Des gay prides à Madrid (2)

Deux Gay Pride pour Madrid

Si vous passez par Madrid la première semaine de juillet et que vous n’êtes pas avisé préalablement des particularités locales, vous risquez bien de vous prendre la mèche dans les roues de votre longboard. De surprise, j’entends.

Dans le marais Madrilène, Chueca, la fierté dure une semaine entière, rythmée par mille activités. Les boites de nuit s’annoncent partout, tapissant des murs entiers de torses si dessinés qu’ils nous rappellent que Photoshop existe aussi pour les garçons. Les concerts en plein air rassemblent tellement de monde que, pour quelques jours, on passe au-dessus de la loi prohibitive sur la consommation d’alcool dans les lieux publics. Les hôtels et les Airbnb se louent à prix d’or. Les LGBT et +++ débarquent de toute l’Europe, les yeux brillants à l’idée de célébrer cette fête qui leur est réservée. Des villes voisines aux villages les plus reculés d’Espagne, les jeunes viennent chercher une concentration au kilomètre carré de confrères et des consœurs d’orientation sexuelle qu’ils ne trouveront jamais chez eux. Ces jours-là, cela vous coûtera une petite fortune d’aller danser dans les soirées pour filles du centre-ville.

La marche à lieu le dernier jour, comme un couronnement à toutes ces festivités. En tête, les « sans chars » accompagnés des batucadas, des travestis et tout le show des piétons, suivis de près par la trentaine de poids lourds remplis de gens bien foutus, qui te regardent de haut et t’envoie une giclée d’eau s’ils te trouvent à leur goût. En somme rien de bien exotique. Mais en y regardant de plus près, on se rend compte qu’à une ou deux exceptions près, tous les chars sont commerciaux : ici pas d’UMP à roulette, pas de charrue BDSM, de poussette David et Jonathan. Peu d’associations, pas de corps de métier, pas de char étudiant. Pas de Gouines comme un camion, pas de MAG. Si on devait, en regardant ces chars, se faire une idée du quotidien LGBT espagnol, on pourrait croire qu’on passe notre temps entre la salle de sport et la boîte de nuit, à boire des boissons énergétiques en slip à logo.

C’était surprenant de constater que, lors du coup d’envoi de ce marathon de corps huilés, le discours officiel prononcé par la désormais célèbre Conchita Wurtz, s’est transformé en pure et simple promotion d’une des fêtes privées ayant lieu le soir même dans un lieu appartenant, étrangement, au président de l’association d’entrepreneurs ayant la mainmise commerciale sur les festivités. Surprenant également, de faire ça le 5 juillet, pour éviter de faire concurrences aux Gay Prides de province disent-ils, s’éloignant ainsi de ce qui fais l’essence de cette manifestation : l’anniversaire des émeutes de Stonewall.

Au fil du temps, « la fête de l’Orgullo » s’est convertie en l’un des évènements les plus lucratifs organisé par la ville : tous les ans, 110 millions d’euros viennent renflouer les caisses de Madrid, et près de 1,3 millions de personnes s’amassent entre la gare et le Prado pour écouter les slogans pour le moins politiquement corrects (« Nous manifestons pour ceux qui ne peuvent pas ») soufflés par les associations organisatrices.

Depuis quelques années, sentant que cette marche ne célèbre plus grand-chose si ce n’est le pouvoir d’achat des habitants de Chueca, l’Assemblée Transmaricabollo (littéralement « transpédégouine »), la branche LGBT du mouvement 15M, organise une gay pride alternative, cette fois le bon jour. On y dénonce en vrac l’hétéronormativité, les politiques d’austérités en terme de santé, la sérophobie, la putophobie, la pathologisation de la transsexualité, la proposition de réforme sur l’avortement, la réduction de l’accès à la PMA. Face à la mercantilisation et à la dépolitisation de la Marche Officielle, quelques centaines de personnes ont défilé quatre heures durant, le 28 juin dernier, dans l’esprit de nos ancêtres de Stonewall, ceux qui n’ont pas voulu supporter une minute de plus la violence policière.

Julia

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