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Redécouvrir Violette Leduc

« Mon cas n’est pas unique. J’ai peur de mourir, et je suis navrée d’être au monde. Je n’ai pas travaillé, je n’ai pas étudié. J’ai crié, j’ai pleuré. Mes larmes et mes cris m’ont pris beaucoup de temps. La torture du temps perdu, dès que j’y réfléchi… »

Ce sont les premières phrases de La Batarde de l’écrivaine française Violette Leduc (1907-1972). La réalisatrice Esther Hoffenberg emprunte cet extrait dans le début de son film documentaire Violette Leduc – Chasse à l’amour. Quelques branches des arbres au-dessus des eaux douces, le visage de Violette Leduc surgit petit à petit en juxtaposition entre l’âme et la nature, nous raconte sa vie et ses écrits avec ses yeux chargés des vécu. Tout cela compose les premières images de ce film documentaire qui lui rend hommage.

Violette Leduc reste une écrivaine relativement méconnue de son époque. Comme beaucoup des génies féminins, elle était aussi en avance de son temps. Elle fut célébrée par une nouvelle génération des lecteurs. Avec la sortie en salle du film Violette de Martin Provost, la popularité du roman Thérèse et Isabelle a connu un renouveau dans le milieu LGBT. Violette Leduc suscite l’admiration par l’audace de son écriture. Son amitié singulière avec Simone de Beauvoir fait naître beaucoup de curiosité et d’ interrogations.

Qui est Violette Leduc ? Une batarde (disait elle-même « Pourquoi ne pas appeler un chat un chat ? »), une écrivaine méconnue, une solitaire qui possède l’art de dialoguer avec les objets et la nature, un être passionné qui cherche désespérément l’amour, une femme libre, libre d’aimer des femmes, libre d’aimer des hommes, libre de ne pas aimer au nom de l’amour, libre d’amener sa vie comme ce qui lui semble le bon…

Pourquoi un film documentaire sur Violette Leduc? Esther Hoffenberg répondait: « Ce n’est pas simplement l’oubli relatif d’un grand écrivain qu’il fallait réparer, mais surtout un regard sur le monde, par la littérature, que j’ai eu envie d’éclairer. »

Violette Leduc – Chasse à l’amour porte un regard authentique et intime sur la vie de Violette Leduc,  notamment à travers ses œuvres littéraires. Entre Paris et Faucon, le film retrace la vie de l’écrivaine avec finesse et justesse. Hoffenberg tisse, entre les archives, les interventions des écrivains, des universitaires et des proches de Leduc, un récit riche et vif. Les extraits de ses textes, interprétés par la voix de Dominique Reymond, et la musique épurée interprétée au Hang par Francesco Agnello, font revivre Violette Leduc sur l’écran, et nous prolonge dans l’univers poétique de l’écrivaine.

On se demande pourquoi tant de souffrance et de mélancolie pour une telle beauté dans l’écriture ? Une enfante batarde qui n’a jamais été reconnue par son père, qui n’a pas été aimé avec tendresse par sa mère, demeurait dans ce monde comme une orpheline qui se croit laide, complexée toute sa vie par l’origine de sa naissance, portant le goût de l’absolu et le don naturel de soi envers ses prochains, Violette Leduc nous parle de la persécution, de l’érotisme, de la lutte et de l’amour, toujours d’un point de vue féminin. Elle écrivait dans sa lettre à Simone de Beauvoir : « Je suis un désert qui monologue. »

L’asphyxie, L’affamée, Ravages, La Batarde, Folie en Tête, Chasse à l’Amour… Les œuvres de Violette Leduc témoignent de sa passion pour la vie. Tant des larmes et des cris ne témoignent pas simplement de la souffrance et du temps perdu, ils sont aussi des témoins d’un vécu précieux. Parce que selon Violette Leduc : « Souffrir, c’est de vivre ; se désespérer, c’est de vivre énormément. »

Pourquoi l’écriture? Quel est le rapport entre sa vie, son écriture et ses amours ? « Ma mère ne m’a jamais donné la main. » Voici la première phrase du premier œuvre de Violette Leduc « Asphyxie ». Voici qu’une écriture féminine « occupe une place singulière dans la littérature française du XXème siècle ». Esther Hoffenberg disait : « Elle réussit à aborder l’écriture avec humour, à la fois comme remède et comme maladie. Enfin, sa capacité à s’éloigner du milieu parisien qui la célébrait, une fois le succès arrivé. Elle n’a jamais changé, elle ne s’est jamais reniée. » Certes, La Batarde a sans doute existé comme l’emblème du succès de l’écrivaine. Mais pour Leduc, le succès n’a changé son rapport avec les êtres et les choses.

Elle garda toute sa vie les photos de Simone de Beauvoir dans sa chambre à Paris et à Faucon, pour se souvenir à chaque instant le soutien, l’amitié et l’encouragement que Simone de Beauvoir lui apportait. Pour Violette Leduc, Simone de Beauvoir est sa raison d’être sans qu’elle-même soit dans sa vie. Elle transforme sa passion en un amour intemporel et un respect profond pour Beauvoir, elle savait que ce n’est que par son travail, par sa propre écriture, qu’elle pourrait lui rendre sa reconnaissance et son amour. Elle disait : « J’ignorerai toujours ce que signifie ce mot l’amour, lorsqu’il s’agit de moi et d’elle (Simone de Beauvoir). »

L’amitié entre Leduc et Beauvoir est un cas unique dans la littérature française. Beauvoir rencontre Leduc lorsque cette dernière est âgée de 38 ans. Beauvoir  trouve en elle un style, une liberté de ton et un talent d’écrivain et décide de la soutenir. Elle lui verse alors une allocation mensuelle pendant une quinzaine d’année par l’intermédiaire de Gallimard, pour qu’elle puisse se consacrer entièrement à la littérature. Elle compte parmi les personnes les plus proches de Leduc, et sans doute, la plus importante.

Simone de Beauvoir écrit dans la préface de La Batarde : « Une femme descend au plus secret de soi et elle se raconte avec une sincérité intrépide, comme s’il n’y avait personne pour l’écouter. ‘Mon cas n’est pas unique’, dit Violette Leduc en commençant ce récit. Non : mais singulier et significatif. Il montre avec une exceptionnelle clarté qu’une vie, c’est la reprise d’un destin par une liberté. »

 

Sophia Liu

 

 

 

 

 

 

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