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L’estomac dans la peau, la scène dans les tripes

L’estomac dans la peau n’est pas une simple pièce de théâtre. Cette performance artistique, intime et sociale, mise en scène et jouée par Rébecca Chaillon, offre une réflexion sur le désir, l’envie, la faim, les femmes. Une pièce qui en a dans les tripes.

Quand on a quelqu’un dans la peau, on ne l’a pas vraiment, on le désire, c’est source de frustration. Avoir l’estomac dans la peau, c’est la faim, c’est ne pas avoir, c’est aussi une source de frustration.

L’estomac dans la peau pourrait s’appeler la frustration dans la peau, celle voir de vouloir faire qu’un avec un être, et de ne pouvoir le faire qu’avec la nourriture. L’estomac dans la peau c’est la faim de vivre, la soif, l’envie de, l’attente. C’est une boulimie. C’est l’échec amoureux, la déception, l’envie d’être une femme sirène plutôt qu’un baleine.

L’estomac dans la peau commence par une énumération : poissons, épices,  légumes. Tout donne faim à Rébecca Chaillon, auteure et actrice de cette pièce de théâtre qui sort de ses tripes. Parce que Rébécca Chaillon est elle-même, à l’image du poisson presque cru qu’elle bouffe à pleines mains et dents et de la viande qu’elle se saucissonne autour des cuisses, de la chair.

Elle est chair. Un de ses personnages voudrait être sirène, du cellophane qui entoure ses jambes et l’absence de sexe. D’ailleurs à poil sur scène, on ne voit rien d’autre finalement que sa performance et on ne fait attention qu’à la voix et à la mise en scène. Sa nudité va de soi, presque invisible.

“Je voulais raconter les histoires de ma peau, de mon ventre.”

Rébecca Chaillon a la peau noire, sur scène, elle parle de son corps, elle est nue, brute, elle bouffe, ouvre un frigo, s’enferme dedans, devient plusieurs femmes, parle d’elle. Elle parle d’elle pour “livrer des histoires de femmes, qui parlent de leur dedans et de leur dehors, de leurs faims, de leur corps, de leur peau et de leurs désirs.”

Dans une société où tout n’est qu’abondance (de nourriture, de désirs et d’histoires), il faut pouvoir résister à la frustration. Les femmes doivent ressembler à des sirènes, sans sexe apparent, presque muettes alors que nous sommes des baleines. Oui, nous ne sommes que chair, à l’image du poisson ou de la viande. On bouffe, on est bouffé. Saucissonnée, baisée.

L’estomac dans la peau est une pièce hors du commun pas seulement parce qu’il est rare de voir une femme seule, noire et nue sur scène mais surtout parce qu’il part d’une peau particulière de femme pour parler d’histoires universelles.

 

L’estomac dans la peau, au théâtre de la loge, jusqu’au 13 juin (21h)

 

 

Sarah

Sarah parle de cul et d'amour mais aussi de bouffe vegan, de genre et de féminisme. Passion vélo et gingembre addict. Nouvellement vidéaste, elle espère flooder la toile de sa vision du porno. Twitter : @sarahdevicomte

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One Comment

  1. timide says:

    Ce qui est un peu dommage dans cette histoire, c’est l’article a été proposé le 12 et la représentation scénique se terminait le 13, donc, trop peu de marge pour profiter de l’info …

    (c-q-f-d !)

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