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Barbi(e)turix court un marathon : chronique d’une épreuve annoncée

Quand un collectif d’oiseaux de nuit se décide à participer à une épreuve sportive… Ce n’est pas de tout repos. Après dix ans passés à écumer les bars et à s’encrasser les poumons dans les backtages de La Machine, on avait envie de se racheter une santé d’un retour aux vraies choses, à un corps sain, à la satisfaction du dépassement de soi au travers du sport, à un épanouissement personnel qui ne passe pas par l’absorption abusive de liquides capiteux. Le sport et ses valeurs de tolérance, d’esprit d’équipe, de solidarité, franchement, c’était fait pour nous.

Alors sur un coup de tête, on s’est dit qu’on allait courir un marathon. Oui nous, fumeuses, adeptes de l’apéro de 17h30, ne pratiquant pour seul sport que le sprint du dernier métro, on s’est lancé dans le défi d’une course sportive. Bon, j’avoue, c’est pas non plus le marathon de Paris, 7 kilomètres, ça reste du marathon mignon. MAIS, quand tu n’as pas touché un ballon depuis la Seconde (parce qu’après tu avais tes règles chaque semaine, étrangement), 7 kilomètres, ça reste un défi digne du Paris-Dakar.

On s’est donc inscrite à La Parisienne, parce qu’on est citadine ou on ne l’est pas, une course prévue le 14 septembre en faveur de la recherche contre le cancer du sein. Une course entre femmes, pour sensibiliser les publics au dépistage et, il faut bien l’avouer, draguer au détour des virages. Seulement, lorsque l’on n’a pas couru depuis une décennie, il faut reprendre le sport en douceur. On s’est donc motivées pour s’organiser un planning d’entraînement.

Semaine 1 : “J’aurais jamais cru pouvoir courir plus de 8 minutes d’affilée” Angie

Notre auto-proclamée coach nous a concocté un programme de warrior, façon Rocky IV, le retour du héros. Direction les Buttes-Chaumont pour un petit footing entre grandes débutantes. Mais il y a une chose qu’il faut savoir sur les Buttes-Chaumont : ce n’est vraiment pas le bon endroit pour commencer à courir.

- La route ne fait que monter et descendre, monter et descendre, monter et descendre. Tu as déjà essayé de courir dans les rues de San Francisco ? Moi non plus, mais je suppose que c’est pareil.

- Les vrais coureurs, ceux qui ont des runnings en acier inoxydable et des bracelets compteurs de pas accrochés au poignet, passent leur temps à te narguer en passant à côté de toi, façon lièvre et la tortue.

- Tu passes devant le Rosa Bonheur, alors que ton gosier crie soif et que la perspective d’une cuvée de bière fraîche est la seule chose qui permettrait ta survie.

La danse, c’est du sport non ?

Semaine 2 : “Je peux fumer en courant ou c’est contre-productif ?” Cassie

Pour la séance 2, moins de la moitié de l’équipe a préféré rester chez elle à mater Summer of the nineties. Il faut qu’on se reprenne. On court donc à quatre. Niveau organisation, on a encore des progrès à faire. Constance sort du boulot et a donc prévu de courir avec son sac à main à l’épaule. Cassie a fait des courses à midi sans penser à la séance de sport. C’est pas grave, on peut cacher les melons et le jambon de parme dans un fourré et les reprendre quand on aura fini ? Non, on risquerait de se les faire voler. Au final, on a l’air de quatre ménagères paumées avec nos sacs Franprix et les coureurs avec leur compteur de pas électroniques se demandent si on essaye d’attraper notre bus ou si on recherche notre gosse caché entre deux balaçoires.

Semaine 3 : “Coach, oui coach” Lubna

On a décidé de se reprendre. Pour la troisième semaine, on fait les choses sérieusement. Objectif : simuler la véritable course en préparant le trajet prévu en septembre, soit un départ pont d’Iéna et une arrivée place Joffre, en passant par les Tuileries et la tour Eiffel. On décide cette fois de poser nos sacs, melons, manteaux et bordel chez Constance, qui habite à deux pas du pont d’Iéna. A deux pas oui, mais aussi au septième sans ascenseur. Au septième sans ascenseur oui, mais aussi dans un 9m2. Une fois nos affaires posées, je n’arrive plus à passer mes jambes en dehors du couloir/chambre/cuisine/placard. Je décide de me dévouer à rester pour remettre un peu d’ordre. La coach me dit que c’est contraire aux valeurs d’entraide du sport. On m’extirpe de force en dehors du cagibi. “Va falloir tout donner, petite” me dit le coach. Je crois qu’Adeline prend un peu trop au sérieux son nouveau statut de prof de sport.

Oui, coach !

Semaine 7 : “J’ai couru pendant une heure mais à 6 km/h, ça passe ou pas ?” Rag

Je n’ai pas pu assister à la séance 4, 5 et 6 car j’avais mes règles (étrange). La séance 7 commence sur les chapeaux de roue. Le coach nous a préparé une séance de cardio. Il faut monter et descendre les escaliers de chez Constance 3 fois. Ensuite, on alternera les sprints et les marches rapides du métro jusqu’au pont d’Iéna. Puis on enchainera sur les 7 kilomètres. L’objectif c’est de courir une heure minimum sans s’arrêter. J’ai l’impression d’être passée dans une faille temporelle. Il y a trois semaines, tout le monde crachotait après 15 minutes de courses, maintenant c’est limite si elles n’ont pas des compteurs de pas électroniques accrochés au poignet.

Semaine 8 : “Moi je préfère courir les filles que les marathons” Le relou des quais

Il fait étrangement chaud aujourd’hui à Paris (peut-être parce qu’on est mi-août?). Du coup, on court en mini-short, mini-débardeur, mini-chaussettes, mini-compteurs de pas électroniques, et en suant de partout. Evidemment, ça ne manque pas, on se fait alpaguer sur les quais de Seine, façon “Hé les mamzelles, trop charmantes avec vos poum-poum short, moi aussi je kiffe courir les filles, je suis un coureur de jupons ahahahah” Quoi de pire qu’un rire gras ? Rire gras à ses propres blagues. On lui lance un doigt tout en continuant à courir, parce qu’”il faut tout donner, rien lâcher” dixit le coach, même quand on est confronté à un relou des rues. Tu sais ce qui te motive de folie à sprinter ? Un mec très très énervé qui te poursuit sur les quais de Seine en hurlant des insultes. C’est là qu’on a compris ce que c’était que l’esprit d’équipe : courir toutes ensemble dans une même direction.

On a vaincu le relou des quais !

Semaine 9 : “Ça serait con de mourir d’un infarctus pendant une course contre le cancer du sein” Camille

Pour pouvoir s’inscrire à une course, il faut prouver qu’on ne va pas s’écrouler après trois foulées et fournir un certificat médical. Qui dit certificat médical dit médecin traitant. Et là, je me suis rappelé pourquoi je n’allais jamais chez le médecin. D’abord, la salle d’attente. Attendre 3 mois pour avoir rendez-vous chez un spécialiste des cloisons nasales, ok, je veux bien. Mais attendre 3 heures pour voir un spécialiste de rien, je comprends pas. Bref, après trois Grazia et sept Paris Match, j’entre enfin dans l’antre du Docteur Benchetrit, mon médecin depuis 12 ans. Je sais pas trop ce qui est passé par la tête du Docteur Benchetrit, mais il s’est dit que les gens dehors pouvaient bien attendre quelques heures de plus et a décidé de me raconter dans ses plus insignifiants détails la vie de son fils Samuel, étudiant à Berkeley en ingénierie robotique et fervent joueur de tennis (je le soupçonne en fait de chercher à nous marier). Au bout de 40 minutes de joyeuse conversation avec lui-même (je me contentais d’hocher fébrilement la tête, en espérant que mon silence le forcerait à abréger mes souffrances, GRAVE ERREUR), il a sorti son petit calepin de certificats et a rempli case après case sa petite fiche, tout en prenant soin de ponctuer chaque interminable ligne d’une petite remarque sur David, son benjamin (lui aussi bon à marier visiblement).

Mon sésame en main, le corps en miettes après 9 semaines d’entrainement intensif, je me suis dit que je n’étais plus à une souffrance près. Alors quand le coach m’a proposé de m’inscrire à une deuxième course en octobre, Odyssea, j’ai dit MAISÇAVAPASNONBORDELDECUL? oui, bien sûr.

 

En semaine 10, ce sera la course, prévue le dimanche 14 septembre ! Tu as envie de nous voir la mèche collée au front, le décolleté dégoulinant de sueur dans notre débardeur orange fluo ? Tu peux venir nous faire un petit coucou, ou suivre l’événement sur notre Twitter et notre Instagram (oui, oui, on compte twitter en courant !).

Et si on est toujours vivantes, le 5 octobre, on courra encore contre le cancer du sein, lors de la Course Odyssea.

Lubna

Lubna

Grande rêveuse devant l'éternel, Lubna aime les livres, les jeux de mots et les nichoirs en forme de ponts. Elle écrit sur l'art, avec un petit a : bd, illustration, photo, peinture sur soie. Twitter : @Lubna_Lubitsch

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2 Comments

  1. Cassandre says:

    Pleins d’ondes positives pour cette course !!! C’est génial ce que vous faites <3

  2. Artemisia.g says:

    Mais non, on vous a menti, le sport c’est très mauvais pour la santé XD

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