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Gouvernement Valls II : les droits des femmes au placard

Sur le site du ministère du droit des femmes, rien n’a changé. Pourtant hier soir, alors que tous les médias commentaient l’arrivée d’Emmanuel Macron au ministère de l’économie, personne ne remarque que dans l’indifférence générale, on a balayé d’un revers de main le ministère du droit des femmes. Ce ministère promis par Hollande pendant sa campagne redevient du jour au lendemain un secrétariat d’Etat rattaché au ministère des affaires sociales, de la santé…. et des femmes.

Une fois n’est pas coutume, passé le temps de grâce de l’après élection, la crise est revenue, politique, économique, sociale. Et là, plus question de gaspiller de l’argent public pour s’occuper d’un peu plus de la moitié de la population française (51,55% au 1er janvier 2014 selon l’INSEE). C’est le temps des choses sérieuses, des trucs de mecs, des « gouvernements de combat ».

En supprimant ce ministère, François Hollande n’a rien inventé. Ses illustres prédécesseurs avaient déjà montré le chemin. En 1974, Giscard annonce en grande pompe la création d’un secrétariat du droit des femmes avec à sa tête Françoise Giroud, personnalité majeure de la presse et de la politique française. C’est là qu’est votée la loi Veil sur l’IVG, le 17 janvier 1975. Tout est beau, tout est bien. Jusqu’en 1976 et la démission de Chirac du poste de premier ministre. Là, on décide que la fête a assez duré et que deux secrétaires d’Etat, ça ira bien comme ça.

Beware François, Simone is watching you…

Même topo en 1981 avec l’élection de Mitterrand, premier président de gauche sous la Ve république. Période de joie, d’exaltation, et de promesses réalisées. Mitterrand l’avait dit lors d’un meeting devant le mouvement féministe « Choisir » pendant sa campagne : un ministère délégué au droit des femmes sera créé. C’est chose faite dans le premier gouvernement Fabius, avec à sa tête Yvette Roudy. Mais en 1988 ça ne loupe pas. Après une première cohabitation houleuse, tonton Mitterrand est réélu président. C’est la crise, il faut montrer qu’on est des hommes, des vrais, qu’on s’occupe des problèmes des FrançAIS, alors comme on sait si bien le faire maintenant, on transforme feu le ministère délégué en secrétariat d’Etat.

Nous voilà donc revenues en arrière pour une énième fois, reléguées à un simple portefeuille subalterne dans un superministère des affaires sociales et de la santé, au sein duquel on peut imaginer facilement la difficulté qu’aura Pascale Boistard, députée inconnue de la Somme qui n’a jamais fait partie d’un gouvernement auparavant, de s’imposer.

Pascale Boitard

Certaines diront qu’il n’est pas souhaitable d’avoir un ministère du droit des femmes. Que l’horizon, justement, c’est sa disparition totale des radars, qui signifierait qu’on a enfin accédé à l’égalité totale. Mais malheureusement on en est encore loin. D’ailleurs, pas besoin de chercher loin pour en trouver des preuves…

Il suffit de se pencher sur les dernières œuvres du ministère de Najat Vallaud-Belkacem : la loi sur l’égalité réelle homme-femme qui tente de pallier aux salaires toujours inégaux (25% de moins à poste égal), d’inciter les pères à s’occuper de leurs nourrissons (les pères représentent 3% des congés parentaux), d’aider les femmes toujours aussi nombreuses à être victimes de violences conjuguales (600 000 en 2013) ou qui actait enfin la suppression de la notion de détresse en cas d’avortement.

Il suffit de regarder de plus près la composition de ce nouveau gouvernement. Car si à l’Elysée, on se targue d’une parité totale du gouvernement Valls II, quand on creuse un peu, rien de révolutionnaire, bien au contraire. A part Christiane Taubira (Justice), seule femme à la tête d’un ministère régalien, les autres ministres sont comme d’habitude cantonnées à l’éducation, aux affaires sociales, à l’environnement et à la culture. Ajoutons en passant que s’il y a autant de ministres hommes que de femmes, c’est sans compter le duo masculin à la tête de l’exécutif.

Et de rappeler encore une fois, même si l’on aimerait tellement ne plus avoir à le faire, la citation de Simone de Beauvoir qui sonne encore si désespérément juste : «N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis, vous devez restez vigilantes votre vie durant.»

C’est le cas, encore une fois. Pas question de baisser les bras.

Margaux

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3 Comments

  1. Sunny says:

    Bon article mais dire que les ministrEs sont comme d’habitude reléguées à l’éducation et al … alors que justement c’est la première fois qu’une femme est nommée à la tête du ministère de l’éducation c’est un contre sens. De plus le budget de l’éducation nationale est le plus gros des budgets, difficile d’y voir un ministère de seconde zone.

  2. Margaux says:

    La remarque est pertinente Sunny, mais malgré le portefeuille important que représente le ministère de l’éducation il n’est pas considéré comme un ministère régalien. Là était le sens de ma phrase :)

  3. Orkan says:

    ça fait 130 ans que l’éducation est un ministère régalien. Il le serait d’autant plus si la droite conservatrice n’avait pas protesté dans les années 80.

    Ce que je lis est affligeant. Les lois sur lesquelles NVB a planché vont prendre effet très vite. Les quelques ministres femmes du gouvernement sont des machines de guerre (Royal, Pellerin, NVB, Taubira)

    Qu’il y ait ou non un ministère, ce qui importe, c’est le progrès social. .L’évolution des lois et des moeurs. Surtout des moeurs. Quand je voyais les photos de presse du Ministère de NVB, avec des entreprises “exemplaires” en terme de parité, je voyais quoi ? Une rangée de femmes souriantes cachant des hommes rangés au second plan. Le droit de la femme, la parité, ça n’est pas ça. Tout comme le Développement Durable, le droit de la femme n’a pas lieu d’avoir un ministère. Ce sont des oeuvres transversalles qui doivent s’imprégner sur l’ensemble des politiques affectant notre société. Pas des politiques en soi.

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