujours par se réveiller. Ça nous a tout de même valu quelques disputes. Enfin j’ai juste fini par comprendre que j’avais besoin d’être vraiment épuisée pour m’endormir, alors je fais tout pour l’être.” nous avoue Judith.

Pour aller plus loin dans cette idée, Rachel dit préférer retrouver sa petite copine au petit matin : “Ce n’est pas que l’autre personne ne me convient pas mais je préfère ressentir le désir de voir l’autre plutôt que de me voir imposer sa présence. J’ai ainsi plus de joie à la retrouver au matin devant un café. Je ne suis pas une grande fan des rituels du soir, sexe/livre/discussion/dodo/portable/… J’aime me caler sur mon rythme et je n’ai pas toujours envie de dormir au moment où elle a envie de dormir donc je m’éclipse, je vais dans une autre salle. On se débrouille. Pour moi dormir ensemble est facultatif et non désiré. J’aime avoir un espace à moi loin de l’autre personne, sans être envahie.”

Quant à Rébecca, dormir avec son ou sa partenaire à toujours été une histoire compliquée: ” J’ai longtemps été gênée par l’idée de partager un lit. Plus largement, je suis même arrivée, à la trentaine passée, à me demander si j’étais vraiment faite pour la vie commune avec quelqu’un. La conception actuelle du couple veut qu’on mêle projet de vie, finances, biens, entretien personnel et sexe. Pour ma part, j’ai passé des années à me dire que j’avais un problème, incapable de mener des relations régulières à plus de deux ou trois ans, gênée par la répartition des tâches et le manque d’intimité parfois. Et puis finalement, si c’était le principe du couple comme on l’entend qui était un problème pour moi, et pas moi qui n’arrivait pas à m’y conformer ? Dormir avec quelqu’un n’est pas forcément pratique selon moi. C’est agréable dans les premiers mois d’une relation, durant le temps où l’attirance sexuelle est importante et prend le pas sur d’autres aspects. Je me souviens de nuits où certains ex-compagnons venaient se coller à moi. Dans ces moments, je dors mal, j’ai chaud, je n’ai pas ma liberté de mouvement et ça me réveille et me rend grognon. Certaines nuits, j’en étais tellement énervée que je les repoussais, ce qui donnait lieu à de sympathiques débats au réveil. [...] Pour moi, partager le même lit chaque nuit par principe est un manque de bon sens et la négation de ce qu’un couple peut être et devenir à travers les années. Je le vois comme un pragmatisme mal placé qui peut donner lieu à un inconfort quotidien, même une souffrance, qu’on se doit d’accepter sinon on pourrait être vu comme bizarre ou déviant.”

Le vrai problème est sans doute là : à quel point nous avons intégré en nous le fait qu’il faille dormir avec sa/ son partenaire pour faire un couple ? Quand avons-nous vraiment envie de dormir avec l’autre ? Quand ressentons-nous le besoin de dormir seule ? Comment à la fois concilier notre propre épanouissement, celui de l’autre et du couple ?

Autant de questions que vous êtes nombreuses à vouloir élucider à coups de témoignages. Mais finalement, il n’y a pas de réponse exacte : il faut simplement arriver à se dire qu’il est important de respecter l’intimité de l’autre sans que cela remettre en jeu la relation. Chose ardue. Mais qui a dit que c’était simple, le couple ?

Sarah

Sources photos :

Photo 2 : http://beatnicnazareth.tumblr.com/

Illustration de couverture : http://serendiipiitous.tumblr.com/

photo 3 : lesbians-and-love.tumblr.com//

Sarah

Sarah ne parle plus trop de cul ni d'amour d'ailleurs mais ses passions demeurent : féminisme, antispécisme, santé mentale et gingembre.

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5 Comments

  1. Carter says:

    Pour que j’en vienne à apporter un commentaire, cet article est vraiment bien rédigé, et je tenais à le souligner.

    En ce qui me concerne, j’ai toujours haït dormir avec quelqu’un, par honte de ce que je pouvais déblatérer la nuit entre deux filets de bave mentholée (puis macérée : au top du glam).
    En revanche, c’est un côté pratique que j’amène là : rien de tel que l’inconscient pour manipuler sa moitié. L’écouter avouer ses infidélités, bouche bée, la noirceur de la nuit creusant plus encore dans la douleur des horreurs que la belle brune débite inconsciemment. Entre autres.
    Mais, hormis les désagréments du genre, j’acquiesce réellement quand tu écris que c’est un moment presque spirituel que d’embrasser Morphée ensemble, une main enrobant fermement le boob de la dulcinée dans une savante salade pèle-mêle de jambes et de bras, ou même chacune de son chaque côté du lit, se tournant le dos, par confort personnel. Il n’est rien de plus doux que de savoir que notre esprit se repose et divague en présence d’un autre, que l’on affectionne tout de même plus que la moyenne du parigot-facho, et qu’à la moindre faille, elle est là, juste là, chevelure sauvage sur l’oreiller, toutes défenses abandonnées, prête à donner de son petit soi pour aimer, juste un peu plus encore.

    Je pense que le test du sommeil partagé est aussi important que le match sexuel. Si ça ne fonctionne pas, bah, c’est con. Et si les deux le vivent sur la même fréquence, thumbs up, on boit un verre d’eau et on recommence.

    Sexe, sommeil, falafels : la vie est belle.

  2. timide says:

    oui, c’est exactement cela : le summum de l’intimité, intimité qui peut-être particulièrement galvaudée dans le one night stand … (ce n’est plus l’amour qui rend aveugle, c’est la norme.)

  3. Artemisia.g says:

    C’est intéressant cette norme parce qu’objectivement, souvent c’est plutôt la croix et la bannière de dormir avec un autre être humain (on a trop chaud, y’en a unE qui monopolise la couverture, y’en a qui ronflent, qui bougent toute la nuit, qui parlent dans leur sommeil, etc., etc.).

    De mon côté, je n’ai pas la même qualité de sommeil dans le lit de toutes mes partenaires, mais ce n’est pas rédhibitoire, puisque je préfère dormir seule. Je dors avec mes partenaires quelques fois par semaine, surtout pour partager le moment du réveil, éventuellement de la baise du matin, du petit déj’ en discutant, choses que je trouve super chouettes. Mais à part ça partager le même lit, je m’en fous surtout que je me place toujours le plus loin possible de ma partenaire sinon j’arrive pas à dormir. Mon sommeil est égoïste.

  4. sensaation says:

    Personnellement, j’ai horreur de dormir seule … Je suis encore à l’âge ou l’on vit chez ses parents et ou les copains/copines ne viennent qu’occasionnellement malheureusement pour moi ^^ Mais c’est pas quelque chose qui est réservé a la personne avec qui je suis en couple je dors régulièrement dans le même lit que certains de mes amis. Je trouve ça sécurisant la présence d’une autre personne, même si des fois on se prend des coups, on a plus de couette, on a trop chaud j’adore m’endormir en écoutant la respiration de la personne avec qui je dors. J’ai tendance a faire des insomnies ou a me réveiller fréquemment ce qui donne lieu a des discussions au milieu de la nuit qui ont le charme d’aucunes autres lorsque c’est aussi le cas de la personne qui partage mon lit. Et à mes yeux le summum reste de s’endormir dans les bras de quelqu’un et de pouvoir s’y blottir encore au réveil.

  5. timide says:

    … quand je mentionne la norme, je sous-entends surtout l’idée qui réside en son … absence.

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