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Soongava, une histoire d’amour lesbienne au Népal

Il faut entrer dans un petit cinéma de quartier, être à la bonne heure et au bon endroit pour avoir la chance d’assister à l’une des projections de Soongava, un long-métrage népalais dont les séances se font plus que rares.

“A 22 ans, Diya vit à Katmandou. Encouragée par sa meilleure amie Kiran, elle suit assidument ses cours, dans le but de devenir danseuse traditionnelle népalaise. Mais sa vie bascule lorsque ses parents la promettent en mariage à un inconnu. Son amitié avec Kiran devient alors passionnelle. Transgressant morale et tradition, Diya rompt brutalement avec son fiancé et décide d’assumer cet amour subversif. Un choix qui n’est pas sans danger… ”

Le synopsis à de quoi intriguer tout comme le pays d’origine du film, car franchement qui s’y connaît en cinéma népalais ? Alléchée par tant de mystère, je m’engouffre dans la salle obscure.

A l’écran la mise en scène est maîtrisée et la photographie particulièrement léchée (ce qui a cependant le léger inconvénient de donner à certaines scènes des petits airs de carte postale). La première demi-heure séduit sans convaincre. Le film ne dure qu’1h25 et la naissance et le développement des sentiments amoureux ne sont donc qu’esquissés car il faut faire vite, ce que l’on ne peut que regretter. Quelques plans soignés des répétitions de danse de Diya, les couleurs flamboyantes des saris et des cadrages souvent efficaces font oublier les quelques clichés qui émaillent l’ histoire d’amour et le miel des mélopées qui accompagnent les premiers baisers. Cependant, sur ces trois derniers points, il ne faut sans doute pas être trop sévères : le jeu des actrices et la bande originale sont teintés d’une esthétique Bollywoodienne, à laquelle on peut certes être allergique, mais qui n’en est pas moins réjouissante d’ingéniosité.

Ce qui fait de Soongava un film à voir, c’est l’audace avec laquelle Subarna Thapa, le cinéaste se plait à souligner les contradictions de la société népalaise (et plus précisément de ses castes supérieures) écartelée entre tradition et modernité (comme on disait en cours de géo au lycée). Les femmes vont à l’université, en discothèque et font du scooter mais demeurent sous l’autorité d’une famille qui arrange leur mariage et définit soigneusement le cadre de leur épanouissement. “Le bonheur de la femme c’est de donner des enfants à son mari”, affirme le père de Diya au tout début du film. La société conservatrice est une cage contre les barreaux de laquelle ne cessent de se heurter les héroïnes et dont la seule issue débouche, peut-être, sur le vide.

Diya et Kiran choisissent la lutte et ne renoncent pas, plus de tout mièvres, tout à fait héroïques, elles se battent. “C’est une question de dignité” clame Diya. Reprenant à leur compte la maxime de Friedrich N., les deux jeunes filles apprennent à danser dans leurs chaînes, elles choisissent un nouveau rythme et toute la violence du monde ne semble plus pouvoir perturber leurs pas. Lesdialogues trouvent une nouvelle justesse. Seuls contre tous, elles tournent et font front jusqu’au bout…

Alors comme dirait ma belle : “ce n’est pas un grand film d’humour” mais ça vaut quand même le détour.

Soongava – Dance of the orchids, Subarna Thapa (2014) 85 min

Sortie le 7 mai 2014, toutes les séances ICI

Juliette

Gail

Bricoleuse de mots et de carton pâte au service de la poésie et de la météo. Dancing queen chez BBX depuis 2008.

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2 Comments

  1. vcandles says:

    Il y a comme un air de déjà vu avec “Les filles du botaniste”, non ?

  2. pilipupi says:

    Oui tu peux aussi le telecharger sur le net lil

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