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Austra : « Maya a du faire un choix entre Austra et Trust »

Un an après la sortie de leur deuxième album, Olympia, Katie Stelmanis et son groupe, Austra, sortent un nouvel EP, Habitat. Plus électronique et conceptuel qu’Olympia, mais tout aussi glaçant que Feel It Break, Habitat est une boule de neige enflammée quasiment intégralement instrumentale. L’occasion pour Barbi(e)turix de revenir sur notre rencontre avec la chanteuse, il y a presque un an. Dans les bureaux de Domino, elle nous parlait de sa collaboration avec Maya Postepski, de l’Europe, sa terre d’adoption, plus ouverte « aux artistes femmes de caractère » puis de Grimes, et des sea-punks. Tout un programme ! Rencontre.

Sortir un deuxième album après un gros succès, ce n’est jamais évident. Vu le succès de Feel It Break, j’avais peur d’écouter Olympia. Toi tu as eu peur du retour des gens ?

(rires) Non, pas du tout en fait. Je pense qu’au final ce second album est le premier de vraiment abouti. Pour Feel It Break on savait dans les grandes lignes ce qu’on voulait faire, sauf qu’au final je crois qu’on y est jamais vraiment arrivé. Pour Olympia, on a réussi à faire que l’on voulait vraiment à la base, du coup si les gens ne l’aiment pas, je ne peux pas y faire grand chose. Dommage pour eux !

Donc ton premier album ne te correspond pas ?

C’est juste que Feel It Break était un peu glacial et sur le coup je n’ai pas compris pourquoi. Plus tard, j’ai réalisé que c’était parce qu’on avait utilisé des sons d’ordinateurs un peu foireux et que la production était mauvaise, ma voix était super compressée et sonnait un peu mécanique. Du coup, pour le nouvel album, on a fait attention à ce que chaque son ressorte comme on voulait qu’il ressorte. Je crois qu’on a été plus professionnels pour celui-ci.

Tu étais dans quel état d’esprit au moment où vous avez écrit Olympia ? Il paraît que tu étais un peu paumée après la tournée de Feel It Break...

Oui, (rires), pour le premier album j’étais un peu psycho-rigide, je voulais tout faire moi même, j’étais à la fois chanteuse du groupe mais aussi manager, tourneuse… j’en faisais trop, je n’avais plus de vie. Au bout d’un moment j’en suis venue à voir les choses plus d’un point de vue de managing que créatif et je me suis rendue compte que je n’arrivais plus à communiquer avec les autres membres du groupes. J’ai fait un break pendant quelques mois, je me suis coupée de tout, sans téléphone ni Internet, histoire de me retrouver, de me relaxer mais ça a pris du temps.

Je t’ai eue au téléphone il y a deux ans, tu étais dans un train en Écosse et tu m’as confié vouloir un jour donner un concert en Lettonie vu que tu as des origines de là-bas. Tu l’as fait depuis ?

Oui ! Pour le Nouvel An 2012, j’ai joué là-bas et c’était complètement délirant. J’étais vraiment super stressée, tu sais le nom du groupe, Austra, c’est du letton. Austra c’est le nom de la déesse de la lumière dans la mythologie lettonienne, du coup j’avais peur que les gens s’attendent à ce que je leur parle en letton, ce dont je suis incapable ! (rires) Mais au final, non, j’étais soulagée. Mais c’était vraiment cool, j’ai beaucoup de famille là-bas et ils sont venus voir le concert, on a traîné ensemble, c’était super !

Tu as déclaré qu’Olympia était le fruit d’un travail plus collaboratif…

Oui ! Avant j’écrivais environ 90 % de la musique d’Austra. Cette fois-ci j’ai fait exprès de ne pas finir les chansons, je les ai amenées au groupe et on les a terminées ensemble. Je préfère travailler comme ça, on s’inspire les uns les autres. On expérimente ensemble, et s’en sort vraiment bien. Ce qui ne veut pas dire que je ne ferai plus jamais rien en solo, mais je crois que là, on est en train de trouver notre son, donc pour le moment je préfère travailler de cette manière là.

Cet album est beaucoup plus groovy, plus rythmé non ?

Oui, complètement. Tu sais, Maya (Postepski) et moi, on a toujours beaucoup écouté de techno, de musique électro, on est DJ aussi depuis quelque temps, du coup on a beaucoup de vibrations de clubbing dans nos têtes ; puis il y a beaucoup de Maya dans cet album et sa vie, c’est le rythme ! Donc c’est un peu pour ça que l’album est plus groovy que le premier.

C’est vrai, qu’Olympia est plus réaliste que le premier album ?

Je ne sais pas bien. Je crois que j’ai passé beaucoup de temps à me cacher derrière des idées de « fantasme », de « surréalisme », ce qui me va en soi, mais j’avais besoin de faire quelque chose de très différent pour cet album. J’étais arrivée à un point de ma vie où j’avais besoin de faire quelque chose de plus authentique, de plus réel, qui puisse parler aux gens de choses qui les touchent.

Il y a en effet beaucoup de « choses de la vie » dans ton album. Mais aussi beaucoup de messages, comme « pardonne moi », « reviens à moi » ; ces messages, ils sont adressés à quelqu’un ?

Oui. Il y a plusieurs grandes idées sur cet album. Beaucoup de romance. Je parle aussi du fait de vieillir, en tant qu’artiste et de la difficulté de faire face aux problèmes de la vie : avoir un boulot, faire de l’argent. J’ai juste vraiment l’impression que ces sujets sont de plus en plus présents dans ma vie. J’ai beaucoup d’ami(e)s, au Canada, qui doivent faire face à des choses graves : la drogue, l’alcool, ce qui altère pas mal leurs objectifs, leur motivation face au futur. J’ai eu besoin de parler du chemin parcouru, et du fait qu’on ait tous beaucoup changé depuis nos jeunes années.

Et quand tu étais petite tu rêvais de devenir célèbre ?

Oui, quand j’étais petite je savais déjà que je ferai carrière dans la musique, mais je pensais rester dans la sphère de la musique classique.

Tu as complètement laissé tomber le classique ?

Oui ! (rires) J’ai changé de cap, j’avais 19 ou 20 ans, le classique me demandait trop de temps, je n’en avais plus envie. J’avais l’impression d’en avoir fait le tour, j’avais besoin d’évoluer, de faire ma musique à moi.

Et tu penses que ça a encore une influence sur ta musique d’aujourd’hui ?

Oui, vraiment. Le classique a été la première musique à laquelle j’ai été exposée, du coup je crois que tout ce que je fais aujourd’hui découle de mon exposition initiale à la musique d’opéra, au piano. Je n’ai pas de références précises aujourd’hui quand je compose mais je sais que ça fait encore partie de moi.

 Tu as une manière particulière de composer d’ailleurs ?

On va dire que j’ai besoin d’avoir l’esprit léger, je ne peux pas me permettre de penser à autre chose quand j’écris. J’ai besoin d’être en paix, seule avec moi-même. Je crois que j’ai besoin de m’ennuyer pour écrire. C’est l’ennui qui fait que les gens réfléchissent, c’est là que les idées viennent. J’essaie de m’écarter de toutes stimulations extérieures, téléphone, internet, etc. Je ne suis pas du genre à prendre une heure pendant la tournée pour travailler ma musique. J’ai besoin d’avoir un jour entier pour me poser, me détendre, traîner et voir ce qui vient.

Dans Olympia, il y a une chanson que tu préfères ?

Oui, la dernière, Hurt Me Now. Pour moi, c’est la chanson que je trouve la plus aboutie, au niveau de notre collaboration à tous. J’ai écrit la mélodie et les paroles avant de les envoyer à Maya. Je pensais que c’était une chanson plutôt banale, qui n’avait rien d’extraordinaire. Puis Maya m’a dit que cette chanson allait être formidable. Elle l’a réarrangée et je me suis rendue compte qu’au final ça allait être le meilleur titre de tout l’album. Hurt Me Know c’est l’essence d‘Olympia.

Maya travaillait avec Robert Alfons sur le projet Trust aux tout débuts non ?

Oui, mais Maya n’est plus intéressée.

Donc pas de collaboration à prévoir entre Trust et Austra ?

Non. Tu sais, Maya a travaillé sur Trust, mais c’était avant qu’Austra commence à marcher. Maya a du faire un choix entre Austra et Trust, elle ne pouvait pas faire les deux. Elle a choisi Austra. J’ai gagné ! (rires)

Avec la couverture d’album d’Olympia, beaucoup de gens disent que l’esthétique visuelle d’Austra a changé, tu en penses quoi ? On parle même d’une Austra sea-punk…

Sea-punk ? Hors de question ! (rires). En fait on a pris la photo à l’Opéra chinois de Toronto, si tu regardes d’assez près, tu verras que c’est un paysage de Chine, donc rien à voir avec les sea-punks… mais je ne vois même pas concrètement ce que c’est que les sea-punks, est-ce que ce sont ces gens qui portent des tenues en rapport avec le monde de la mer ou un truc comme ça… ?

Oui, un monde entre le punk et l’amour des… fonds marins… ?

Ha oui, avec les cheveux colorés et tout ça ?! Ha je pensais que c’était le style de Grimes ça !

Ha mais tu sais en France beaucoup de gens disent que Grimes est un peu sea-punk. 

Ha bon ? Ha c’est intéressant ! J’adore Grimes.

Tu as déjà pensé à faire une collaboration avec elle ?

En fait je la connais depuis longtemps, elle est partie en tournée avec nous, elle a fait notre première partie aux États-Unis avant que son dernier album ne sorte. Puis six mois plus tard elle a littéralement explosé. C’était très intéressant à voir, son évolution et le boum qu’elle a fait, elle est passé de l’ombre à la lumière en très peu de temps. Mais une collaboration, non, je ne crois pas.

Tu n’as pas un peu l’impression de plus réussir en Europe que sur ton propre continent sinon ? 

Mais si ! On s’en sort bien au Canada aussi, moyennement aux États-Unis. Je ne sais pas du tout pourquoi. J’ai l’impression qu’en Europe les gens sont plus ouverts aux artistes femmes de caractère. Aux États-Unis, il faut correspondre aux standards de la féminité pour réussir, alors qu’ici j’ai l’impression que c’est tout le contraire. Je ne veux pas faire de généralités mais je m’en rends compte quand même. Regarde Gossip, ils ont tellement de succès en Europe, on entend peu parler d’eux aux États-Unis ou au Canada…

Je ne sais pas si tu t’en rappelles mais il y a deux ans, je t’ai demandé si tu avais pour objectif de devenir une icône lesbienne. Tu m’avais répondu « Oui, pourquoi pas ?! ». Tu as l’impression qu’en Europe, tout est plus libre ?

Ha oui ! Et bien, je ne sais pas. Regarde, j’en parlais justement avec mon label récemment, Tegan and Sarah, elles sont de vraies icônes lesbiennes aux États-Unis mais ici, on les connaît à peine. Et on ne sait pas pourquoi, au fond…

 

Adeline

crédit : Éva Merlier

 

 

 

 

 

 

 

 

Adeline

Caution musicale de la team et rédactrice en chef du mag Heeboo, Adeline est amatrice de sonorités brutes et de soirées sans façons. Elle aime : le bleu / ponctuer ses interventions de points / râler. Ses soirées à elle (et à tout le monde) : Sneaky Sneaky.

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2 Comments

  1. timide says:

    Merci !

  2. Sorcere says:

    Great interview, it is Tegan nad Sara, tho’

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