Longboard_Girls_Crew

Longboard : les filles prennent le pouvoir

Longtemps considérée comme un loisir essentiellement masculin, la glisse fait son coming-in dans le coeur des françaises. Le petit milieu calfeutré des riders commence doucement à se féminiser, mais il y a encore du pain sur la planche avant que les femmes ne s’emparent de la route.

Le skate, une affaire d’ado attardés ? Certainement pas ! Alors qu’il était jusqu’à là confiné à des espaces confidentiels, relayé au rang de sport pour teenager, le skate devient aujourd’hui l’objet de toutes les convoitises. Le mini cruiser de la marque Penny, ce petit skate en plastique aussi grand qu’un avant-bras, est devenu en quelques mois la mascotte cool des bobos et des filles fans de glisse.

A en croire les magazines de mode et les prescripteurs de tendance, le skate fait son grand retour au printemps 2011, lorsque la marque de luxe Vuitton sort sa première planche griffée, suivi de près par Céline et Chanel. Rendue esthétique et tendance, la planche à roulettes devient rapidement un phénomène de mode sur papier glacée. “Décryptage du look skateur”, “20 baskets pour faire du skate”, “Le revival du skateboard”. Modeuse et skateuse, c’est le nouveau mantra des magazines féminins. Mais certaines filles n’ont pas attendu que le skate soit fashion pour surfer le bitume.

“Dire que le skate est la nouvelle tendance de la saison, non !”, s’offusque Sophia, qui s’est mise au longboard il y a quatre ans, après plusieurs années de skate à l’adolescence. “C’est un milieu très masculin, ce n’est pas du tout évident de se faire une place. C’est vrai que mal de garçons aiment se complaire dans l’idée que les filles sont là pour le côté branché, mais le longboard, pour moi, c’est un vrai sport !”.

Pour Héloïse, le constat est plus nuancé : “Dans le milieu du skate, dans les skateparks ou dans la rue, aucun rider ne m’a jamais fait de réflexion parce que j’étais une fille, au contraire. Mais je pense que c’est un sport ou il y’avait beaucoup plus de « références masculines ». Il n’y a qu’a voir les milliers de vidéos de skate que je me suis matée à l’adolescence, il n’y avait pas une fille. Les grands noms c’était Tony Hawk Rodney Mullen ou Bob Burnquist . Mais je ne me rappelle pas d’un seul nom de femme. C’est différent avec le longboard, parce qu’il n’y a pas de « tête » encore très connue. Puis c’est une approche vraiment différente, moins underground et plus accessible. Quand tu roules à Paris, il y a autant de filles que de garçons qui pratiquent le longboard et ça va de 7 à 77 ans.”

En effet, depuis un ou deux ans, les lignes bougent et la scène skate féminine française prend de l’ampleur. Les filles s’emparent des longboards, plus maniables et flexibles. Plusieurs crews se forment en province et à Paris, pour se regrouper et rider ensemble. Alors, qui sont les longboardeuses ? Pourquoi pratiquent-elles ce sport ? Comment s’exprime leur passion ?

Tout d’abord, une distinction s’impose. Mélanger skate et longboard, c’est un peu comme vanter les mérites du VTT à un amateur de fixie. Pour Marie, créatrice de planches et longboardeuse assidue : “Le skate et le longboard ont beau se composer d’une planche, de deux trucks et de quatre roues, en réalité il s’agit vraiment de deux pratiques très différentes. Le skate, grâce à ses petites roues dures est très adapté aux figures et à la rampe, même si on peut aussi se promener avec sans problème, alors que le longboard de cruising, avec ses roues souvent plus grandes et souples, sa rapidité et son confort, est très adapté au déplacement, qu’il soit en ville, sur route, bord de mer. “

Pourquoi les filles plébiscitent-elles autant le longboard ? Pour Héloïse, le longboard est avant tout plus adapté à son désir de liberté : “Ce qui me plait dans le longboard, moi qui pratique le cruising, c’est la sensation de glisse, la liberté que ça procure de pouvoir avancer en glissant. Déplacer son corps dans l’espace, en « surfant » sur le bitume, c’est très grisant comme sensation. Et puis le longboard, c’est « facile », enfin beaucoup plus facile que le skateboard. Toutes celles qui ont eu une mauvaise expérience avec le skate doivent passer outre parce que c’est vraiment très différent. On peut apprendre le longboard en une après-midi et commencer à prendre du plaisir !”

Même son de cloche pour Juliana : “J’ai commencé le skate à l’adolescence mais maintenant je ne me remets plus aussi facilement qu’avant de mes chutes. Je n’ai pas souvent l’occasion d’aller surfer alors pour moi la suite logique c’était le longboard. J’aime surtout rouler sur des longues distances, gagner de la vitesse et prendre les virages à fond.”

Plus simple que le skate, mais aussi plus adapté à un usage de groupe, le longboard se pratique facilement à plusieurs. Se regrouper entre filles pour rider, c’est d’ailleurs pour de nombreuses filles une nécessité. “Ce milieu est clairement sexiste, c’est d’ailleurs pour ça qu’il y a de plus en plus de crew féminins de longboard qui se forment. Pas facile de s’intégrer alors qu’on est pourtant tout aussi bonnes.” ajoute Juliana.

Des crews, il y en a des dizaines. Mais les premières à avoir initier un changement significatif viennent de Madrid et s’appellent le Longboard Girls Crew. En 2010, lassées de faire face au monopole masculin dans les compétitions sportives, ces copines madrilènes ont crée une communauté de rideuses en proposant à toutes les fans de glisse de se rencontrer et de se programmer des sessions communes. Quatre ans plus tard, le LGC comptent pas moins de 150 000 fans sur Facebook et 40 communautés ambassadrices du projet, dont une en France ! Leur manifeste témoigne en effet d’un certain engouement :

“Nous sommes témoins d’un changement significatif, le skate devient de plus en plus paritaire. C’est d’ailleurs très gratifiant de se dire qu’on y est peut-être pour quelque chose. Des femmes de talents pratiquent le longboard à un niveau professionnel depuis les années 60 et pourtant, les stéréotypes de genre continuent de pourrir le milieu. Au début, les gens étaient surpris de voir des filles skater, et même les filles elles-mêmes redoutaient de se mettre au skate. Mais les choses changent. Ensemble, nous avons créer quelque chose de grand, et nous continuerons afin de faire évoluer le longboard féminin.”

Si le longboard plait autant, c’est qu’il allie la maniabilité à la vitesse. Plus souple, il permet de faire du “cruising”, de la balade donc, en milieu urbain ou rural, du slalom, du carving (sur des pentes plus engagées), du “downhill” pour les assoiffées de vitesse et même du dancing, comme la demoiselle ci-dessous :

 Moins technique mais plus libre que son cousin du bitume, le longboard répond avant tout à un désir de simplicité et de rassemblement, à l’image d’Héloïse : “Le Longboard, c’est parfait pour la balade. On peut s’organiser des sessions à plusieurs et rider pendant des heures, ou alors je peux simplement sortir ma planche pour aller acheter mon pain.”

Lubna

 

photos : LGC Spain & State Of Grace

Lubna

Grande rêveuse devant l'éternel, Lubna aime les livres, les jeux de mots et les nichoirs en forme de ponts. Elle écrit sur l'art, avec un petit a : bd, illustration, photo, peinture sur soie. Twitter : @Lubna_Lubitsch

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9 Comments

  1. Sofia says:

    Merci pour cet article ! Personnellement je n’ai pas attendu la mode pour m’acheter un longboard il y a quelques annees. Un côté garçon manqué associé à l’amour de la glisse explique sûrement cela ; ) C’est vrai qu’à part ces crews de nanas vues sur le web, je ne croise jamais de filles en longboard sur Paris. Par contre des mecs, des trentenaires, sans problème. Ce qui étonne beaucoup moins les gens… Les aprioris ont le vie dure !…

  2. Coco says:

    Les vidéos sont impressionnantes ! Merci, j’adore découvrir de nouveaux sports dans le genre.
    (à quand un article sur le monocycle street, trial ou tout-terrain féminin ? :P )

  3. timide says:

    belles planches !

  4. Rach' says:

    Ouais ouais c’est pô mal… Perso je fais du skate depuis plus de 10 ans et je peux pas m’empecher de voir le longboard comme une solution de “facilité” pour les filles voulant rider.
    Alors ouais la sensation est sympa et tout, mais je trouve ça un peu limité. M’enfin, ce n’est que mon avis de vieille skateuse qui aime le punk rock et le coté “destroy” du skateboard ;)

  5. Akuarian says:

    @Sofia Si jamais tu vas à Lyon, Il y’a des crews qui sont plus mixtes et très friendly. Le nouveau quartier de Confluences est un super spot, et le décor est pas trop mal de jour comme de nuit. En tou cas “Ride On”

  6. Helene says:

    Bonsoir ! Super site qui donne vraiment envie. Perso j’ai fait du skate pendant 4 ans durant mon adolescence. Puis j’ai pratiqué des sports de glisse aquatiques et surtout le bodyboard ! Mais désormais j’habite dans les terres, à Valence et je n’ai jamais pu retrouver ces sensation procurées par la glisse dans d’autres sport. Du coup je me suis achetée un longboard et je trouverais ca génial d’en pratiquer avec d’autres nanas. Savez-vous s’il y a des crews asso où autres à Valence ?

  7. Maeva Days says:

    Bonjour et merci Lubna pour cet article !
    Je rêve de faire une vidéo de skate dancing avec des skateuses sur Paris. Si en écrivant cet article tu en as rencontrée?
    Ou si une lectrice se reconnaît ?
    Hésitez pas à me contacter pour plus d’infos,
    Au plaisir
    Maéva

  8. Manu says:

    @Helene : sur Valence, nous organisons des sessions via https://www.facebook.com/groups/sessionslongboard2607/ `
    Tu seras la bien venue!
    A++
    Manu

  9. Lola says:

    Bonjour a tous,

    Découvrez LONGDOC, la nouvelle association de Longboard sur Montpellier !!!

    https://www.facebook.com/assolongdoc/?fref=mentions

    On a commencer les inscriptions pour le Fise, et surprise on est nombreuses !!!!! J’ai hâte!

    - @Longdoc ! -

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