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L’insulte au lit : tentative d’interprétations

Se faire traiter de s***** sous les draps alors qu’on s’indignerait face à la même insulte prononcée en public ? C’est tout le paradoxe de l’insulte sexuelle, passer d’humiliation à stimulation, d’injure à flatterie.

Il y a des sujets qui divisent fortement les féministes, les lesbiennes et bies. Souvent, c’est parce qu’il n’est pas facile d’établir la limite entre consentement et conformité à des codes normatifs. Souvenez-vous de l’article sur l’utilisation du gode. Vous étiez alors nombreuses à communiquer un malaise lié à la répétition d’une sexualité hétéronormée, à affirmer le caractère asservissant d’une pratique considérée comme humiliante. Les insultes font partie de cette catégorie. Pour beaucoup, le terme “pute” est considéré comme une insulte, une dégradation issue d’un imaginaire porno mainstream souvent hétérocentré.

C’est comme traiter quelqu’un de “pédé” ou de “gouine”. Ces termes ont pris place dans notre société en tant qu’insultes et il est parfois difficile d’arriver à les retourner de manière positive. C’est un sujet qui fait débat depuis des années dans les milieux LGBT ou féministes. Il en va de même pour les “insultes” du type “salope”, “chaudasse”, “petite chienne”. A la fois stigmatisantes et injurieuses dans l’espace public, elles peuvent paradoxalement s’inverser dans le cadre intime, et devenir révélatrices d’un attraction sexuelle. L’insulte devient alors flatterie.

“Je t’aime sale petite *****”

Nos désirs sont divers, nous ne sommes pas excitées par les mêmes choses. Pour Giulia, les insultes au lit ont quelque chose de contradictoire :

Lorsque ma copine me traite de ‘petite pute’ au lit, je sens comme un frisson d’excitation qui monte. Mais elle aurait l’audace de m’insulter au supermarché ou dans la rue, je la remettrais à sa place.”

Formatage induit pas l’industrie pornographique ? Narration érotique de bas étage ? Certaines d’entre vous se sentent mal après une insulte de la part de leur partenaire (surtout quand cela n’a pas été discuté au préalable), comme Émilie ou Adélaïde :

“Je n’ai jamais trouvé les insultes sexuelles très excitantes. À 39 ans, je pense toujours que les insultes au lit, c’est surtout un script de mec ou de porno : bref, pour moi, ça reste un cliché”, affirme Émilie.

“Une fois, on m’a insultée et je n’avais plus envie, alors que quand je me touche ça ne me dérange pas d’imaginer une personne qui m’insulte”, ajoute Adélaïde.

Après tout, c’est vrai, si on aime quelqu’un, pourquoi l’insulter ? Je crois que certaines personnes dissocient l’amour du désir, tandis que d’autres l’associent. Parce que l’insulte, tout comme la douleur si on arrive à la détourner, peut devenir un objet d’excitation.

“Les insultes au lit, j’adore ! Mais attention, avec parcimonie. Et j’ai besoin de connaître la personne et que l’insulte soit lancée dans un contexte de ‘jeu’. Je m’explique : j’aime lorsque mon amoureux/se me traite de ‘salope’, ‘chaudasse’ et autres noms d’oiseaux, mais dans un jeu de domination/soumission. Une totale inconnue qui me le dit lors de la première fois, je risquerais d’être choquée. J’aime les insultes sur mon incroyable libido, mais pas sur mon physique. Même dans un contexte de jeu sexuel, je le prendrais mal. Exemple : grosse truie… Lorsque je me masturbe, c’est pareil, j’aime les insultes, l’idée que l’autre m’observe me faire du bien et qu’elle m’humilie, moi la nympho excitée, ça m’excite encore plus.” Géraldine

Mais il ne s’agit pas seulement d’une histoire d’injure qui nous font prendre notre pied, il s’agit aussi de dissocier l’insulte du terme choisi.

Traiter quelqu’un de “pute” ou de “salope” est encore profondément considéré comme une insulte. Moi-même, alors que je tente de faire des efforts pour ne pas insulter une ex, je ne peux pas m’empêcher de céder parfois à la facilité. Malgré ma haine pour le slut-shaming, il m’arrive de prendre le mot “pute” comme une insulte, et de le charger d’un contenu stigmatisant.

Miley n’entend pas être traitée de cette façon

C’est parce que nous avons une utilisation négative de certains mots. Il n’y a aucun problème à être une pute, une salope ou une chienne, pas plus qu’il n’y a de problème à ne pas l’être, à ne pas aimer les insultes au lit.

“Concrètement, dit au bon moment, par la bonne personne (c’est à dire au moins quelqu’un que je connais assez pour me sentir en confiance et avec qui ça matche sur le plan sexuel), ça m’excite. Mais quand j’y pense, je me dis que c’est quand même terrible d’avoir un comportement qui ne colle pas avec mes idéaux. Me faire insulter, c’est pas vraiment mon idéal de relation respectueuse. Mais d’un autre côté, je m’ennuierais bien plus au lit si j’étais tout à fait en paix avec moi-même”, affirme Lisa.

Je me demande si ce n’est pas justement plus sur ce plan de la confiance que sur celui de l’insulte en elle-même que ce joue le problème. Un-e semi inconnu-e qui me glisse un “salope” à l’oreille, obtient trois baffes en réponse. Mais, du coup, le fait d’accepter ça de la part de quelqu’un, c’est faire basculer la relation sur un plan beaucoup plus intime.

Et Lisa d’ajouter : “Après, il faut que ça tienne dans un tout. En ce moment je vois une fille dont j’adore la voix et du coup, on parle énormément au lit. Mais avec d’autres filles, ça aurait juste été complètement absurde. Et heureusement, ça n’exclut ni les câlins ni la tendresse, c’est juste une question de moment, de personne.”

Nous ne fonctionnons pas toutes de la même manière et nos désirs sont souvent en contradiction avec nos principes ou nos valeurs. Mais si le désir existe, c’est parfois qu’on prend plaisir à se faire du mal là où ça fait du bien.

Et toi, tu aimes les insultes au lit ?

 

Sarah

Sarah

Sarah ne parle plus trop de cul ni d'amour d'ailleurs mais ses passions demeurent : féminisme, antispécisme, santé mentale et gingembre.

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4 Comments

  1. timide says:

    … toujours pas non.
    par contre, bien que plutôt impersonnel et dénué d’accroche précise, je trouve l’article intéressant puisque certains témoignages lancent des pistes d’enquête …

  2. Silenus says:

    On m’en a parfois réclamé. Ouvertement. Et il fallait accompagner ça de quelques gestes (claques, tirage de tignasse & co). Si ça m’a surpris les premières fois, parce que sans être vanille je n’étais simplement pas très verbal, aujourd’hui je me prête plus facilement au jeu… s’il y a jeu. Par exemple s’il y a mise en situation, type “j’ai été très vilaine” ou s’il y a provocation.
    En revanche, je crois que la nature de l’insulte joue énormément. “Salope”, “pute” ou “chienne”, c’est dans le registre de la dépravation supposée, on reste dans un champs sémantique sexuel. “Idiote”, “sous-merde”, ça va dans l’avilissement, sur un jeu de domination ça passe. Un jour, un “connasse” tonitruant et enthousiaste a fusé de ma bouche, ça a bien niqué. Mais l’ambiance, seulement…
    Je n’ai pas encore eu droit aux insultes, moi.
    J’avoue que je ne sais pas comment je réagirai.

  3. Artemisia.g says:

    Très franchement, je ne vois aucun obstacle aux insultes sexistes dans le contexte sexuel lorsque c’est, comme le dit l’article, dans un cadre consensuel. Par contre, c’est marrant, mais on m’a tellement traitée de salope dans ma vie que j’ai un peu du mal avec cette insulte en particulier, ça ne m’excite pas du tout, au contraire ça m’irrite. Par contre “petite pute”, je ne dis pas non ;) Et, en revanche, j’ai eu beaucoup de partenaires excitées par un petit “salope” sorti de ma bouche au bon moment… Comme tout, ça se discute, ça se dose, ça se travaille :)

  4. Moa says:

    Bein, c’est pas dans la vraie vie justement.

    C’est un fantasme, un jeu, un truc qui n’est pas vrai. C’est pour cela que ça peut être excitant (pas obligatoire que ce le soit non plus). C’est un interdit franchi.

    Pour ma part, les insultes ne sont pas mon truc (trop timide pour les dire et trop terre à terre pour les recevoir).

    Mais on m’a déjà dit que j’étais assez émoustillant par le verbe (par exemple, je demande “tu aimes ça”. Je le demande au premier degrés ; mais il paraît que c’est déjà excitant).

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