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PHANTOGRAM : « La politique ou la religion n’ont pas à interférer dans une histoire d’amour »

Phantogram, on les découvre il y a cinq ans, avec leur premier album Eyelid Movies sorti sur le label indé Barsuk Records. Vibrant, habité, rempli d’une énergie à la fois furieuse et mélancolique, ce premier opus, avec ses quelques tubes -When I’m Small, Running From The Cops, Mouthful Of Diamonds-, révèle au monde ce duo de Greenwich, New York, mais aussi et surtout, un des groupes indé les plus talentueux de sa génération.

Depuis, Josh Carter et Sarah Barthel ont enchaîné les tournées, les EP et les collaborations, notamment avec Big Boi, du groupe Outkast. En 2013 ils signent chez Universal. Alors on s’en doute, Voices, le deuxième album, qui sort en juin 2014, est mieux produit, mieux mixé, plus carré. Et les critiques fusent. Évidemment. Et pourtant, il suffit d’écouter attentivement pour que la voix lunaire de Barthel fasse toujours décoller le plus lourd des mastodontes. Voices ou 11 tracks comme autant de voix qui s’élèvent vers le ciel pour dire adieu. La pluie vient frapper le carreau de la Villa Bellagio, derrière Carter et Barthel qui se livrent à demi-mot. « Notre album est dédié à un de nos amis, décédé l’année dernière ». Silence. Les sourires et la lumière sont là. Rencontre.

Voices vient de sortir, pourquoi avoir attendu plus de cinq ans pour sortir un nouvel album ?

Sarah : Ça fait un bail qu’il était fini en fait, on a commencé à l’écrire il y a environ deux ans et demi.

Pourquoi avoir sorti un EP juste avant, fin 2013 ?

Sarah : J’ai juste toujours aimé l’idée de sortir des EP, de nos jours le public est assez impatient, il aime les singles, les EP, tout tout de suite.

Vous avez signé récemment avec un gros label, Universal, vous avez l’impression que ça a joué sur votre musique ? 

Josh : Non, je crois que ça s’inscrit dans l’évolution naturelle de ce qu’on a toujours fait. On a beaucoup tourné, on a construit notre base de fans, notre premier album est sorti sur un label indé aux États-Unis et ça a vraiment buzzé, en tous cas aux États-Unis, peut-être moins en Europe, et du coup tout un tas de labels se sont battus pour nous faire signer ; on a décidé de signer là et de voir ce que ça allait donner. On aurait pu signer de nouveau avec un label indé mais ça aurait été comme une stagnation, voire quelques pas en arrière pour un groupe comme le nôtre.

Et vous ça vous fait quoi en tant qu’artiste de signer sur un label aussi important qu’Universal ?

Sarah : On est très chanceux tu sais, le contrat qu’on a signé est parfait, on a gardé le contrôle de toute notre création musicale. Et ce n’est pas le cas chez tous les gros labels, ils nous ont signé pour nous mettre sur le devant de la scène et pas pour moduler notre musique à leur image. C’était facile pour nous, de prendre cette décision, car on avait pas à changer notre musique. Signer chez eux a été synonyme de plus de passage en radio, plus de presse, plus de tout, on est très heureux du coup.

Et ça n’a pas influencé la qualité de votre musique selon vous ?

Sarah : Non. Vraiment pas.

Josh : Ça aurait pu oui, mais on connaît notre son, on sait ce que l’on fait en tant qu’artiste du coup ça n’a rien changé, on a juste continué de faire ce qu’on aimait faire.

C’était la première fois que vous travailliez avec un co-producteur non ?

Josh : Oui ! J’avais produit les opus d’avant.

Sarah : C’était génial de travailler avec John Hill. Souvent, les producteurs ont des visions puis les artistes opèrent. Avec John Hill c’était différent, on savait déjà ce qu’on voulait et il l’a senti, du coup il nous a juste aidé à réaliser ce qu’on voulait faire.

C’est quoi la chanson que vous avez eu le plus de mal à mettre sur pied ?

Sarah : Je crois que celle sur laquelle on s’est le plus pris la tête c’est Howling At The Moon. On voulait vraiment qu’elle soit sur l’album, elle est très importante pour nous. C’est très difficile d’écrire une chanson quand la musique est déjà là, et c’est ça qui nous a posé le plus de problème.

Pourquoi c’était si important pour vous d’avoir cette chanson sur l’album ? 

Josh : Un de nos amis, qui est décédé l’année dernière, a co-écrit les paroles de cette chanson. Notre album lui est dédié, c’est en partie pour ça qu’il était aussi important d’avoir la chanson sur l’album.

Et la chanson Bill Murray, d’où ça vient ? Vous êtes des.. fans de Bill Murray ? 

Sarah : Oui, on adore Bill ! Mais les paroles de la chanson n’ont rien à voir avec lui. Pour nous, la chanson est très cinématique et le lien s’est fait tout seul dans nos têtes quand on a écrit les paroles.

Vous aimeriez l’avoir pour le clip ?

Josh : Oui !

Sarah : On espère qu’il acceptera oui. On ne lui a pas encore demandé. Mais ce serait génial.

Et si vous deviez donner le nom d’un artiste à une de vos prochaines chansons, vous choisiriez qui ?

Josh : Woody Allen ? (rires)

Sarah : Bonne idée !

Et ça sonnerait comment ?

Sarah : Ce serait une chanson… chaotique.

Josh : Ce serait une chanson qui dirait : « j’ai glissé sur une peau de banane » (rires), en gros, un véritable désastre.

Je suis pressée de l’entendre ! J’ai d’ailleurs l’impression que vous n’écrivez jamais de chansons très joyeuses, vous pensez en écrire une un de ces jours ?

Josh : Ça dépend (rires).

Sarah : Oui, ça dépend aussi de ce que tu entends par « joyeux ». Certaines de nos chansons ont l’air joyeuses mais les paroles ne le sont pas. Du coup je ne sais pas, j’espère un jour pouvoir écrire un tube comme Today des Smashing Pumpkins…

Josh : Today est super déprimante ! (rires)

Sarah : Oui c’est vrai (rires), je crois que c’est le plus joyeux auquel on puisse tendre !

Josh : Je ne suis même pas sûr d’aimer les chansons joyeuses, du coup je ne prévois pas d’en écrire mais on ne sait jamais. T’as des idées de chansons joyeuses que tu aimes vraiment toi Sarah ?

Sarah : Je ne sais pas, justement, je réfléchis.

Josh : Même mes chansons préférées des Beatles sont les plus tristes.

D’après vous pourquoi les gens sont attirés par tout ce qui est triste, dans l’Art je veux dire ?

Josh : Je ne sais pas, je ne crois pas en un contraste défini entre blanc et noir, bonheur et tristesse, je ne pense pas que certaines chansons soient nécessairement tristes ou joyeuses à 100%. Je crois que ce qui fait de toi un bon artiste c’est cette part de lumière que tu gardes en toi, c’est de savoir explorer l’existence avec sa tristesse et ses bonheurs, cette dualité, c’est elle qui provoque le plus d’émotions.

Vous avez pas l’impression, du coup, que votre musique est très féminine ?

Sarah : Je crois que pour nous, il est primordial d’écrire des chansons basées sur l’émotion, c’est peut-être ça le côté féminin de notre musique. Sans doute parce que les femmes sont connues pour être plus ouvertement sensibles. Les hommes, même s’ils le sont, je sais pas pourquoi, ça les amuse de le cacher (rires).

Josh : J’écris le plus gros des paroles, je suppose donc que je suis plus en phase avec mon côté féminin, mais la seule chose de vraiment féminin que j’entends dans notre musique c’est la voix de Sarah. Je suppose que je ne suis pas le genre de personne qui considère la musique en termes de genres féminins ou masculins…

Vous écoutez votre propre musique ? 

Josh : Pas souvent non…

Sarah : Moi oui.

Et ça te fait quoi Sarah, d’entendre ta voix ?

Sarah : Je ne l’entends pas vraiment en fait. Mais c’est vraiment un très bon album, du coup je l’écoute souvent, c’est important pour moi. On a écrit l’album il y a environ deux ans alors avant de monter sur scène, j’ai besoin de m’y connecter. J’étais différente à l’époque où on l’a écrit. Je n’ai pas envie de « performer » les paroles, je veux les vivre en live.

Et concernant le public, il y a un pays où vous aimez tout particulièrement jouer ?

Sarah : La France ! Sans rire, ce n’est pas parce qu’on est ici qu’on dit ça. Mais ça a toujours été le cas. C’est là que notre public est le plus fidèle en Europe, même plus qu’à Berlin. Et je me sens proche de la France, j’ai étudié le français quand j’étais plus jeune. Quand j’entends des gens parler français, je.. me sens bien.

C’est quoi que vous préférez quand vous venez en France ?

Sarah : Les gens.

Josh : Oui, les gens sont toujours sympas. Et la nourriture aussi, toujours très bon. Le café est délicieux. Puis je fume, du coup j’aime le fait que tout le monde fume en France (rires).

Ha oui, pratiquement personne ne fume aux États-Unis c’est ça ?

Josh : Beaucoup de gens fument encore mais c’est assez mal vu. C’est bien, que les gens fument moins, évidemment, mais je sais pas, j’aime traîner avec ma cigarette.

Vous avez l’impression que la France est un pays assez libertaire ?

Josh : J’ai l’impression oui. C’est beaucoup moins reculé que la plupart des endroits que j’ai visités, que la plupart des états américains.

Sarah : Je suis très jalouse de la façon dont les européens vivent. Les européens, contrairement aux américains, travaillent pour vivre et ne vivent pas pour le travail. Aux États-Unis, les gens oublient de profiter de la vie et travaillent trop.

Vous avez entendu parler des manifestations pour le mariage pour tous en France l’année dernière ? Vous en pensez quoi ?

Josh : Je n’en ai même pas entendu parler. Le truc c’est qu’on passe notre temps on studio. Je ne sais même pas ce qui a pu se passer au coin de la rue, alors imagine en France !

Ça vous choque que les gens se soient battus les uns contre les autres pour une cause telle que le mariage ?

Josh : Non, ça ne me surprend pas. Tu sais aux États-Unis, c’est quelque chose dont les gens parlent beaucoup. Je pense que c’est ridicule. Les gens devraient pouvoir faire ce qu’ils veulent.

Sarah : C’est très frustrant de voir que les gens ne comprennent pas, c’est de l’amour, qu’importe entre qui il naît, la politique ou la religion n’ont pas à interférer dans une histoire d’amour, ça ne fait aucun sens. Mais j’espère que dans le futur ça ne fera plus autant débat.

 

Adeline

photos : Iris Marchand

 

 

 

 

Adeline

Caution musicale de la team et rédactrice en chef du mag Heeboo, Adeline est amatrice de sonorités brutes et de soirées sans façons. Elle aime : le bleu / ponctuer ses interventions de points / râler. Ses soirées à elle (et à tout le monde) : Sneaky Sneaky.

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One Comment

  1. timide says:

    mum, glamour ce synthé !

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